Actualité







Les calculs avant les convictions

Pierre-Paul Noreau
Le Soleil lundi 27 septembre 2004

En fin de semaine, l'Action démocratique du Québec a fêté ses 10 ans. Son chef Mario Dumont a souligné cet anniversaire en faisant prendre un audacieux pari à ses militants réunis en congrès. Créer une nouvelle bannière constitutionnelle pour rallier ceux qui errent entre un projet souverainiste jugé dépassé et un fédéralisme perçu comme trop centralisateur.

Sur l'échiquier politique québécois, entre les libéraux fédéralistes et les péquistes souverainistes, il y a dorénavant les adéquistes autonomistes. Ils sont, pour paraphraser Yvon Deschamps, les nouveaux champions d'un Québec quasi souverain dans un Canada uni.

L'amère déconvenue électorale d'avril dernier a suggéré au chef Dumont que sa formation manquait de personnalité. Il s'est conséquemment forgé un discours revendicateur qui pose Ottawa comme l'empêcheur de danser en rond.

La rhétorique utilisée par le député de Rivière-du-Loup pour décrire l'option constitutionnelle de sa formation pige allégrement dans le discours péquiste. Rapatriement de pouvoirs, geste unilatéral, refus de soumission ou Constitution du Québec sont autant d'expressions chères au souverainiste convaincu.

Mario Dumont a d'ailleurs une surprenante réponse pour justifier le maintien du cadre fédéral dans la position constitutionnelle de l'ADQ. Les Québécois ont refusé par deux fois de quitter la fédération lors des référendums, il faut s'en accommoder, plaide-t-il. Pour ce qui est de l'intérêt du système fédératif en soi, pas un mot.

C'est là où le bât blesse. Le calcul politique l'emporte sur la conviction. Poussée à fond comme promet de le faire un gouvernement adéquiste, la logique autonomiste conduit inévitablement à la souveraineté.

Mario Dumont est un politicien aussi habile que coincé. Il constate bien sûr que les péquistes sont particulièrement vulnérables par les temps qui courent. La présence contestée de Bernard Landry à leur tête, la pression en vue de poser les jalons d'un troisième référendum, la montée des partis de gauche et la contestation par les jeunes des fondements même du projet souverainiste sont autant d'entailles au flanc de la popularité du PQ. C'est de ce côté-là donc qu'il a choisi d'agir.

Il faut reconnaître que ce faisant, il revient au fondement de son engagement politique, soit les revendications du rapport Allaire, qu'il pousse cependant à leurs limites.

De toute manière, le chef adéquiste n'a pas le choix de voler une clientèle. Mario Dumont sait qu'il fait face à une obligation de résultats lors du prochain scrutin général pour survivre politiquement. Aussi n'a-t-il d'autre choix que de prendre des risques.

Le nouveau credo autonomiste de l'ADQ n'arrive cependant pas dans la période où les Québécois risquent d'être les plus réceptifs. Le succès de Jean Charest lors de la dernière conférence fédérale-provinciale sur la santé enlève des arguments à la formation cadette de l'Assemblée nationale.

Une deuxième conclusion satisfaisante pour le Québec lors des échanges d'octobre sur la péréquation minerait encore plus la pertinence au discours constitutionnel adéquiste.

Le chef adéquiste a jadis lui-même plaidé que les Québécois en avaient marre des chicanes constitutionnelles. Seraient-ils plus enclins à aimer d'incessantes querelles de juridiction devant la Cour suprême du Canada ? Il faut en douter.

Sans doute la position constitutionnelle de l'Action démocratique du Québec ne sera-t-elle pas l'enjeu des prochaines élections. Mais Mario Dumont n'a pas fini de devoir en débattre.

PPNoreau@lesoleil.com





Dumont fait le pari de convaincre les souverainistes déçus

Kathleen Lévesque
Le Devoir lundi 27 septembre 2004

Avec son nouveau programme autonomiste en poche, le chef de l'Action démocratique du Québec se présente comme le grand défenseur des Québécois profondément nationalistes mais qui rejettent la rupture avec le Canada. Du coup, Mario Dumont fait le pari que les souverainistes déçus du bilan des gouvernements péquistes le suivront.

Dans son discours de clôture, hier, au congrès de l'ADQ, qui s'est déroulé toute la fin de semaine à Drummondville, Mario Dumont a sonné la charge contre le Parti québécois. Se qualifiant de «très, très nationaliste», Mario Dumont a dit mener «le combat du Québec» par «une démarche affirmative».

«Ils ont eu deux mandats d'à peu près neuf ans. Il n'y en a pas de constitution du Québec, il n'y en a pas de pouvoirs nouveaux pour le Québec, il n'y en a pas de résultats. Au lendemain de deux référendums perdus, le Québec a subi des reculs. Avant de nous faire la leçon, les péquistes seraient mieux de faire leur bilan, faire leur autocritique: ça va les rendre plus humbles en matière de défense du Québec», a lancé Mario Dumont.

Selon ce dernier, la meilleure façon de mettre fin au «cirque des référendums à répétition», c'est d'opter pour un gouvernement autonomiste. C'est d'autant plus important pour le chef adéquiste que son parti s'est maintenant doté d'une position «cohérente, claire et rassembleuse». Pendant ce temps, dans les rangs péquistes, ce sont les tiraillements et la division, a ironisé Mario Dumont au grand plaisir des militants.

«Ils sont en train de refaire le débat sur l'élection référendaire qui était celui du congrès de 1974. Et il y a le clan Marois, le clan Landry, le clan Parizeau, le clan Legault et le clan des Mousquetaires. [...] Je suis un peu mal à l'aise, parce que, lorsque l'on parle des clans au Parti québécois, c'est un peu comme lorsque l'on fait les remerciements à la fin d'un congrès ou d'un party, on a toujours peur d'oublier quelqu'un. J'espère que je n'ai oublié aucun clan», a-t-il laissé tomber en riant franchement.

Plus tard, devant les journalistes, Mario Dumont a dit croire que la clientèle souverainiste aurait l'oreille attentive au programme adéquiste avec la rédaction d'une constitution québécoise, l'application des pouvoirs de perception des impôts et la nouvelle désignation du Québec comme l'État autonome du Québec. «Il y a beaucoup de gens qui ne veulent pas de la rupture que leur propose le PQ, mais qui n'en sont pas moins profondément nationalistes. Je crois qu'ils vont être intéressés à parler avec nous, à questionner, à mieux comprendre qu'est-ce qu'o]n offre en termes d'avancement du Québec», a expliqué M. Dumont.

Et qu'importe si le ministre fédéral de l'Environnement, Stéphane Dion, juge illégale et inacceptable la vision autonomiste de l'ADQ. «Si Stéphane Dion pense que ce n'est pas bon, c'est sûr que c'est excellent pour le Québec», a répliqué Mario Dumont, chaudement applaudi.

Il faut toutefois noter que, si la nouvelle position constitutionnelle de l'ADQ a été adoptée sans difficulté, la proposition de proclamer le Québec comme État autonome au sein du Canada a soulevé bien des critiques. Trois ateliers ont discuté de la question, et les militants de l'un d'eux l'ont carrément rejetée. «C'est pire que le PQ, faire la souveraineté sans référendum», s'est opposé Stéphane Lapointe, militant de la circonscription de Soulanges. En plénière, les piliers du parti sont intervenus pour calmer les inquiétudes de certains militants, permettant un vote favorable.

Par ailleurs, Mario Dumont a reçu un appui non équivoque des membres de son parti, atteignant 95,7 %. C'est fort de ce vote de confiance que le chef adéquiste entamera sous peu une tournée des régions pour bien faire comprendre la nouvelle bannière autonomiste et faire rayonner cette identité. Le nouveau président de l'ADQ, l'ancien ministre libéral Yvon Picotte, sillonnera également le Québec, afin de revamper l'organisation du parti. «On va travailler à la base, comté par comté, rang par rang, pour se donner une structure forte», a dit M. Picotte dont le style diffère de son prédécesseur, le professeur Guy Laforêt.





Dumont prend ses distances du PQ en attaquant Ottawa

Mario Cloutier
La Presse lundi 27 septembre 2004

Drummondville - Malgré un vote de confiance de 95,7 %, Mario Dumont a cherché à rassurer ses militants à l'issue du congrès célébrant les 10 ans de l'Action démocratique du Québec, à Drummondville.

Le chef adéquiste a sonné la charge contre le Parti québécois, duquel certains militants craignaient s'être trop rapprochés en fin de semaine en adoptant la nouvelle position constitutionnelle adéquiste. L'ADQ militera dorénavant en faveur d'une constitution et de pouvoirs accrus pour le Québec, tout en restant au Canada. En deux mandats et neuf ans, le PQ a fait reculer le Québec et divisé les Québécois avec ses " référendums à répétition ", insiste M. Dumont, alors qu'au contraire l'ADQ rétablira la confiance et les liens entre Québécois.

" Au lieu de nous faire la leçon, a-t-il lancé au grand plaisir des 500 militants, le PQ serait mieux de faire son bilan, son autocritique, ça va le rendre plus humble en matière de défense du Québec. "

Affinant toutefois son discours nationaliste, le chef de l'ADQ a pratiquement ignoré le gouvernement libéral de Jean Charest, une " succursale " selon lui, pour s'en prendre directement au ministre fédéral de l'Environnement, Stéphane Dion, qui traitait samedi d'" illégal et irresponsable " le positionnement adéquiste.

" Si Stéphane Dion pense que ce n'est pas bon, c'est sûr que c'est excellent pour le Québec ", a ironisé M. Dumont dans son discours de clôture.

Il a également fustigé le gouvernement fédéral, qui joue les " puritains idéologiques " en voulant empêcher l'Assemblée nationale de jouer pleinement son rôle dans la gestion des soins de santé.

Le Québec a le droit d'avoir une seule déclaration fiscale, mais cette question devra être négocié avec Ottawa, reconnaît-il. Par contre, un gouvernement adéquiste irait de l'avant avec son développement hydroélectrique devant une attitude fédérale " déraisonnable " et " tatillonne ".

" Ça va grincer. Ce n'est pas vrai qu'on va se contenter d'aller chercher le minimum d'Ottawa pour donner le minimum d'hygiène et de repas à nos personnes âgées. On va rentrer de l'argent au Québec pour faire face au vieillissement. M. Dion est mieux de le mettre dans son petit carnet noir tout de suite ", a-t-il prévenu.

Résolument opposé à l'idée d'un nouveau référendum sur la souveraineté, Mario Dumont dit rejeter aussi l'étiquette fédéraliste pour son parti. " On ne mène pas le combat du Canada. On mène le combat du Québec, le combat autonomiste. "

La bannière autonomiste répondait d'abord à un besoin chez les adéquistes, a-t-il dit, de se réunir autour d'une idée " mobilisatrice ", ce qui leur a fait défaut aux dernières élections générales. Mais il s'agit d'une tendance internationalement reconnue, a-t-il ajouté, pour nommer un peuple et le présenter aux autres, comme c'est le cas de l'Écosse, de la Catalogne et de la Bavière.





Dumont reçoit un appui massif des militants

Le Quotidien lundi 27 septembre 2004

PC Drummondville - Fort d'un vote de confiance des militants atteignant 95,7 pour cent, le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, s'apprête à reprendre le bâton du pèlerin pour expliquer aux électeurs la nouvelle orientation autonomiste de son parti.

"Il nous reste le devoir, la tâche, d'expliquer cette vision autonomiste, qui consiste à faire rayonner notre identité, renforcer nos pouvoirs et contrôler nos ressources au Québec", a lancé M. Dumont, dimanche, aux 500 militants adéquistes qui étaient réunis en congrès à Drummondville.

La nouvelle position constitutionnelle de l'ADQ, adoptée intégralement par les membres en fin de semaine, prévoit, en outre, la rédaction d'une constitution québécoise, le rapatriement de tous les pouvoirs de perception des impôts et la proclamation du Québec comme étant un État autonome au sein du Canada.

Une position "très, très, très, nationaliste", mais qui ne va pas jusqu'à "la rupture" avec le reste du Canada, a commenté le leader adéquiste plus tard en point de presse.

M. Dumont ne veut rien entendre d'un nouveau référendum sur la souveraineté, mais refuse néanmoins catégoriquement de porter l'étiquette fédéraliste.

"L'ADQ ne mène pas le combat du Canada, elle mène le combat du Québec", a-t-il insisté.

Dans son discours de clôture du congrès, M. Dumont a dirigé l'essentiel de ses attaques contre le Parti québécois, qu'il voit clairement comme la cible à abattre d'ici aux prochaines élections.

"Ils ont eu deux mandats, presque neuf ans, et il n'y a pas de constitution du Québec, il n'y a pas de pouvoirs nouveaux pour le Québec, et à chaque fois qu'il y a eu un référendum, le Québec a reculé", a-t-il avancé.

Aussi, un parti aussi déchiré que le PQ, avec ses clans Marois, Parizeau et Legault, ne peut que susciter la division à plus grande échelle, a soutenu en substance M. Dumont.

En verve contre le PQ, le leader adéquiste a presque entièrement ignoré, en revanche, Jean Charest et le parti libéral du Québec.

"On a frappé un grand coup, puisque ce n'est pas la succursale de Québec qui a réagi mais la maison-mère d'Ottawa", a-t-il ironisé.

Sur le ton du sarcasme, M. Dumont a rétorqué au ministre fédéral de l'Environnement, Stéphane Dion, qui juge les visées autonomistes de l'ADQ illégales et inacceptables. "Si Stéphane Dion trouve que ce n'est pas bon, cela veut dire que c'est certainement excellent pour le Québec."

N'en déplaise à Stéphane Dion, un gouvernement adéquiste n'hésiterait pas, s'il le juge nécessaire, à ordonner à Hydro-Québec de lancer de nouveaux travaux hydroélectriques sans l'approbation environnementales fédérales.

"Stéphane Dion devra mettre ça dans son carnet noir", a tranché M. Dumont.

L'ADQ s'est aussi donné un nouveau président cette fin de semaine en a personne de l'ancien ministre libéral Yvon Picotte.

M. Picotte, qui prend la relève du professeur Guy Laforest, a été préféré par les membres au comédien François Pratte.





L'"autonomisme" au menu du congrès du parti à Drummondville

Richard Biron
Le Nouvelliste (Trois-Rivières) lundi 27 septembre 2004

Picotte à la présidence de l'ADQ

Drummondville - Après avoir servi sous la bannière libérale pendant plus de 20 ans, voilà que l'ancien ministre Yvon Picotte reprend officiellement du service au sein de la formation politique avec laquelle il flirtait depuis quelques années déjà. L'ex-député de Maskinongé a été élu hier président de l'Action démocratique du Québec, au congrès du parti, à Drummondville.

Le Louisevillois, qui a battu le comédien François Pratte, s'attelle dès maintenant à la tâche pour "organiser les comtés pour une prochaine élection et mettre sur pied une campagne de financement". Son mandat durera deux ans, jusqu'à l'aube de la prochaine campagne électorale.

"On a toujours dit que Mario Dumont n'avait pas de gens d'expérience autour de lui, a fait remarquer M. Picotte. L'ADQ cherchait à amener des gens d'expérience à côté de l'équipe Dumont, composée de jeunes et de personnes d'âge moyen. Je vais faire le pont entre les générations."

Celui qui a siégé à l'Assemblée nationale de 1973 à 1994 se dit tout à fait à l'aise avec la nouvelle position constitutionnelle "autonomiste" du parti. L'ADQ militera dorénavant en faveur d'une Constitution et de pouvoirs accrus pour le Québec, tout en restant au Canada.

"Les gens sont tannés d'entendre parler de séparatisme et de fédéralisme", a-t-il fait remarquer, faisant du coup référence au document récemment produit par trois jeunes députés péquistes indiquant que la souveraineté ne répondait plus aux aspirations des jeunes québécois.

Fort d'un vote de confiance de 95,7%, Mario Dumont a d'ailleurs lui aussi sonné la charge contre le Parti québécois. "Au lieu de nous faire la leçon, a-t-il lancé au grand plaisir des 500 militants, le PQ serait mieux de faire son bilan, son autocritique, ça va le rendre plus humble en matière de défense du Québec", a-t-il lancé.

Le chef de l'ADQ a pratiquement ignoré le gouvernement libéral de Jean Charest, pour s'en prendre directement au ministre fédéral de l'Environnement, Stéphane Dion, qui traitait samedi d'"illégal et irresponsable" le positionnement adéquiste. "Si Stéphane Dion pense que ce n'est pas bon, c'est sûr que c'est excellent pour le Québec", a ironisé M. Dumont dans son discours de clôture.

Il a également fustigé le gouvernement fédéral, qui joue les "puritains idéologiques" en voulant empêcher l'Assemblée nationale de jouer pleinement son rôle dans la gestion des soins de santé.

"Notre position sur la santé n'a pas changé depuis la dernière élection, a quant à lui affirmé Yvon Picotte. On veut à tout prix que le privé soit mis à contribution, tout en solidifiant le public pour faire diminuer les listes d'attente."

Loin du nouveau président l'idée de reculer sur des thèmes controversés qui ont contribué à la débandade du parti il y a un an et demi. Ces idées ont été injustement démonisées, croit-il.

"Les syndicats se sont méfiés de Dumont, fait-il remarquer. Aujourd'hui, ils se disent qu'ils auraient été mieux de se méfier des libéraux."

"Ça va grincer, a averti Mario Dumont. Ce n'est pas vrai qu'on va se contenter d'aller chercher le minimum d'Ottawa pour donner le minimum d'hygiène et de repas à nos personnes âgées. On va rentrer de l'argent au Québec pour faire face au vieillissement. M. Dion est mieux de le mettre dans son petit carnet noir tout de suite."

Bannière autonomiste

Résolument opposé à l'idée d'un nouveau référendum sur la souveraineté, Mario Dumont dit rejeter aussi l'étiquette fédéraliste pour son parti: "On ne mène pas le combat du Canada. On mène le combat du Québec, le combat autonomiste."

La bannière autonomiste répondait d'abord à un besoin chez les adéquistes, a-t-il dit, de se réunir autour d'une idée "mobilisatrice", ce qui leur a fait défaut aux dernières élections générales.

Mais il s'agit d'une tendance internationalement reconnue, a-t-il ajouté, pour nommer un peuple et le présenter aux autres, comme c'est le cas de l'Écosse, de la Catalogne et de la Bavière.

Aux yeux de l'ADQ, le cadre fédéral continuerait de servir aux affaires étrangères et à la monnaie. Un gouvernement autonomiste adéquiste se sentirait également lié par les décisions de la Cour suprême.

"La légalité et la légitimité dans un contexte politique, c'est complexe, explique Mario Dumont. Jean Lesage a créé la Caisse de dépôt et le régime de rentes même si ce n'était pas permis, mais il avait la légitimité de le faire et le gouvernement fédéral ne pouvait pas dire non."

Les résultats de l'élection de M. Picotte n'ont pas été dévoilés par l'ADQ.

Au cours du processus électoral interne, quatre vice-présidents ont également été choisis: Denis Lavoie, Christian Desserres, Tom Pentefountas, candidat défait dans Nelligan, et Patrick Robitaille.





Génération X ou génération 101

Michel Venne
Le Devoir lundi 27 septembre 2004

IDÉES - Rien n'est plus dangereux qu'une généralisation. Personne ne peut prétendre parler au nom «des jeunes», par exemple, qui sont aussi différents les uns des autres que leurs parents le sont.

Au sein du même groupe d'âge, des comportements distincts se côtoient, même si entre les fans d'Occupation double et les militants de l'altermondialisme, des préoccupations communes émergent. Encore que... On a beau dire que «les jeunes» se préoccupent d'environnement, ils sont nombreux, dès qu'ils en ont les moyens, à se rendre au cégep en automobile. Nous ne sommes pas à une contradiction près. Et le monde change lentement.

Lundi dernier, l'ADQ a fait élire dans Vanier un candidat de 33 ans, Sylvain Légaré, lui-même partisan de l'animateur de radio Jeff Fillion. Celui-ci éructe quotidiennement son mépris contre tous ceux qui, au Québec, détiennent une forme de pouvoir. Il prétend s'exprimer au nom de la «génération X». La génération des jeunes hommes blancs frustrés par les progrès sociaux récents dont ils se sentent exclus, et incarnée par Mario Dumont.

Cette victoire ne signifie pas, comme le claironne le chef adéquiste, que «le gros bon sens» du «monde ordinaire» est de son côté. L'ADQ triomphe dans certains secteurs mais plafonne ailleurs. Le dernier sondage CROP lui donne 12 % d'appui au Québec. Il avait récolté 18 % des suffrages en avril 2003.

En se radicalisant sur le plan moral et social comme il l'a fait en appuyant un mercenaire des ondes, M. Dumont s'éloigne de la majorité et donc, du pouvoir. Sa position constitutionnelle, bien qu'apparemment centriste, le confine également à l'opposition puisque la majorité des Québécois ont déjà fait leur choix sur la question nationale.

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Dans un autre registre, la libérale Yolande James, 26 ans, élue dans Nelligan, première femme noire à siéger à l'Assemblée nationale, est plutôt issue de la «génération 101», celle née après l'adoption, en 1977, de la Charte de la langue française. Les péquistes Elsie Lefebvre (Laurier-Dorion) et Nicolas Girard (Gouin) appartiennent à la même génération 101, celle de l'apprivoisement mutuel des Québécois francophones et des enfants issus de l'immigration.

Cet apprivoisement récent interdit également toute généralisation. Autant il était exagéré de dire que «nos frères et soeurs immigrants» ont voté «en grand nombre pour nous», autant il est faux d'affirmer que les immigrants «n'ont pas voté pour le PQ» dans Laurier-Dorion. La vérité est entre les deux. L'abstention était trop élevée pour parler de virage historique. Mais le Parti québécois a bel et bien obtenu dans ce comté cinq fois plus de votes dans les communautés culturelles qu'en 2003.

L'intégration des immigrants à la majorité de langue française a favorisé une évolution de leur comportement politique. Ils ne sont plus acquis aux libéraux. Un sondage mené en 2003 pour Génération Québec indique que les jeunes issus de l'immigration se comportent de plus en plus comme les Québécois d'origine canadienne-française: 40 % seraient pour la souveraineté.

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Lorsque j'ai lu, à la Une du Devoir que «les jeunes jugent la souveraineté désuète», j'ai eu un doute. Dix jours plus tôt, dans La Presse, un sondage indiquait que 58 % des 18-24 ans voteraient OUI à la souveraineté. Deux des quatre candidats péquistes élus aux partielles n'ont pas 35 ans. Mon journal citait un rapport rédigé par trois jeunes députés souverainistes qui illustrent à eux seules que la manchette était abusivement englobante.

J'ai lu ce rapport rédigé par MM. Tremblay, Valois et Bourdeau. Et j'ai trouvé cette phrase: «Les jeunes sont souverainistes.»

On ajoute: «Certains se questionnent sur l'opportunité de l'option, aujourd'hui, en 2004.» Parmi les jeunes, il y a des souverainistes inconditionnels dont un bon nombre militent au PQ. Il y a des souverainistes sceptiques. Il y a des fédéralistes. Et il y en a d'autres trop occupés à autre chose. Le message des trois députés, qui se sont qualifiés de «trois mousquetaires»: les jeunes d'aujourd'hui ne peuvent pas être mobilisés en faveur de ce projet de la même façon qu'hier. On est loin d'un rejet de l'option. Mais on dit aux hommes et aux femmes politiques: prouvez-nous que ça vaut la peine. Attitude saine et responsable. Les militants d'Option citoyenne, réunis autour de Françoise David, se posent exactement les mêmes questions.

Ce rapport tombe à un moment où le parti se déchire autant sur la stratégie référendaire que sur le leadership. Les mousquetaires disent à leurs collègues du PQ: si vous continuez comme ça, on n'arrivera nulle part. L'essentiel du message est là. Ce n'est pas un constat sociologique sur la pertinence ou la popularité de l'option auprès d'une génération.

Ce qui devrait inquiéter les dirigeants du PQ, toutefois, c'est que ce rapport est une copie conforme de celui produit, en 1999, par de jeunes députés bloquistes: beaucoup de jeunes sont sceptiques face à la politique; le discours ressentimental n'a aucune prise sur eux; les jeunes doivent sentir que la souveraineté susciterait des gains démocratiques et permettrait de résoudre des problèmes sociaux, écrivaient déjà... Stéphan Tremblay et d'autres collègues comme Caroline St-Hilaire.

La perception d'une partie de la jeunesse à l'endroit du leadership péquiste ne semble pas avoir évolué positivement. Et ce, même si les Landry et les Parizeau ne parlent plus de langue et des méfaits de l'Histoire dans leurs discours. Ils discutent des liens entre souveraineté et mondialisation, et ils font salle comble dans les cégeps et les universités.

michel.venne@inm.qc.ca





Jean Charest est-il le petit frère de l'inspecteur gadget ?

Jean-Simon Gagné
Le Soleil lundi 27 septembre 2004

Le printemps n'est plus qu'un lointain souvenir, mais qu'à cela ne tienne. Au Québec, grâce au gouvernement de Jean Charest, la saison des fleurs et des promesses dure désormais toute l'année.

En 18 mois d'exercice du pouvoir, le gouvernement libéral a porté jusqu'à des sommets inégalés l'art du gadget politique et de l'autosatisfaction béate. À force de répéter qu'il fait nuit à midi, on a fini par espérer que la population contemple les étoiles.

Soyons beau joueur. Il faut rendre à César ce qui appartient à César, et à M. Charest ce qui appartient au marketing vaseux.

Le premier ministre du Québec brille incontestablement parmi les meilleurs - pour reprendre l'un de ses slogans célèbres - dans le domaine du bourrage de crâne et de la poudre aux yeux.

Pour mousser chacun de ses projets, son administration déniche immanquablement un nouveau slogan plus ou moins ésotérique. Quitte à en changer au plus vite si la population n'est pas suffisamment ébahie.

Le Québec croyait avoir élu un gouvernement. Il découvre peu à peu qu'il est dirigé par un groupe de marchands de savon.

Hier, la réduction de la taille de l'État s'appelait la "réingénierie". Aujourd'hui, elle a été rebaptisée la "modernisation". Après-demain, pourquoi pas la "fulguration" ou la "vernalisation", tant qu'à y être ?

Et vogue la galère. L'augmentation du tarif quotidien dans les garderies s'appelle la "consolidation du développement des garderies à contribution réduite". Les nominations partisanes passent pour de la "rationalisation". Les vessies se prennent pour des lanternes. Les coupures dans l'aide sociale se renomment "la valorisation du travail". La baisse du montant des bourses octroyées aux étudiants se dissout dans "le débat sur l'avenir des cégeps et des universités".

Jean Charest ressemble au colonel qui portait trois médailles. La première, il se l'était attribuée parce qu'il trouvait injuste de n'en posséder aucune. La deuxième il se l'était décernée en hommage à la première. Quant à la troisième, il l'avait obtenue pour se récompenser des deux autres.

La semaine dernière, le gouvernement Charest a franchi une nouvelle étape vers le championnat de la formule creuse et du double langage.

Qui aurait osé lancer une vaste consultation publique intitulée "Place aux citoyens", tout en ajoutant du même souffle "qu'il ne changerait pas ses priorités" ?

Qui aurait osé annoncer que la conclusion de cette consultation "Place aux citoyens", se déroulerait en bonne partie à huis clos ?

Le gouvernement Charest a osé, lui.

On dira que toutes les administrations ont tendance à enjoliver la réalité et à multiplier les formules ronflantes. C'est vrai. Prenez le prédécesseur de M. Charest, Bernard Landry. Sa devise aurait fort bien pu être: "si j'avais un peu plus d'humilité, je serais parfait".

Sauf qu'avec M. Charest et cie, on ne se contente plus d'embellir la réalité, on la réinvente au besoin.

Pour chaque succès authentique, comme l'entente conclue récemment avec Ottawa en matière de santé, le gouvernement s'attribue toutes sortes d'avancées et de conquêtes plus ou moins imaginaires.

Sur le site du Parti libéral (www.plq.org), on apprend notamment que le gouvernement "a mis fin au gaspillage" et qu'il a "lancé un processus fondamental de décentralisation vers les régions". On peut aussi lire que le gouvernement "a amorcé une baisse générale de l'impôt sur le revenu". Plus risible encore, Québec se targue "d'être en train de transformer les relations entre le gouvernement fédéral et les provinces". Rien de moins.

Jean Charest, c'est le chef de gare qui annonce le départ d'un train qui n'est pas encore arrivé, et l'arrivée d'un train qui n'est pas encore parti. Le drôle de type qui vend la peau du même ours à une multitude de personnes avant de l'avoir tué.

Pas surprenant que les circonvolutions de son gouvernement sèment la pagaille dans l'administration publique.

Ce n'est pas l'histoire de la grenouille qui tente d'apparaître plus grosse que le boeuf. C'est celle de la grenouille qui prétend pouvoir traire une puce avec des gants de boxe.

Encore une fois, l'humour politique a immortalisé les gesticulations politiques de l'administration Charest, comme en témoigne cette blague en provenance d'une fonctionnaire.

Jean Charest reçoit en cadeau un billet pour une représentation de la "Symphonie inachevée" de Schubert.

Comme il ne peut s'y rendre, il refile l'invitation à la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, qui se déclare enchantée d'aller au concert.

Le lendemain matin, la ministre lui fait le rapport suivant:

- Les quatre joueurs de hautbois demeurent inactifs pendant des périodes considérables. Il convient donc de réduire leur nombre et de répartir leur travail sur l'ensemble de la symphonie, de manière à réduire les pointes d'inactivité.

- Les 12 violons jouent tous des notes identiques. Cette duplication excessive ne semblant pas revêtir un caractère nécessaire, il serait bon de réduire de manière draconienne l'effectif de cette section de l'orchestre.

- Si l'on doit jouer à plein volume, il serait possible d'y arriver plus facilement grâce à un amplificateur électronique.

- L'orchestre consacre un effort considérable à la production de triples croches. Il semble que cela constitue un raffinement excessif et il est recommandé d'arrondir toutes les notes à la double croche. En procédant de la sorte, il devrait être possible d'utiliser des stagiaires ou des sous-traitants réclamant un salaire largement inférieur.

- La répétition par les cors du passage déjà exécuté par les cordes ne présente aucune utilité véritable. Si tous les passages redondants de ce type étaient éliminés, il serait possible de réduire la durée du concert de deux heures à vingt minutes. Après tout, le temps c'est de l'argent.

En conclusion, il est évident que si Schubert avait prêté attention à nos remarques, il aurait été en mesure d'achever sa symphonie."

Jsgagne@lesoleil.Com





The real Charest must show himself

Lysiane Gagnon
The Globe and Mail Monday, September 27, 2004

When a glowing Jean Charest came back from Ottawa with a "separate deal" on health in his pocket, he looked like a new man. "Le Charest nouveau," trumpeted a headline -- a take on the excitement that marks the yearly appearance of the young wine called Beaujolais Nouveau.

It was the first time in a long time that Mr. Charest had such a fine moment. Even his usual critics hailed his role in persuading the other first ministers to recognize the concept of "asymmetrical federalism." This small triumph didn't translate into votes, though. In last Monday's four by-elections, his party lost two of its ridings; but this is relatively unimportant, by-elections being unreliable barometers of public opinion.

More significant is a survey done by the Centre de recherche en opinion publique (CROP) from Sept. 2 to 5 for the magazine L'actualité, which showed that the Liberals were slowly regaining ground while support for sovereignty was at a low point, with only 35 per cent. CROP vice-president Claude Gauthier says that Mr. Charest's tough stance toward the federal government undeniably helped him: "He is beginning to be seen as a defender of Quebec's interests within Canada."

But is this man a Charest nouveau? Not really. The first ministers conference simply provided Mr. Charest with a golden opportunity to show off his strong points. Ever since he was a young minister in the Mulroney government, he's always been a strong defender of Quebec and insisted that it should play a major role in the federation. He is supremely at ease on the Canadian scene -- which was, after all, his work site for his first 20 years in politics. He's well served, too, by his command of English -- a stark contrast with Robert Bourassa, with whom he can be compared since the two men have been the only federalist Quebec premiers of the past 30 years. Mr. Bourassa was a reluctant federalist; he was uneasy when he found himself outside his familiar Quebec pool, and his English was halting.

It was easier for Mr. Charest, who knows and loves Canada, to gain the trust of the other premiers and placate the opposition leaders before taking on the federal delegation. Bloc Québécois Leader Gilles Duceppe couldn't object to a "separate deal" for Quebec, and Conservative Leader Stephen Harper couldn't object to a deal that could have equally benefited any other province. (Mr. Charest and Mr. Harper actually have a great deal in common: They are strong partisans of decentralization, and although he's nominally a Liberal, Mr. Charest is a Conservative at heart.)

A pragmatist rather than a man of words, Mr. Charest has never been completely at ease in the Quebec political culture, which has been largely formed by the PQ -- a party of teachers, social activists, union leaders and media people that thrives on intellectual debate. He's put off by the impassioned, hyperemotional bickering that characterize Quebec politics, and by the personal insults that are routinely hurled at federalists by overexcited politicians and pundits.

He was accused of "not loving Quebec," of being "too Canadian," a "clown" and a "fatty," of being a traitor to his people and a sellout to the evil forces of capitalism; even his curly hair was ridiculed. His reaction has been to make himself almost invisible and to say as little as possible when interviewed, which made him look like a flat, uninteresting figure. By contrast, he opens and blossoms as soon as he's out of the province.

A friend of mine saw him several times at semi-public events on a recent official visit to France. With his French interlocutors, who had no reason to pick on him, he was talkative, articulate and sure of himself, and even in the most intimidating surroundings, he projected the image of a bright, cultivated man. "He was a completely different man," she says. It's this other man -- the real Charest rather than the Charest nouveau -- who was at work in Ottawa. But Mr. Charest will have to bring him out at home if he wants to win the hearts and minds of Quebeckers.

lgagnon@lapresse.ca





Convention sur la diversité culturelle :
Louise Beaudoin placerait la barre trop haut

Robert Dutrisac
Le Devoir lundi 27 septembre 2004

La Coalition pour la diversité culturelle estime que l'avant-projet de convention de l'UNESCO est une base valable de discussions

Québec - La récente sortie de Louise Beaudoin sur la diversité culturelle a provoqué une cassure dans la position québéco-canadienne sur cette question. Désormais, il y a, d'un côté, ceux qui croient que l'avant-projet de convention de l'UNESCO sur la diversité culturelle est une base valable de discussions et, de l'autre, il y a ceux qui, comme l'ancienne ministre péquiste et l'opposition officielle à Québec, soutiennent que cette convention doit être contraignante et prévaloir sur les accords chapeautés par l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Joint à Paris, où s'est terminée une première séance de travail d'une semaine portant sur cet avant-projet de convention et

réunissant les experts de 148 pays, Robert Pilon, vice-président exécutif de la Coalition pour la diversité culturelle, ne cachait pas sa déception. «On n'est pas d'accord: on pense que la convention est un bon point de départ et on pense qu'on a eu raison d'aller à l'UNESCO. On y est; on y reste», a-t-il dit.

Dans une entrevue accordée au Devoir la semaine dernière, Louise Beaudoin a dit qu'elle craignait que cette convention, si elle était adoptée telle quelle, n'ait aucun effet tout comme, malheureusement, d'autres conventions de l'UNESCO. Elle se demandait s'il n'aurait pas été mieux, tout compte fait, d'adopter une démarche indépendante plutôt que de s'en remettre à l'UNESCO. L'ancienne ministre des Relations internationales estime que le Québec doit livrer bataille pour que la convention soit contraignante pour les pays qui la signent et qu'elle prévale sur les traités de l'OMC.

C'est l'apparente mollesse du coprésident de la Coalition canadienne pour la diversité culturelle, Pierre Curzi, qui a justifié l'intervention publique de Mme Beaudoin, a-t-elle confié. «Tout le monde avait l'air de dire [de la convention]: c'est le plafond, pas le plancher. Ils étaient défaitistes en quelque part.»

Le porte-parole de l'opposition officielle pour les relations internationales, Daniel Turp, a également pris parti pour que la convention sur la diversité culturelle soit placée au-dessus des traités de l'OMC. Il a réclamé de plus que le mécanisme de règlement des différends contenu dans le projet, qui se solde par une conciliation sans effet contraignant, soit remplacé par un tribunal doté du pouvoir de trancher, à l'instar de l'OMC. «On va maintenir la barre très haute», a-t-il dit au Devoir.

Une «lubie»

Or, pour le père du concept de diversité culturelle, le juriste Ivan Bernier, qui conseille les gouvernements canadien et québécois sur cette question, «c'est une lubie» de penser qu'une convention sur la diversité culturelle, ou tout traité semblable, puisse être placée au-dessus de tous les autres accords internationaux, notamment ceux de l'OMC. «Daniel Turp, ça ne rime à rien son affaire», juge M. Bernier. L'important, à son avis, c'est que la convention de l'UNESCO ne soit pas subordonnée aux autres traités. Il estime que c'est «une généralisation absolue» de penser, comme Mme Beaudoin l'a exprimé, que chaque fois qu'un conflit surgira entre la culture et les traités commerciaux, c'est l'OMC qui tranchera.

«Il faut faire le débat», estime quant à elle Louise Beaudoin. Elle avoue avoir été influencée dernièrement par des penseurs altermondialistes de l'UQAM comme Christian De Block et Dorval Brunelle. «Moi aussi j'ai cru Bernier. On est souvent les otages des experts», a-t-elle dit. «Pourquoi y a-t-il une hiérarchie et que ce sont toujours les droits commerciaux qui sont en amont et auxquels on doit s'ajuster?» s'interroge-t-elle aujourd'hui.

Du côté du gouvernement Charest, on n'a pas revu la position du Québec sur la diversité culturelle. La ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, est d'ailleurs restée muette à ce sujet la semaine dernière. Les élus libéraux n'ont pas non plus dit s'ils acceptaient de tenir une commission parlementaire sur l'avant-projet de convention, comme le demande le député Daniel Turp.

S'il est vrai que le texte de cet avant-projet de convention est une bonne base de discussions, Robert Pilon estime cependant que des points cruciaux restent encore à préciser. C'est le cas de la relation entre la convention avec les autres accords internationaux telle que libellée dans deux variantes de l'article 19 du texte. D'ailleurs le Comité international de liaison des Coalitions pour la diversité culturelle a proposé une série d'ajouts et de changements à l'avant-projet pour faire en sorte que la convention soit renforcée. Ce comité réunit 20 pays, le double d'il y a six mois. Ils seront 25 d'ici à la fin de l'année, a avancé M. Pilon. Mme Beaudoin, qui venait de prendre connaissance de ces commentaires du comité international, a estimé que c'était déjà «plus ferme» que ce M. Curzi affirmait.

Ivan Bernier craint qu'en fixant la barre trop haut, «qu'en soulevant des épouvantails, on discrédite la nature de l'effort qui est fourni. C'est dangereux». Si le projet de convention est rejeté «sous prétexte qu'il n'est pas contraignant de façon absolue, on retombe à zéro, c'est-à-dire que tout ça va se faire à l'OMC», a-t-il prévenu.

Placer la barre trop haut d'entrée de jeu pourrait nuire au ralliement des pays derrière la convention, estime Robert Pilon. «On aura une convention forte si on a beaucoup d'amis. On aura une convention plus faible si on a moins d'amis.»





Quebec pushes for clout: World forums.
Provincial matters on international scene

ELIZABETH THOMPSON
The Montréal Gazette September 27, 2004 Monday

Quebec has quietly begun talks with Ottawa aimed at giving it a direct say in such international forums as UNESCO.

If successful, it could mark the first time outside of the limited confines of the Francophonie that a province would be able to speak directly for itself on the world stage.

In an interview with The Gazette, Quebec Intergovernmental Affairs Minister Benoit Pelletier said he has received a mandate from Premier Jean Charest to negotiate a special bilateral deal with Ottawa.

Pelletier said he began talking before the election with Pierre Pettigrew, then federal intergovernmental affairs minister, and received a favourable reception.

However, there have not yet been any formal negotiations to hammer out a deal, negotiations that Pelletier expects will be "demanding."

"I would like to see Quebec having a voice in major fora like UNESCO, for example. It would be a seat in UNESCO where we could, in fact, speak with our own voice."

However, Pelletier said he is also open to other options that would allow Quebec to speak directly in international forums.

"I don't want to close the door to any possibility. The most important is that we have a voice in the debate over cultural diversity, for example."

Under the constitution, international relations fall under federal government jurisdiction. By virtue of recognition accorded decades ago by France, Quebec has its own seat at the Francophonie - the French-speaking world's equivalent of the Commonwealth - and has direct relations with France. But in other international forums, like the United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization, provinces, rely on Canada to represent it.

While Quebec wants to be able to speak for itself, Pelletier said Quebec is not trying to intrude in Ottawa's jurisdiction over international relations.

"What Quebec is asking for is to have a say with regards to different (international) fora which concern its specifically. We want to get into a negotiation where we do not deny the authority of the federal government over external affairs. It's a negotiation where we would increase and strengthen the role of Quebec at the international level like it is done in many other federations in the world."

In May, during a speech to Laval's Chamber of Commerce, Prime Minister Paul Martin endorsed the idea of giving Quebec the right to speak for itself at UNESCO.

"When international questions affect matters that come under provincial jurisdiction, I want the provinces right beside us, as partners, promoting and defending their interests. Thus, Quebec must not only be seated next to us at the UNESCO table, but it must also be able to have its say when we discuss such things as cultural diversity."

Relations between the federal government and the provinces in the area of international relations made headlines last week after Heritage Minister Liza Frulla told reporters in Paris that Quebec and Ottawa were working so closely together in international talks to protect cultural diversity from trade rules that they could speak for each other.

However, in an interview with The Gazette, Frulla said it has been clear from the start that it is the federal government that is responsible for international relations and there has never been any question of Quebec taking the federal government's place on the international scene.

Having Quebec by its side as Canada tries to convince the world of the need to exempt culture from trade rules that bar subsidies or measures to protect industries, gives Canada's arguments more clout, Frulla said.

"Quebec accepts Canada's point of view, endorses it and speaks with the same voice as Canada, but Canada has the international responsibility as in any other issues on foreign policy and it's accepted by everybody including Quebec. But we have to say that we're confident enough and practical enough to invite the provinces' involvement in some issues."

For example, Frulla said she would like to see other provinces join Quebec and Ottawa in fighting for cultural diversity at the international level, pointing out that if subsidies and measures to protect culture were prohibited it would have an impact on their provinces as well.

"We're all in this together. I'm desperately trying to get the other provinces on board."





Bouclier: Ottawa n'a pas eu le choix :
La défense antimissile n'était pas une priorité, dit le ministre Graham au Devoir

Manon Cornellier
Le Devoir lundi 27 septembre 2004

Ottawa -- La défense antimissile n'était pas une priorité canadienne, mais les États-Unis n'ont pas laissé le choix à Ottawa. En décidant d'aller de l'avant avec leur projet dès cette année, ils ont forcé le Canada à donner priorité à ce dossier, reconnaît le ministre de la Défense, Bill Graham, qui admet aussi qu'en cherchant à obtenir l'appui du Canada, Washington cherche «peut-être», entre autres choses, une caution morale.

Les priorités du Canada sont beaucoup plus immédiates et terre à terre, y compris pour assurer la défense du Canada et de l'Amérique du Nord, a-t-il expliqué au Devoir en entrevue. Ces priorités se résument à une politique de défense à jour et à suffisamment de troupes et d'équipement pour faire le travail correctement.

Ainsi, en plus de terminer dès que possible la revue de la politique étrangère et de défense, M. Graham veut obtenir «le genre d'équipement nécessaire pour que les forces soient en mesure de défendre le Canada et l'Amérique du Nord et de participer à des activités internationales». Il veut aussi s'assurer que le Canada a «suffisamment de troupes et que celles-ci sont bien entraînées et préparées pour remplir [ses] obligations au Canada et à l'étranger». Le bouclier antimissile n'apparaît nulle part, même si M. Graham affirmait la semaine dernière que le Canada pourrait «le regretter» s'il décidait de ne pas participer au projet de bouclier américain.

Mais comme les Américains ont déjà commencé à déployer des intercepteurs basés au sol en Alaska et en Californie, le Canada est forcé de se brancher. «Si on avait le choix, est-ce que le Canada donnerait la priorité à ce dossier ?» a demandé Le Devoir. «Non, évidemment pas», a répondu M. Graham sans hésiter. «C'est énormément dispendieux. C'est pour ça que je dis : si les Américains décident de dépenser leur propre argent, c'est leur décision, on ne peut pas leur dire qu'ils n'en ont pas le droit. Mais si ce n'était que de nos priorités, il est évident, non seulement du point de vue du prix, mais aussi du point de vue de nos objectifs, qu'on ne ferait pas ça.»

Même la menace que tente de contrer ce bouclier, soit un missile lancé de façon accidentelle ou par un État voyou, ne figure pas en tête de liste des préoccupations d'Ottawa. Selon M. Graham, le terrorisme représente actuellement une menace difficile à cerner mais davantage prioritaire pour le Canada. Invité à mesurer ces deux menaces sur une échelle de un à dix, il n'hésite pas à dire que celle posée par un missile figurerait «beaucoup plus bas, il n'y a pas de doute», que le terrorisme. Mais il précise rapidement que ce jugement serait valable uniquement «pour le présent».

La participation canadienne au bouclier est une question politique, car les Américains ne demandent ni argent ni installations au Canada. Qu'attendent-ils de lui alors ? Une caution morale ? «Ils veulent peut-être ça, une caution morale, admet candidement M. Graham, mais ils veulent aussi que le Canada soit solidaire avec eux dans la défense de l'Amérique du Nord. Je crois que ce n'est pas déraisonnable de leur part de vouloir cela, même s'il y a des voix aux États-Unis et au Canada qui disent que ce programme devrait être abandonné en faveur d'autres programmes axés davantage vers le terrorisme ou autre chose.»

Les discussions sur une éventuelle participation canadienne au bouclier antimissile se poursuivent toujours, et la décision du Canada n'a pas encore été prise, précise le ministre. Mais selon lui, le Canada se doit, en bon voisin, de discuter avec les États-Unis, et ce, «même si nous avons des réserves à l'égard de leur décision».

Dans un discours prononcé la semaine dernière et dans une entrevue diffusée le lendemain, M. Graham a manifesté son appui à une participation canadienne. Son raisonnement est le suivant. Washington a décidé d'aller de l'avant, que le Canada suive ou non. Si le Canada veut continuer à avoir son mot à dire sur tous les volets de la défense de l'Amérique du Nord et donc sur sa propre défense, s'il veut par conséquent préserver sa souveraineté en la matière, il doit être à la table où se prennent les décisions. «Ne pas participer diminuerait significativement notre souveraineté», disait-il.

Mais le gouvernement Martin a des critiques à contrer s'il veut aller de l'avant dans ce dossier, des gens qui craignent le déploiement à moyen terme d'armes dans l'espace, qui doutent du sérieux de la menace ou encore de l'efficacité du système.

Pour y répondre, M. Graham invoque d'abord la prévoyance. On ne peut traiter à la légère une menace qui pourrait, à long terme, se révéler sérieuse mais qui exigerait, pour y répondre, des moyens technologiques qui demandent des années pour être mis en place, a-t-il répété en entrevue.

Cette même prévoyance se dissipe quand il s'agit de l'évolution du système. «On ne peut pas prédire ce qui va se passer d'ici 20 ans», dit-il. Le Canada est opposé à l'arsenalisation de l'espace et il refusera de participer au bouclier si ce dernier l'envisage, mais il affirme que ce n'est pas le cas du volet auquel le Canada est invité à s'associer. «Je le répète, ce n'est pas ce programme qui va poser problème, mais d'autres programmes», une assurance qu'il dit tirer des rapports des négociateurs canadiens.

Pourtant, la Missile Defense Agency (MDA), l'organisme américain qui assure la mise en oeuvre du bouclier, présente souvent le système de défense comme un tout «évolutif» destiné à être réalisé par étapes, la première étant le déploiement amorcé cet automne. Des critiques craignent donc, sur la base des plans de la MDA, que le bouclier mène au déploiement d'armes dans l'espace et que le Canada ne s'y trouve associé malgré lui.

Si le système devait se diriger dans cette direction, le Canada s'en retirerait, affirme M. Graham, car, contrairement à plusieurs experts, il est persuadé qu'«on peut toujours reculer». Il relève par ailleurs que le déploiement d'armes dans l'espace a ses supporteurs mais aussi ses détracteurs aux États-Unis. «Nous sommes les alliés de ceux qui sont contre», dit-il.





Un bouclier, de force

Guy Taillefer
Le Devoir lundi 27 septembre 2004

Le ministre fédéral de la Défense, Bill Graham, s'est affiché clairement jeudi dernier en faveur de la participation du Canada au déploiement américain du bouclier antimissile. «Je pense que le Canada le regrettera s'il n'y participe pas», a-t-il affirmé. S'il cessait un instant de jouer sur les mots, le premier ministre Paul Martin ne le dirait pas autrement.

Il nous en coûte d'avoir à le reconnaître, mais la déclaration de M. Graham coule de source, pour ainsi dire. «Pour le meilleur et -- surtout -- pour le pire, Ottawa doit y participer», écrivait samedi dans nos pages un spécialiste québécois de la question, Stéphane Roussel. Notez l'accent de résignation.

À quelles conditions ? Objectivement, cela n'a pas grande importance. Le noeud de la question tient au fait que les États-Unis iront de l'avant, avec ou sans le Canada -- et, selon toute vraisemblance, avec ou sans George Bush à la présidence. Aussi, les contorsions nombreuses qu'Ottawa met en scène pour acquiescer sans en avoir l'air traduisent l'impasse inconfortable dans laquelle il se trouve. Si Ottawa dit oui, c'est qu'il est aspiré.

Or le Canada est contraint de jouer le jeu du bouclier antimissile dans la mesure où il est prisonnier d'une géographie qui le fait voisin d'un empire. Ce qui confine le débat au surréalisme, au vu du fait que, sur le fond, l'efficacité militaire du projet est extrêmement contestée.

Un refus équivaudrait pour Ottawa à renoncer au peu de pouvoir dont il dispose au chapitre d'une défense continentale que les Américains réforment unilatéralement dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001 -- et à laquelle la Grande-Bretagne, l'Australie, le Japon, la Corée du Sud et Israël ont déjà accepté d'apporter leur collaboration par l'entremise de leurs stations d'observation satellitaires.

En l'occurrence, M. Graham a raison de dire qu'un refus de participer marginaliserait le Canada et porterait atteinte à «notre souveraineté» en abandonnant aux États-Unis le contrôle de l'espace aérien canadien. Ici tient la quintessence du caractère relatif de la souveraineté canadienne. Ainsi, ceux qui croient que le Canada aurait raison d'opposer au développement du bouclier la même résistance qu'à la guerre d'Irak pèchent par confusion. Il fut politiquement possible pour le Canada de Jean Chrétien de refuser d'entrer en guerre au nom du multilatéralisme onusien. L'enjeu bilatéral que constitue le bouclier antimissile ne donne malheureusement pas cette marge de manoeuvre à Paul Martin. Un non affecterait négativement le «tissu institutionnel» qui lie les deux pays, pour reprendre les mots de M. Roussel, et placerait le Canada dans une situation délicate.

Son assentiment, Ottawa devrait l'avoir officiellement donné d'ici au 30 septembre, alors que les États-Unis mettront en service la première phase de leur bouclier antimissile. Le tout premier intercepteur de missiles intercontinentaux est installé en Alaska depuis le 22 juillet dernier. Dans les faits, la bénédiction canadienne est déjà officieusement accordée : au début de l'été, le gouvernement acceptait que des modifications soient apportées à l'accord du NORAD afin que l'organisation sous direction binationale puisse contribuer au fonctionnement du bouclier.

Aussi y a-t-il abus de langage de la part du gouvernement Martin à continuer de prétendre «négocier» sa participation avec les Américains. Qu'il marche sur des oeufs et qu'il tergiverse à des fins de popularité électorale n'est pas incompréhensible. Donner l'impression qu'il y a pourparlers d'égal à égal, c'est insulter l'intelligence populaire.

Comme il y a manipulation à nier, comme le font MM. Martin et Graham, que le projet de bouclier, qui n'est encore pour le moment qu'une initiative terrestre et maritime, ouvre la porte à moyen terme à la militarisation de l'espace. Washington ne fait pourtant pas secret de son désir de mettre en place un volet spatial du bouclier en 2012.

Si bien que, quoi qu'il en dise, M. Martin engage de force les Canadiens sur une pente glissante dont on ne sait trop où elle les conduira. Ce qui rend la pilule de ce bouclier, qui produira un immense gaspillage de ressources et d'argent dont va se gaver l'industrie militaire, d'autant plus difficile à avaler. On peut compter sur le Bloc et le NPD, au moment de la rentrée parlementaire dans une semaine et demie, pour signaler au gouvernement -- minoritaire -- de Paul Martin qu'il vaudrait infiniment mieux consacrer les milliards que coûtera le bouclier à la santé, à l'éducation et à la prévention des conflits. Mais c'est un argument que la realpolitik préfère toujours refuser d'entendre.

gtaillefer@ledevoir.com



TRIBUNE LIBRE






TRIBUNE LIBRE

JUSTIFIER L’INDÉPENDANCE

Guillaume Rousseau
Militant du Parti Québécois
TRIBUNE LIBRE 27 septembre 2004

Au cours des derniers mois, plusieurs événements m’ont amené à réaliser que les souverainistes ne justifient pas suffisamment leur projet. Les élections partielles que nous venons de vivre et le rapport des trois mousquetaires sont révélateurs à ce sujet.

Personnellement, j’étais présent sur le terrain dans Gouin et dans Laurier-Dorion. Deux choses m’ont particulièrement frappé. Premièrement, la qualité des candidats et des équipes était franchement impressionnante et, considérant qu’il s’agissait de jeunes, cela est très encourageant. Par contre, j’ai ressenti un certain malaise du fait que la souveraineté ne figurait pas parmi les sujets prioritaires abordés par nos candidats lors de leur campagne. Cette stratégie est-elle la bonne? Plusieurs répondront d’emblée oui, car elle nous a permis de remporter ces deux circonscriptions et, au surplus, lors de partielles la question nationale est moins importante que les enjeux locaux. Il y a du vrai là-dedans. Par contre, je me souviens que les dernières élections générales, tant fédérales que provinciales, ne furent pas des occasions pour faire la promotion de l’indépendance sur le terrain. Donc, nous remportons des victoires, dans les deux premiers cas, mais sans savoir si cela signifie que la cause avance. Pourtant, il faut qu’elle avance pour triompher et je ne vois pas comment elle peut progresser autrement que par sa promotion sur le terrain. De plus, on laisse l’impression que la souveraineté est un boulet pour nos candidats. Pourtant, comme notre option a une cote de popularité d’au moins 40% elle devrait être un atout. D’ailleurs, l’UFP, qui elle a mis l’indépendance au cœur de sa campagne, a obtenu des scores forts respectables de 5% et 8% dans Laurier-Dorion et Gouin. Il importe de prendre toute la mesure de ce que cela signifie : pour la première fois dans l’histoire un parti en compétition sérieuse avec le PQ prône plus ouvertement que lui la souveraineté.

Bien humblement, je pense qu’il aurait été possible d’exposer aux citoyens les justifications de notre projet sans compromettre nos succès électoraux. Une méthode possible consiste à utiliser l’actualité. Si un citoyen est préoccupé par le système de santé, pourquoi ne pas questionner la pertinence de la conférence fédérale-provinciale sur la santé alors qu’il serait plus efficace que le Québec puisse, à même ses propres ressources fiscales, financer le système. Une autre technique consiste à partir du vécu des électeurs. Par exemple, si l’un d’eux nous fait part du fait qu’il vient d’acheter le logement dans lequel il habite, on peut le féliciter et souligner que la souveraineté c’est un peu ça : cesser d’être locataire et devenir propriétaire. Cela implique davantage de responsabilités mais procure plus de liberté et de fierté. Bref, il faudrait écouter les électeurs et ajuster notre argumentaire en conséquence.

Par ailleurs, il y a ce fameux rapport de trois jeunes députés péquistes, lesdits Mousquetaires, duquel se dégage l’impression que ces derniers ont parlé de souveraineté, mais sans la justifier vigoureusement. Au fait, bien que leur tournée soit une très bonne initiative, il importe de mentionner que ce rapport n’est pas scientifique, on ne dit pas combien de jeunes ont dit quoi, et qu’il contient beaucoup de ouï-dire et de lieux communs. Il faut donc en prendre et en laisser. Parmi ce qu’il faut prendre, il y a cette suggestion des jeunes de faire des liens entre l’indépendance et les enjeux modernes tels la diversité culturelle et la mondialisation. Concernant la diversité culturelle, le fait que le fédéral ne soit pas en faveur de la primauté de cette valeur sur les traités commerciaux, alors qu’un consensus à ce sujet se développe au Québec, doit être relevé et souligné aux jeunes. Au sujet de la mondialisation, il serait bon que le PQ fasse la promotion de l’idée d’une taxe mondiale ayant pour but de financer le développement des pays pauvres. Autrefois défendu uniquement par des altermondialistes, cette idée est aujourd’hui mise de l’avant par la France notamment. Alors que le Canada pourrait appuyer cette proposition, il ne le fait pas. Quoique même s’il l’avait fait, cela aurait eu peu d’impact considérant que le Canada est devenu un pays insignifiant sur la scène internationale, comme en témoigne le dernier discours de Paul Martin à l’ONU devant une salle vide. Seul un Québec souverain pourrait intervenir dans de tels dossiers, afin de faire rayonner de par le monde nos valeurs de solidarité. Ça aussi, il faudrait le dire aux jeunes.

De même, le rapport des Mousquetaires nous apprend que les jeunes ne sont pas préoccupés par la langue car, disent-ils, ils sont nés après la loi 101. Savent-ils que depuis son adoption cette loi a été déclarée invalide en grande partie par des juges? Savent-ils qu’une contestation est en ce moment pendante devant la Cour Suprême, et ce au moment même où la proportion de francophones régresse à Montréal alors que les régions commencent à se vider? J’en doute. C’est pourquoi il ne suffit pas d’écouter les jeunes, il faut leur faire partager nos connaissances et nos préoccupations concernant la langue entre autres. Certes, il s’agit là d’une vieille méthode pour promouvoir la souveraineté, mais je ne vois pas pourquoi elle ne fonctionnerait plus, surtout si on considère que la promotion de la diversité culturelle n’est qu’un voeux pieux si l’on ne protège pas notre culture minoritaire.

En conclusion, je dirai simplement qu’il faut plus que jamais justifier l’indépendance. Et pour ce faire, il ne faut pas se contenter de dire aux militants de « sortir, parler, convaincre », il faut plutôt que l’ensemble du parti, y compris l’aile parlementaire, se dise qu’il est temps de « sortir, écouter et faire partager ».




TRIBUNE LIBRE

Dialoguons vers la souveraineté

François-Pierre Gauvin, candidat au doctorat, McMaster University
TRIBUNE LIBRE 27 septembre 2004

Au cours des dernières années, deux questions fondamentales ont marqué le débat sur la souveraineté du Québec : Comment et quand faire l’indépendance? Plusieurs membres du mouvement souverainiste débattent donc de l’utilité d’une élection référendaire plutôt que d’un référendum et du moment opportun pour enclencher le processus menant à l’indépendance.

Ces débats trahissent le sentiment de plusieurs militants souverainistes qui en ont assez d’attendre les « conditions gagnantes » et qui désirent réaliser, le plus tôt possible, l’indépendance du Québec. Nous ne devons toutefois pas oublier qu’une large proportion de nos concitoyens et concitoyennes n’en voient pas encore la nécessité et s’inquiètent des coûts reliés à un tel projet. Qu’importe la méthode et le moment d’enclencher le processus référendaire si nous ne sommes pas en mesure de mobiliser une large majorité de Québécois en faveur de l’indépendance ?

Il m’apparaît donc souhaitable de miser sur la démocratie participative afin de mobiliser la population et de dialoguer avec ceux et celles ayant des inquiétudes face à la souveraineté du Québec. Ces inquiétudes sont légitimes et nous devons y répondre. C’est en établissant un dialogue constructif que nous pourrons tisser des liens de confiance tout en enrichissant et renforçant la crédibilité du projet souverainiste.

Un projet qui doit se fonder sur le jugement public

La souveraineté du Québec ne doit pas se jouer en quelques semaines, lors d’une campagne référendaire frénétique où d’imprévisibles rebondissements font pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Nous devons faire en sorte que la mobilisation en faveur de la souveraineté soit forte, stable et raisonnée avant même d’enclencher un processus référendaire.

Depuis très longtemps, nous cherchons à jauger l’appui au projet souverainiste en tâtant le pouls de l’opinion publique afin de déterminer LE moment propice. Toutefois, il est reconnu que l’opinion publique vogue au gré des événements et des saisons.

Comme le souligne le spécialiste américain Daniel Yankelovich, l’opinion publique est rarement stable et évolue selon un continuum allant de l’opinion brute (volatile et peu réfléchie) au jugement public (stable et raisonné). Le chemin menant de l’opinion brute au jugement public est long et sinueux. Yankelovich considère que ce chemin est marqué par sept étapes: 1) les citoyens prennent tout d’abord conscience d’un enjeu, 2) ils développent un sentiment d’urgence face à cet enjeu, 3) ils commencent à explorer les choix pour faire face à cet enjeu, 4) ils essaient de faire face, non sans difficulté, aux compromis et coûts liés à chaque option, 5) ils pèsent le pour et le contre de chaque alternative, 6) ils prennent position intellectuellement et 7) ils expriment un choix raisonnable moralement et émotionnellement.

Pour des enjeux complexes comme la souveraineté du Québec, de nombreuses années sont généralement nécessaires avant d’atteindre le jugement public. À l’évidence, une large proportion de Québécois n’ont pas encore franchi la première étape, celle de la prise de conscience. « À quoi bon se séparer du Canada puisqu’il n’y a pas de problème? » Plusieurs autres sont prisonniers de leurs inquiétudes et rejettent l’option souverainiste sans avoir pesé de façon raisonnée le pour et le contre.

Il est toutefois possible de favoriser, voire d’accélérer, le cheminement menant au jugement public grâce au dialogue. En effet, le dialogue permet la prise de conscience, l’exploration des choix, l’évaluation des coûts et l’expression de choix raisonnés.

Un référendum sur la souveraineté doit donc être l’aboutissement d’un dialogue qui aura permis à tous les citoyens et à toutes les citoyennes d’être informés, de répondre à leurs inquiétudes et de prendre une décision éclairée. Un tel dialogue prend du temps et nécessite des mécanismes participatifs afin de le catalyser.

Créer des espaces délibératifs

Les mécanismes traditionnels de participation (audiences publiques, focus groups, sondages, etc.) favorisent rarement la concertation, la conciliation des intérêts et l’appropriation des processus décisionnels par les citoyens. Par conséquent, un dialogue sur la souveraineté du Québec ne peut se réaliser que dans le cadre de mécanismes novateurs permettant d’associer tous les acteurs de la gouverne (citoyens, experts et décideurs).

Plusieurs mécanismes délibératifs ont été développés au cours des deux dernières décennies : jurys de citoyens, panels de citoyens, cellules de planification, conférences de consensus, ateliers de scénarios et sondages délibératifs. Ces méthodes partagent au moins cinq caractéristiques communes : 1) la formation de petits groupes de 12 à 20 citoyens qui représentent leur communauté (excepté les sondages délibératifs qui peuvent inclure jusqu’à 500 personnes), 2) une rencontre ou une série de rencontres en face-à-face, 3) la préparation et la diffusion d’information sur l’enjeu en question, 4) l’implication d’experts afin d’informer les participants ou de répondre à leurs questions, et 5) la production de recommandations basées sur les délibérations des citoyens.

La force de ces mécanismes délibératifs est de rassembler des citoyens de différents horizons dans le cadre d’un dialogue ouvert et raisonné. Le mouvement souverainiste aurait beaucoup à gagner par la création d’espaces délibératifs de ce genre où l’on pourrait discuter du type de société que nous voulons pour l’avenir, d’un futur projet de constitution, ou d’autres enjeux affectant le développement social, culturel et économique du Québec.

Quelques conditions à la création d’un dialogue sur la souveraineté

Plusieurs conditions doivent être remplies pour qu’un dialogue sur la souveraineté soit un succès. Tout d’abord, le mouvement souverainiste doit indiquer dès le départ les objectifs de ces dialogues et de quelle façon les résultats des délibérations seront pris en compte.

Ensuite, un tel dialogue ne doit pas être partisan. L’un des objectifs est en effet de rassembler des gens de tous les horizons pour discuter, échanger des idées et apprendre les uns des autres. L’objectif n’est pas de prêcher et encore moins de prêcher aux convertis.

Ces mécanismes délibératifs doivent également être assez flexibles pour permettre aux participants de contribuer à la définition des enjeux discutés et des questions abordées. Les citoyens ne doivent pas être les pions de consultations où les dés sont déjà pipés. Ils doivent pouvoir s’approprier ces espaces délibératifs.

Finalement, afin d’assurer la délibération éclairée des participants, il est nécessaire de diffuser de l’information et de leur laisser le temps de la lire, de la digérer et d’en discuter.

Le chemin que je propose menant à la souveraineté du Québec peut paraître long et sinueux. Telle est la démocratie. Il est essentiel d’emprunter un tel chemin si nous ne voulons pas être à la merci d’une opinion publique instable.