
Choc des idées au PQ : La valse à deux temps
Le Soleil samedi 4 septembre 2004
Legault propose un pays, Marois prône la patience
Sur les banquettes de l'opposition, le Parti québécois a une priorité plus importante que l'accession à la souveraineté. Il doit reprendre le pouvoir. De deux choses l'une : ou il joue la carte du bon gouvernement, ou il vend, pendant la campagne électorale, un projet de pays.
Deux visions, deux courants à l'intérieur du parti, deux aspirants - le temps venu - à la succession de Bernard Landry : François Legault et Pauline Marois. D'un côté, ceux qu'on dit impatients, qui préfèrent l'idée de présenter un véritable "programme de pays" aux prochaines élections. De l'autre, les modérés, qui veulent gagner la confiance des Québécois en prouvant que le PQ est un parti responsable et capable de gérer adéquatement la province, en attendant d'en faire un pays.
Entre les deux, le chef Bernard Landry s'abreuve aux deux auges, à la fois partisan de présenter un solide programme de gouvernement provincial, tout en "allant aussi loin qu'on peut dans le dessin du pays". En entrevue téléphonique au SOLEIL cette semaine, le chef péquiste a indiqué sa volonté d'inclure dans la prochaine plate-forme électorale un "cadre financier d'un Québec souverain, mais pas un budget de l'an un".
M. Landry souhaite présenter aux électeurs "ce qu'on pourrait faire avec plus de moyens". Pas question pour l'instant d'aller aussi loin que le souhaite M. Legault, en raison d'un "problème de réalisme politique. Il est impossible de prévoir aussi loin, même la France ne pourrait le faire".
Lorsque le premier ministre Jean Charest lancera la prochaine campagne électorale, au plus tard en mars 2008, le Parti québécois devra avoir fait son lit et choisi sa stratégie. D'ici là, M. Legault aura donc fort à faire pour vendre son programme détaillé de pays à M. Landry, qui a annoncé son intention de mener ses troupes au prochain rendez-vous électoral.
M. Legault se donne jusqu'au prochain congrès national du PQ en juin 2005 pour gagner M. Landry à sa cause. Sinon ? "On verra, je pars de façon positive", de répondre le député de Rousseau, qui sait fort bien que son chef s'est engagé à demander un vote de confiance à cette occasion. À ce moment, le clan Legault pourrait bien refuser - ou monnayer - son appui...
Si le PQ devait présenter le projet d'un pays nommé Québec, il l'accompagnera d'un programme de transition sans envergure. Autrement dit, pendant les mois qui précéderont l'accession à la souveraineté, le Parti gérera à la petite semaine.
"Ce qu'on va proposer pour la transition, qui sera courte, ne créera pas d'attentes, prévient M. Legault. On donnera seulement les grandes lignes de ce qu'on fera en attendant, c'est-à-dire le mieux qu'on peut faire avec les ressources qu'on a comme province, parce qu'on ne croit pas que ce soit la meilleure façon de gérer le Québec. Le vrai programme sera le programme du pays, un projet de société emballant axé sur l'éducation."
De l'autre côté, les "patients" optent pour proposer une nouvelle fois aux Québécois un bon gouvernement péquiste capable de tirer son épingle du jeu avec les ressources dont il dispose dans le cadre fédéral. Le projet de pays, même s'il demeure l'objectif ultime, ne sera pas défini outre mesure.
Le plan pour y arriver, par contre, fera clairement partie de la plate-forme électorale. Il devra comprendre la création d'un ministère de l'Accession à la souveraineté, la rédaction d'une Constitution provisoire, la préparation des changements législatifs, l'élaboration de plans de transition pour chacun des ministères et la définition de ce que sera le Québec souverain. Après quoi, les Québécois seront appelés à se prononcer par référendum.
"On peut faire les deux choses en même temps. Il faut dire aux Québécois ce qu'on fera au lendemain des élections, en santé, en éducation, etc. Et, en même temps, il faut leur dire clairement ce qu'on va faire pour faire du Québec un pays", a expliqué cette semaine Pauline Marois en entrevue téléphonique au SOLEIL. Bref, les Québécois qui voteront pour le PQ sauront qu'ils donnent le mandat au Parti de préparer l'indépendance et "ils seront consultés quand viendra le moment de définir ce qu'on veut comme pays", explique Mme Marois.
Aux yeux des "purs et durs", la démarche prônée par Mme Marois mène inévitablement à un cul-de-sac. "Il faut tirer des conclusions du fait que le Québec est devenu ingouvernable dans l'état actuel des choses, indique M. Legault. Mettre fin à l'étapisme, ça ne veut pas dire renoncer aux référendums, ça veut dire qu'il ne faut pas demander à gouverner une province avant d'en faire un pays. On a essayé ça, et ça ne marche pas. On est rendu à dire que la seule solution, c'est de proposer un pays. De toute façon, les programmes de province ne peuvent être que misérables."
Au contraire, réplique Mme Marois, "la transition n'a pas à être quelque chose d'ennuyant, ça peut être emballant. Il faut être clair. Il faut montrer qu'on est capable, comme on a fait dans le passé, de bien gouverner et de préparer la souveraineté en même temps. Parce que le premier défi, c'est de reprendre le pouvoir pour pouvoir proposer notre projet. En présentant un programme de pays (avant les élections), on amène les gens dans une espèce de confusion où les enjeux ne sont pas clairs".
M. Landry, lui, s'"étonne de voir que les gens font une si grande distinction" entre les deux approches. À ses yeux, "sur plusieurs questions, la santé, l'éducation et l'aide sociale par exemple, les deux programmes se confondent, sauf qu'avec un pays, on aura plus de moyens. Il y a plus de différence en agriculture, où on n'a pas toute la juridiction. Mais c'est certain que, pour ce qui est de domaines comme la diplomatie internationale, là, c'est totalement nouveau. Au fond, la difficulté de concilier (les programmes de province et de pays) est plus apparente que réelle".
Conditions gagnantes ?
Comme El Niño, le courant radical du Parti québécois vient occasionnellement chauffer les esprits des militants. La récente sortie de Jacques Parizeau, qui proposait une approche similaire à celle de M. Legault, a créé de nouveaux remous dans la grande famille souverainiste, plus que jamais divisée entre l'urgence de relancer le débat et la patience.
Presque 10 ans après le dernier référendum, M. Legault croit que le moment est venu pour reprendre là où les souverainistes ont laissé au lendemain du 30 octobre 1995, alors que le Non l'a emporté de justesse avec 50,6 % des voix. "Les conditions gagnantes ne peuvent pas être plus réunies que maintenant, affirme le député de Rousseau. On est dans un nouveau cycle, on n'a plus à trouver de stratégies en attendant."
Mme Marois ne partage pas complètement l'analyse des impatients. Si elle convient que "le Québec est entré dans une nouvelle phase", elle croit qu'il faudra plus de temps qu'une campagne électorale pour rallier les Québécois au projet de pays. "Après une période d'accalmie normale, on peut maintenant passer à l'action et rejeter l'attentisme dans lequel on était. Mais je sais ce que ça demande d'efforts pour expliquer le projet à la population, pour la mobiliser. C'est pour ça qu'il faut élaborer le projet de pays avec la population quand on sera au pouvoir."

Le nationalisme, valeur américaine
Christian Rioux
Le Devoir mercredi 8 septembre 2004
Carnet d'Amérique - Christian Rioux vient de passer un an aux États-Unis. Boursier de l'université Harvard, il a rencontré de nombreuses personnalités et sillonné le pays de Boston à Los Angeles. D'ici l'élection présidentielle américaine, le 2 novembre, il nous livre des extraits de son carnet américain.
Au début, je trouvais cela insupportable. Tous ces drapeaux accrochés aux vitrines des épiceries, dans les boutiques de vêtements et sur le capot des voitures, quand ils n'étaient pas tatoués sur le nombril des filles ou imprimés sur les caleçons des garçons. Une véritable orgie de drapeaux : voilà ce à quoi est soumis le visiteur étranger qui débarque à New York ou à Los Angeles.
Cela surprend encore plus lorsqu'on arrive d'Europe, où les symboles nationaux ont appris à se faire discrets quand ils n'ont pas été définitivement rangés dans les tiroirs. Lorsqu'on débarque du Canada de surcroît, on est forcément convaincu que ce sursaut patriotique ne peut être que le fruit d'un effort concerté de propagande. Jusqu'à ce qu'on découvre que les Américains n'arborent pas leur drapeau pour décrocher une subvention ou obéir à l'injonction d'un quelconque ministère.
Des ghettos noirs de Washington aux villes de banlieue huppées de la Nouvelle-Angleterre, des rodéos de Belle Fourche aux riches quartiers de Palo Alto, le Stars and Stripes est, avec le fast-food, ce qu'il y a de mieux partagé par les Américains, quelles que soient leur classe sociale, leur couleur ou leur profession.
***
Dans l'immense majorité des cas, ce patriotisme est le fruit de l'initiative individuelle. Ici, c'est un ancien combattant qui arbore un drapeau à sa fenêtre, là, une mère de famille haïtienne ou un dépanneur portoricain. Je me souviens d'un campeur de Yankton, au Dakota du Sud, qui avait couvert sa roulotte de centaines d'ampoules de Noël aux couleurs du drapeau. J'ai aussi vu des gâteaux d'anniversaire (auxquels je n'ai pas osé goûter) en forme de drapeau. On ignore généralement que le serment d'allégeance au drapeau prononcé dans les écoles est né en 1892 de l'initiative entièrement privée d'un pasteur baptiste et socialiste, Francis Bellamy. Le Congrès ne l'a reconnu comme symbole officiel qu'en 1942.
Il faut du temps pour apprendre à ne pas en faire une maladie et accepter l'idée simple que les Américains, de droite comme de gauche, affichent ainsi leur fierté d'appartenir à ce pays. «Ce qui rend le nationalisme américain vraiment exceptionnel, c'est qu'il s'exprime de multiples façons dans la vie quotidienne», écrivait l'an dernier le politologue Minxin Pei dans la revue Foreign Policy.
Les États-Unis se classent en tête (pas très loin des Irlandais) dans tous les sondages internationaux qui tentent de mesurer la fierté nationale. Selon un sondage de l'université de Chicago réalisé avant le 11 septembre 2001, 90 % des Américains se réjouissent d'être citoyens américains plutôt que citoyens de n'importe quel autre pays. Après le 11 septembre, la proportion a atteint les 97 % ! Selon un autre sondage, environ 70 % des Américains se déclarent très fiers d'être Américains. Ce chiffre n'atteint pas 50 % dans la plupart des démocraties européennes, comme la France, l'Italie et la Grande-Bretagne.
En cette époque où il est de bon ton de se prétendre citoyen du monde, les États-Unis demeurent l'un des rares pays d'Occident où le nationalisme (appelé patriotisme là-bas) n'a pas de connotation péjorative. Peut-être parce que ce pays n'a eu aucune responsabilité dans les deux guerres mondiales qui ont décimé l'Europe. Peut-être parce que l'Amérique a, au contraire, aidé les peuples européens à se libérer du fascisme et du communisme. Peut-être, enfin, parce que le pays n'a flirté avec le colonialisme que durant un court moment de son histoire. Bref, aucun grand événement historique, sauf peut-être le Vietnam, n'est venu contredire cette croyance selon laquelle la poursuite des intérêts nationaux des États-Unis se conjugue avec le progrès économique et l'avancement de la démocratie.
La politologue Liah Greenfeld (The Spirit of Capitalism, Harvard University Press) voit d'ailleurs dans le nationalisme américain une des principales causes du succès économique du pays. Pour Greenfeld, l'idée même du progrès économique érigé en objectif social ne prend naissance qu'avec l'apparition du nationalisme. Jamais, dit-elle, les États-Unis n'auraient connu un tel succès économique sans un fort sentiment d'appartenance.
Plus que dans le «nouvel unilatéralisme américain», c'est là que réside l'origine de la méfiance américaine à l'endroit des grandes organisations internationales. Convaincus que leurs intérêts nationaux n'entrent pas en contradiction avec le progrès de l'humanité, les Américains ne comprennent pas pourquoi ils devraient soumettre leur souveraineté au contrôle d'organismes dont la majorité des membres ne sont généralement pas des parangons de démocratie.
Cela ne signifie pas, loin de là, que les Américains comprennent le nationalisme des autres. Chaque fois que j'ai parlé à mes amis américains du nationalisme québécois, ils m'ont prêté une oreille distraite. Comme me le disait à la blague un collègue du Washington Post : «Chez vous, il n'y a même pas d'organisation terroriste et pas la moindre menace de guerre civile. Comment voulez-vous qu'on vous prenne au sérieux ?»
Certes, l'idée d'un Québec indépendant ne cadre pas vraiment avec la vision géostratégique que nos voisins du Sud se font du continent. Mais jamais mes collègues ne m'ont répondu que le nationalisme est une valeur dépassée. J'ai même parfois senti une certaine admiration à cet égard. Je n'ai presque pas croisé d'Américains qui soutenaient que les nations n'avaient plus d'avenir, comme le répètent en choeur depuis quelques années la plupart des intellectuels européens. L'idéologie canadienne du multiculturalisme n'a pas non plus beaucoup de prise aux États-Unis. Contrairement aux Canadiens, les Américains n'ont pas de réticence à reconnaître que l'anglais constitue l'un des ciments essentiels de leur identité nationale.

Les lièvres et la tortue
André Pratte
La Presse mercredi 8 septembre 2004
La Commission d'enquête sur le programme des commandites a entrepris hier la phase publique de ses travaux. On entend déjà des gens grommeler au sujet du temps qu'il faudra au juge John Gomery pour produire ses rapports- plus d'un an- et de ce que l'exercice coûtera- plusieurs millions. Ces commentaires ne sont pas opportuns. Soit, l'enquête sera longue et coûteuse; mais avant tout, elle est nécessaire.
Certains observateurs estiment que le premier ministre Martin a commis une bourde stratégique en mettant sur pied la commisson Gomery. Une bourde qui coûtera cher aux libéraux? Peut-être. Mais les citoyens canadiens, eux, en sortiront gagnants. C'est tout ce qui compte.
Pourquoi une telle enquête, alors que la vérificatrice générale et le Comité des comptes publics se sont déjà penchés sur l'affaire? Pour plusieurs raisons.
Premièrement, il faut rappeler l'importance particulière de ce scandale. Les sommes en jeu sont considérables: le programme des commandites a coûté 250 millions, dont 100 millions auraient été payés à des agences de communications. Malgré ce qu'ont laissé entendre les partis d'opposition (" Cent millions ont disparu! "), on ne sait toujours pas quelle part de ces sommes a été détournée et/ou gaspillée. La commission d'enquête permettra d'avoir une idée beaucoup plus juste de l'ampleur réelle du scandale.
Il est crucial d'aller ainsi au fond des choses parce que l'affaire a soulevé une indignation peu commune. La méfiance des Canadiens à l'égard des politiciens et des gouvernements s'en est trouvée accrue. La commission leur permettra de mieux comprendre ce qui s'est passé exactement et d'apprendre qui sont les véritables responsables de ce gâchis.
Deuxièmement, bien que le scandale ait éclaté il y a plus de trois ans, il reste encore beaucoup de questions sans réponse. En particulier, on ignore le rapport entre les sommes dépensées par le gouvernement et la valeur des commandites et services obtenus. S'agit-il d'un scandale de 100 millions ou de trois ou quatre millions? On ne sait pas non plus dans quelle mesure le fonctionnaire responsable du programme, Charles Guité, agissait de sa propre initiative ou s'il répondait aux directives de patrons politiques. S'agit-il du scandale d'un seul homme ou du scandale d'un gouvernement?
Nous n'avons pas de réponses à ces questions parce que, d'une part, celles-ci dépassaient le mandat et les moyens de la vérificatrice générale. D'autre part, l'enquête du comité des comptes publics de la Chambre des communes a été d'une inefficacité totale, les députés faisant passer leurs intérêts partisans bien avant la recherche de la vérité. Ils ont fait vite, mais ont bâclé le travail. C'est la troisième raison pour laquelle la tenue de l'enquête Gomery est nécessaire: il fallait une enquête plus exhaustive que celle de Mme Fraser, et plus objective que celle des députés. Rien ne sert de courir...
Déjà hier, lors de la première journée d'audiences publiques, on a pu apprécier l'approche rigoureuse et systématique que comptent adopter le juge Gomery et ses procureurs. On sait que le personnel de la Commission a été littéralement enseveli cet été sous des millions de pages de documents. L'enquête sera longue tout simplement parce que le dossier est d'une grande complexité. Elle sera longue aussi parce que plusieurs personnes et institutions sont concernées, comme en témoignait hier la présence de deux douzaines d'avocats.
Le dossier des commandites a terni des réputations dans le pire contexte qui soit, un contexte de haute tension partisane, à la veille d'une campagne électorale. Le travail minutieux de la commission Gomery devrait révéler quelle part de toutes les insinuations lancées est fondée sur des faits. N'étant pas politicien, le juge Gomery se soucie de l'impact qu'auront ses conclusions sur la réputation des personnes impliquées. " La réputation est la chose la plus précieuse au monde, rappelait-il dans sa déclaration préliminaire. Je veillerai à ce que tout le monde soit traité de manière équitable. Et cela aussi exige du temps. Personne ne sera traité de façon expéditive. "
Le calendrier provisoire publié par la Commission prévoit le publication d'un premier rapport en novembre 2005. C'est quatre ans après que l'affaire des commandites a commencé à faire la manchette, un an et neuf mois après l'annonce de la création de la commission. Nul doute que les critiques quant la lenteur et aux dépenses de la commission Gomery se feront de plus en plus virulentes au fil des mois. Mais il ne devrait pas être question d'accélérer la cadence: il faut du temps pour connaître la vérité dans toutes ses teintes de gris.

COMMISSION GOMERY : Sheila Fraser ouvre le bal des témoins
Gilles Toupin
La Presse mercredi 8 septembre 2004
Ottawa - Le marathon des audiences publiques de la commission d'enquête Gomery sur le scandale des commandites a démarré hier avec le témoignage central de la vérificatrice générale, Sheila Fraser, qui a déclaré que ce qu'elle avait découvert en rédigeant son fameux rapport de février dernier sur le programme fédéral de commandites était d'une telle gravité qu'elle se devait d'en prévenir le Parlement.
" Les trouvailles de notre vérification étaient d'une telle importance que nous devions les faire connaître au Parlement ", a déclaré le premier témoin de cette vaste enquête publique qui doit entendre, dans une première phase, quelque 70 témoins au cours des huit prochains mois.
Mme Fraser, accompagnée de trois collaborateurs de son bureau, a notamment révélé au juge John Gomery et au procureur associé qui l'interrogeait, le chevronné plaideur torontois Neil Finkelstein, que le programme de commandites avait fonctionné pendant des années sans que le rapport annuel du ministère des Travaux publics ne le mentionne une seule fois.
De 1997 à 2001, " on ne parle absolument pas de commandites ", a déclaré Sheila Fraser qui maintient qu'un programme d'une telle envergure se devait d'être souligné. En guise d'exemple, la vérificatrice générale a affirmé que le rapport du Ministère pour l'année financière 1998-1999 s'est abstenu de mentionner des commandites qui ont coûté au Trésor public 57,8 millions de dollars. Ces dépenses auraient dû être accessibles à notre examen, a ajouté Mme Fraser.
" Le Parlement n'a jamais été informé que le gouvernement s'adonnait à des activités de commandite, a lancé la vérificatrice générale. La première fois que les commandites ont été mentionnées, c'était en 2001. "
La Commission d'enquête sur le programme de commandites et les activités publicitaires a été mise sur pied voici sept mois à la demande du premier ministre Paul Martin, qui s'est scandalisé publiquement des révélations de la vérificatrice générale et qui a promis aux Canadiens que toute la lumière serait faite sur cette affaire. Le programme de commandites avait pour objectif de donner plus de visibilité au gouvernement canadien au Québec de 1997 à 2002- aux lendemains de la quasi-défaite référendaire de 1995 sur la souveraineté du Québec.
En février, dans un rapport accablant, Mme Fraser a révélé que 106,6 millions de dollars ont été versés à des agences proches des libéraux sans qu'il ait été démontré que les travaux associés à ces contrats (totalisant 259,3 millions de dollars) aient été exécutés. Dans certains cas, les agences se payaient grassement pour simplement transmettre un chèque. De nombreuses allégations d'irrégularités et de malversations dans la mise en oeuvre du programme ont ainsi été mises au jour par la vérificatrice générale.
Préparation Le juge John Gomery, de la Cour supérieure du Québec, a passé tout l'été à engager du personnel, à tenir des audiences préliminaires, à louer des locaux et à rassembler quelque 10 millions de pages de documents qui serviront à savoir pourquoi des sommes d'argent importantes ont été payées sans contrepartie évidente à des agences de communication proches du Parti libéral au pouvoir.
Hier, le procureur principal de la commission, Bernard Roy, a exposé la marche à venir des travaux. Il a expliqué que la phase un, qui consiste à déterminer ce qui s'est passé au gouvernement du Canada pour que de tels accrocs aient été possibles, prendra plus de temps que prévu, soit quelque huit mois. La phase deux, qui consistera à analyser les témoignages et les faits recueillis, sera par contre un peu moins longue, de telle sorte qu'un premier rapport intérimaire sera rendu public en novembre 2005 alors que le rapport final et ses recommandations respecteront l'échéance prévue du 15 décembre 2005.
Pour Michel Gauthier, le leader parlementaire du Bloc québécois, l'enquête du juge Gomery est " porteuse d'espoir ". M. Gauthier, le seul parlementaire présent hier à l'ouverture des travaux, a rappelé que l'enquête menée par le Comité des comptes publics de la Chambre des communes ne permettait pas aux élus d'aller au fond des choses, en raison des limites de temps imposées aux parlementaires lorsqu'ils interrogent les témoins. " J'ai confiance, a-t-il ajouté, que l'on va finir par savoir ce qui s'est passé. Le premier ministre l'a lui-même crié sur toutes les tribunes. "
En début de séance hier, le procureur principal a soumis au commissaire Gomery une requête de l'aile québécoise du Parti libéral du Canada qui demande à être considérée comme " participant " à l'enquête et non pas comme simple " intervenant ". Mme Fraser a également fait une telle demande au nom de son bureau.
Michel Gauthier, interrogé sur la question par les journalistes, a estimé que l'aile québécoise du Parti libéral du Canada avait raison de revendiquer auprès de la commission Gomery ce rôle de participant qui confère des privilèges supplémentaires. " Ils sont trempés là-dedans jusqu'au cou, a commenté M. Gauthier. Je les comprends. C'est normal qu'ils se défendent. "

Une enquête nécessaire
Bernard Descôteaux
Le Devoir mercredi 8 septembre 2004
Au moment où la Commission Gomery commence ses travaux, certains s'interrogent sur l'opportunité de mener une enquête approfondie sur le scandale des commandites. On évoque les coûts, la durée et le fait qu'il sera difficile, voire impossible, d'identifier en bout de ligne les vrais coupables et de récupérer les sommes détournées, autant d'arguments fallacieux que l'on retrouvera dans la bouche de ceux qui n'ont pas intérêt à ce que l'on fasse la lumière sur cette affaire.
Dans l'histoire récente du Canada, il n'y a pas eu scandale qui ait eu une telle amplitude. Les détournements de fonds auront été permis par le contournement des règles de l'administration publique autorisé au plus haut niveau. S'agissait-il de sauver le pays de la menace séparatiste ou de sauver leur carrière politique ? On ne sait trop ce qui animait le premier ministre d'alors, Jean Chrétien, et ses conseillers.
Beaucoup a été dit depuis que la vérificatrice générale, Sheila Fraser, a rendu public un rapport dévastateur en février sur le programme des commandites. On est encore loin de connaître tous les faits. Certains au sein du conseil des ministres auraient préféré qu'on se contente d'enquêtes policières qui, par définition, sont menées discrètement. Ceux qui plaidaient pour une telle approche ne cherchaient bien évidemment qu'à se protéger eux-mêmes et leur parti. Heureusement, l'ont emporté dans ce débat au cabinet ceux qui défendaient l'intérêt public.
Pour faire la lumière sur cette affaire, il n'y avait d'autre voie possible que la création d'une commission d'enquête, qui seule peut avoir l'indépendance nécessaire pour se renseigner sur le gouvernement et ses membres. On ne pouvait décemment confier l'examen du fonctionnement de notre système politique à la police, qui par définition n'aurait pu l'aborder que par l'angle étroit du code criminel, pas plus qu'aux politiciens. Les travaux du comité des comptes publics, ce printemps, ont démontré que ceux-ci sont incapables de distance lorsqu'ils sont eux-mêmes concernés.
Jusqu'ici, les acteurs principaux de ce scandale ont observé une stricte loi du silence qu'il reviendra au juge Gomery de briser. Le niveau de difficulté est très élevé puisque, comme la vérificatrice générale l'a déjà observé, bien peu de traces écrites subsistent des gestes posés. Saura-t-il démonter l'écheveau des faits et établir le niveau de responsabilités de tout un chacun ? Cela n'est pas sûr. Rappelons-nous à ce sujet les travaux de la commission MacDonald qui avait enquêté, à la fin des années 70, sur la GRC et ses méthodes de lutte au FLQ. Elle n'avait pu aborder l'implication du niveau politique dans la décision de la GRC de poser des gestes criminels.
Même si elle n'arrivait pas à établir tous les faits, la commission Gomery aura un effet d'exemplarité. Pendant longtemps, ceux qui seront appelés à gouverner se souviendront que des limites existent qu'ils ne peuvent dépasser. Qu'on ne peut, dans une société de droit, détourner les règles de droit sous le prétexte que la fin justifie les moyens. En ce sens, la commission Gomery est un exercice qui ne pourra que renforcer notre système démocratique. Cela vaut bien quelques millions.

Le Québec domine les exportations en haute technologie
Le Devoir samedi 4 septembre 2004
PC Québec - Le Québec a réalisé à lui seul 47,5 % des exportations canadiennes dans le secteur de la haute technologie en 2003, même si la valeur de celles-ci a diminué pour une troisième année de suite.
Selon les données de l'Institut de la statistique du Québec rendues publiques hier, les exportations québécoises en haute technologie ont totalisé 16,8 milliards l'année dernière, en baisse de 1 % par rapport à 2002. Ce recul fait suite à deux années où la baisse enregistrée dépassait 10 % (13,7 % en 2002 et 15,6 % en 2001).
Pour l'ensemble du Canada, les exportations de haute technologie en 2003 ont atteint 35,4 milliards, en baisse de 6,6 % par rapport à l'année précédente. L'Ontario a subi un recul de 9,9 % de ses exportations dans ce secteur, celles-ci s'établissant à 14,6 milliards.
La haute technologie québécoise demeure largement dominée par l'industrie de la construction aéronautique et spatiale, dont la valeur des exportations a atteint 11,2 milliards, en hausse de 2,6 % par rapport à 2002. Cette industrie accapare 18,9 % des exportations manufacturières québécoises. Le Québec fournit 81,9 % des exportations canadiennes dans la construction aéronautique et spatiale.
L'Institut de la statistique précise que la part de 26,9 % de la haute technologie dans les exportations québécoises est comparable à celle enregistrée par les pays du G-7 (26,1 % en 2002). Le Canada dans son ensemble de même que l'Ontario se situent toutefois nettement sous la moyenne du G-7, avec des parts respectives de 12,2 et de 8,9 % pour la haute technologie.
Les exportations manufacturières du Québec dans leur ensemble se sont élevées à 59,5 milliards en 2003, en baisse de 5,9 % par rapport à l'année précédente. Comme pour le secteur de la haute technologie, il s'agit d'un troisième recul annuel consécutif.
Les exportations manufacturières ont diminué de 6,5 % au Canada (à 291,2 milliards) et de 7,3 % en Ontario (à 168,2 milliards).

Les droits individuels sont une condition au respect des diversités culturelles
Le Soleil samedi 4 septembre 2004
Congrès de l'Institut international de l'Ombudsman - Le foulard islamique est acceptable à l'école parce qu'il permet d'intégrer dans des institutions publiques des filles qui, autrement, fréquenteraient des écoles religieuses.
C'est la position à laquelle en est arrivée la militante des droits des femmes Françoise David, après mûre réflexion. Mieux vaut leur éviter les écoles "ghetto" pour que ces filles aient l'occasion d'apprendre qu'elles ont les mêmes droits que tous, disait l'ancienne présidente de la Fédération des femmes du Québec, en marge du huitième congrès de l'Institut international de l'ombudsman qui réunit à Québec, ces jours-ci, 430 délégués de 77 pays.
Mme David, qui agissait hier comme présidente d'atelier au congrès, faisait écho aux propos du juge Louis LeBel de la Cour suprême du Canada qui estime qu'il faut reconnaître le droit à la diversité culturelle tout en protégeant jalousement les droits individuels fondamentaux. Le défi, disait-il dans une allocution en matinée, est de les rendre conciliables.
Est-ce que cette reconnaissance doit aller jusqu'à accepter des tribunaux et des codes de lois issus des communautés culturelles et religieuses ? L'Ontario étudie actuellement la question, poursuivait le magistrat. Mais pour Mme David, la réponse est claire : c'est non. "Le respect de la diversité ne doit pas amener à ce que certaines femmes ait des droits inférieurs à d'autres." Le Code civil, le Code pénal et la charte des droits établissent un plancher de droits qui doivent être les mêmes pour tout le monde, soutient-elle.
Ce sont les droits des femmes qui sont les plus en danger dans la reconnaissance de la diversité culturelle, convenait aussi le juge LeBel. Car les droits des communautés culturelles ou religieuses peuvent devenir un instrument d'oppression envers certains de leurs membres. Jusqu'où peut-on aller dans la reconnaissance des droits communautaires, demandait le juge ? Devant certaines pratiques, tels l'excision et le crime d'honneur, par exemple, ce sont les droits humains et les valeurs citoyennes qui doivent prévaloir, disait-il ; la protection des droits individuels est une condition préalable au respect des diversités culturelles.
Pionnier de la diversité culturelle, le Canada s'est déjà fait taper sur les doigts par un comité des Nations unies parce que la loi n'accordait pas aux Indiennes mariées à un Blanc le droit de vivre sur la réserve, contrairement à celles unies à des Amérindiens, rappelait-il.
À l'heure où les ombudsmen d'Occident s'interrogent sur la place à faire aux droits des communautés qui composent leurs sociétés, leurs homologues d'Orient ont encore fort à faire pour convaincre les tribunaux que tous les citoyens sont égaux devant la loi. C'est le constat que faisait, en entrevue, l'ombudsman de l'Ontario, Clare Lewis, qui rapportait le sens de discussions avec des ombudsmen de certaines républiques de l'ex-Union soviétique.
Président actuel de l'Institut international de l'ombudsman, M. Lewis indiquait enfin que l'insécurité créée par la recrudescence du terrorisme est de plus en plus préoccupante. La recherche de sécurité fait actuellement courir le danger d'une perte des droits individuels.

Le bouclier sera-t-il aussi canadien ?
Ottawa devra décider bientôt
Alec Castonguay
Le Devoir samedi 4 septembre 2004
Le décompte est commencé. Dans 26 jours, les États-Unis activeront la première phase de leur bouclier antimissile. Par ricochet, ce sera le premier dilemme de la rentrée parlementaire à Ottawa. Car le temps presse pour le Canada, qui doit décider s'il rejoint les Américains dans ce controversé système de défense. Avec toutes les conséquences que ça comporte.
Ottawa - À Fort Greely, en Alaska, l'installation du premier intercepteur de missiles intercontinentaux a été achevée le 22 juillet dernier, envoyant un signal sans équivoque que la course contre la montre venait de débuter. Car les États-Unis n'ont pas dévié de leur trajectoire, prévoyant la mise en service de la première phase de leur bouclier antimissile le 30 septembre prochain. Et, à moins d'un revirement de situation, les Américains atteindront leur objectif.
D'ailleurs, le déploiement s'accélère: cinq autres engins destructeurs s'ajouteront à l'intercepteur situé en Alaska au cours des prochains jours, pour un total de six installés dans cet État américain limitrophe du Canada. Quatre intercepteurs prendront également place sur la base aérienne de Vanderberg, en Californie, d'ici la fin du mois.
Les États-Unis commencent par un déploiement dans la région côtière de l'Ouest parce qu'ils estiment que la plus forte menace provient de la Corée du Nord, pays qui fait partie de «l'Axe du mal» de George W. Bush. Mais ce n'est que le début. En 2005, 34 autres intercepteurs verront le jour à différents endroits, entamant du même coup le déploiement d'un bouclier de grande envergure (voir autre texte).
C'est avec ce calendrier très chargé que le Canada doit composer pour rendre sa décision sur sa participation ou non au projet de son voisin du sud. Et le géant américain commence d'ailleurs à s'impatienter. Ainsi, le 30 juin dernier, l'ambassadeur des États-Unis à Ottawa, Paul Cellucci, a envoyé un message clair. «Le gouvernement canadien doit prendre une décision et aller de l'avant, a-t-il dit en réagissant à l'élection d'un gouvernement minoritaire. Nous espérons que le Canada prendra une décision favorable. Et, comme vous le savez, nous voulons commencer la mise en service cet automne. C'est clair que le temps presse.»
Le gouvernement canadien a réagi en permettant l'apport de modifications à l'accord sur le Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD) afin que l'organisme dirigé par les deux pays puisse contribuer au fonctionnement du bouclier. Le NORAD pourra donc dorénavant fournir des renseignements au futur organisme qui dirigera le système de défense.
Le gouvernement canadien a justifié sa décision, vue par plusieurs comme un pas de plus vers une participation complète, en disant que le NORAD aurait «perdu toute utilité» sans cette modification, puisque les États-Unis auraient créé leur propre commandement. «L'amendement au NORAD était surtout un geste politique pour faire retomber un peu de pression, pour faire patienter les Américains, explique Sébastien Barthe, spécialiste du bouclier antimissile à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'UQAM. Mais en bout de piste, on peut s'attendre à ce que le Canada penche en sa faveur.»
Les liens sur le plan militaire sont effectivement très étroits entre les deux pays depuis un an. En plus de la modification au NORAD, l'ancien ministre de la Défense du Canada, David Pratt, a échangé des lettres avec son homologue américain, Donald Rumsfeld, dans lesquelles il explique que le gouvernement étudie comment il pourrait participer au projet.
En plus, des militaires canadiens se sont entraînés cette année aux côtés des soldats américains pour comprendre le fonctionnement du bouclier. Selon des sources militaires américaines, les soldats canadiens auraient tout appris «sauf comment peser sur le bouton de mise à feu». Des sources gouvernementales des deux côtés de la frontière ont aussi affirmé à la Presse canadienne que la participation du Canada était «presque certaine».
Les conséquences d'un oui
«Indirectement, même si on ne va pas plus loin que la modification au NORAD, on participe déjà au projet, soutient Philippe Lagassé, chercheur associé à l'Institut de recherche en politiques publiques (IRPP) et analyste de défense. Avec le nouveau NORAD, on va aider les Américains à détecter les missiles et transmettre cette information au futur commandement du bouclier. Même si on ne décide pas où on va intercepter le missile, on est déjà dans la chaîne de commandement.»
À la Chambre des communes, le gouvernement minoritaire de Paul Martin devra faire attention et bien évaluer ses appuis s'il ne veut pas en rester là. Le NPD et le Bloc québécois sont farouchement opposés au projet et aucun compromis ne semble possible. Plusieurs députés libéraux, au moins une vingtaine, sont aussi en défaveur du bouclier et voteraient probablement contre la participation du Canada.
Les conservateurs, qui n'ont officiellement pas pris position depuis leur fusion, sont plutôt favorables, si on en croit le vote sans nuance de l'Alliance canadienne l'hiver dernier, lors d'une motion présentée en Chambre. Le PC représente donc le meilleur appui possible si le gouvernement veut aller de l'avant. Mais Paul Martin pourrait aussi décider ne pas faire voter les députés, puisque les questions internationales relèvent exclusivement du premier ministre. Sauf que, à la tête d'un gouvernement minoritaire, le pari serait risqué.
Avec un peu de concertation politique, le Canada pourrait donc s'associer sans trop de difficultés au système de défense antimissile. Est-ce qu'un tel acte constituerait un abandon de la souveraineté militaire du pays? Le ciel serait alors entre les mains d'un commandement binational? «C'est déjà le cas avec le NORAD, souligne Houchang Hassan-Yari, directeur du département de science politique et économique au Collège militaire royal du Canada, à Kingston. Au moins, là, le Canada aurait son mot à dire, même si les Américains vont en mener plus large.»
Pour Philippe Lagassé, le oui s'impose pour deux raisons... qui ne compensent pas nécessairement les mauvaises! «Ça vaut la peine si on veut que notre industrie militaire puisse accéder aux contrats de défense, dit-il. Ça vaut la peine également pour garder un certain contrôle sur notre ciel, même si, avec la modification au NORAD, on le garde en partie. Est-ce que ce sont des motivations suffisantes pour se joindre à un système qui ne marche toujours pas? Je ne suis pas sûr.»
En effet, le bouclier, qui coûte une fortune à mettre en place, ne fonctionnera pas lors de sa mise en oeuvre dans quelques semaines. «Certaines composantes fonctionnent, comme la détection, mais pas l'ensemble du système, explique au Devoir Victoria Samson, analyste principale au Center for Defense Information, basé à Washington. D'ailleurs, il manque encore des portions majeures qui n'ont pas été testées. Et une fois en place, je ne pense pas que ça va fonctionner, même dans le futur.»
Car le but principal du système n'est pas tant d'assurer la sécurité des Américains que de leur donner l'illusion de vivre dans un pays impossible à attaquer par des missiles à longue portée. Surtout que les élections présidentielles du 2 novembre approchent. «C'est pour ça qu'ils se dépêchent à mettre la phase un en place, George W. Bush veut s'en servir pour dire qu'il protège mieux les citoyens américains», confirme Philippe Lagassé.
La vision mondiale... et américaine.
L'opinion publique américaine tient à ce projet, selon Victoria Samson, peu importe son efficacité. «Oui, pour le peuple américain c'est important, même s'il ne comprend pas tout du projet, dit-elle. On demande aux gens: "Voulez-vous une protection contre les missiles?", c'est sûr qu'ils disent oui. Par contre, si on leur expliquait les coûts par rapport aux bénéfices, et l'efficacité du bouclier qui leur a coûté 10 milliards $US juste cette année, je ne suis pas sûr si la réponse serait la même.»
Et que ce soit George W. Bush ou John Kerry qui s'installe à la Maison-Blanche en novembre, rien ne changera. Depuis 1999, une loi du Congrès impose la mise en place du bouclier. «Il faut relativiser l'idée selon laquelle un gouvernement démocrate ferait volte-face, soutient Sébastien Barthe. Depuis l'annonce du projet en 1996, sous Clinton, c'est devenu un consensus à Washington. La loi a renforcé ce consensus. Kerry a donné des signes que sa position était moins ambitieuse, mais il n'est pas contre.»
À l'extérieur des États-Unis, la vision est complètement différente. Aucun pays n'est favorable à la mise en place du bouclier américain. Les grands pays militaires, comme la Russie et la Chine, se sont montrés irrités par le système. Le Bloc québécois et le NPD soulignent à grands traits ce constat, estimant que le Canada «ternirait son dossier international» en emboîtant le pas aux Américains.
«Ça dépend par qui on veut être bien vu ou mal vu, tempère Sébastien Barthe. La Grande-Bretagne ne serait pas outrée du tout, mais la France et l'Allemagne probablement plus. Mais il ne faut pas exagérer, chacun a ses obligations et un pays comme la France le comprend. Il n'y aurait pas de froid diplomatique avec un oui du Canada.»
L'enjeu n'est pas limité au Canada, mais s'étend bien à l'échelle de la planète, selon Houchang Hassan-Yari. «Le bouclier crée des tensions sur le plan international, car la plupart des pays y sont défavorables. Surtout que peu de pays peuvent se permettre de suivre les Américains, car ils n'ont pas assez d'argent à investir dans un projet militaire semblable.»
Cette insatisfaction n'est rien pour ébranler les États-Unis, trop obnubilés par leur sécurité depuis le 11 septembre 2001. N'empêche, le doigt est mis sur le bobo: la plupart des pays ne peuvent pas suivre le rythme et s'armer pour faire face au bouclier... mais les autres? Les États-Unis relancent-ils une course aux armements? Déjà, l'Inde et la Russie regardent attentivement le déploiement américain. Sans compter la Chine, qui ne cache pas que la course est bel et bien commencée.
«Ça ne relancera pas une course aux armements comme au temps de la guerre froide, alors que les États-Unis et la Russie s'affrontaient, mais c'est vrai qu'il y a quelques pays comme la Chine qui utilisent le bouclier antimissile comme prétexte pour faire grimper leur armement, soutient Victoria Samson. Pourtant, ces pays savent que le bouclier pourrait ne jamais fonctionner, mais pour leur politique intérieure, dans leur pays, ça les arrange d'avoir cette raison.»
Et le Canada est bien conscient de ce danger, puisqu'un groupe d'experts a récemment rédigé un document confidentiel à l'intention du ministère des Affaires étrangères, le prévenant que plusieurs pays utiliserait le bouclier «comme motivation à long terme» pour s'armer davantage. Reste à voir si ce ne sont que des paroles en l'air.

Bouclier antimissile : le Canada a encore le choix
Jean-François Rancourt, Chaire de recherche du Canada en politiques étrangère et de défense canadiennes, Université du Québec à Montréal
Le Droit mercredi 8 septembre 2004
À vous la parole - La récente décision du gouvernement Canadien d'accepter que NORAD soit utilisé par le gouvernement américain pour détecter les lancements de missiles a suscité certaines réactions pour ne pas dire certaines craintes chez les opposants du bouclier antimissile. Pourtant, ils devraient plutôt être rassurés. Le gouvernement américain n'acceptera pas de développer un nouveau système de détection aérospatial. Et à lui seul, le gouvernement canadien ne pourra rien faire pour éviter l'arsenalisation de l'espace.
L'amendement au traité du NORAD garantit en quelque sorte la pérennité du NORAD. L'accord est clair : "Cette décision est indépendante de toute discussion sur une éventuelle coopération à la défense antimissile." Pendant des mois les défenseurs du bouclier antimissile ont tenté d'effrayer les élus et la population en affirmant que si notre pays refusait de participer, cela signifierait la fin de NORAD. La mort de NORAD nuirait à la coopération militaire entre les deux gouvernements, relation qui est avantageuse pour le Canada.
Les partisans du bouclier viennent de perdre un argument de taille. Il semble évident que la non-participation du Canada au projet aura peu ou pas d'impact sur les relations de défense. En acceptant que NORAD transmette l'information sur le lancement d'un missile au commandement américain, le Canada permet aux États-Unis d'utiliser un système élaboré de détection qui est déjà en place. Cela devrait être suffisant pour satisfaire le département de la défense américain.
De plus, rien n'empêche le gouvernement canadien d'aller un peu plus loin en améliorant ses capacités maritimes et en augmentant sa présence dans le Pacifique. C'est déjà nécessaire et il faudra renouveler une partie de la flotte d'ici quelques années. Les Américains savent que les navires canadiens feront leur travail s'ils détectent des navires suspects à proximité d'une plate-forme de lancement ou à quelque endroit dans le Pacifique. Une telle mesure renforcera la confiance des États-Unis à l'égard du Canada. Il faut convaincre le gouvernement libéral, les députés indécis et la population que le bouclier antimissile ne servira pas les intérêts du Canada. Il est temps de remettre en question cette "convergence". Pourquoi ? Premièrement elle ne sert plus les intérêts du Canada. La guerre en Irak, la politique de guerre préventives ou le bouclier antimissile ne peuvent que nuire aux intérêts canadiens suivants : stabilité mondiale, coopération commerciale et renforcement des institutions internationales.
Deuxièmement, ce sont les valeurs canadiennes qui sont remises en question. Le bouclier antimissile n'est qu'un élément de la vision de la sécurité du gouvernement américain. Lorsqu'on fait un lien entre le projet de bouclier, la politique de sécurité américaine et les changements législatifs survenus après le 11 septembre, on s'aperçoit vite de la différence. La vision américaine de la sécurité s éloigne rapidement de la vision canadienne. Tenter de suivre les Américains serait une grave erreur. Aucune décision ne devrait être prise avant les élections américaines. Mieux vaut rester sur place plutôt que de courir vers un cul-de-sac... ou plutôt un précipice.

Santé : le nerf sensible de la distinction canadienne
Éric Bédard
Historien à l'Université du Québec à Rimouski
Le Devoir mercredi 8 septembre 2004
IDÉES - Le débat est beaucoup plus émotif au Canada anglais qu'au Québec - Québec ne doit rien attendre de la conférence des premiers ministres
Au Québec, le débat sur l'avenir du système de soins de santé public oppose, comme dans la plupart des sociétés occidentales, d'un côté, une certaine gauche social-démocrate qui continue de croire au partage de la richesse et, de l'autre, une droite néolibérale qui rêve à des baisses d'impôt draconiennes. À certains égards, on retrouve cette même opposition idéologique au Canada anglais. Toutefois, contrairement au Québec, le système public de santé a valeur de «vache sacrée»: il joue un rôle crucial dans la représentation que les Canadiens anglais se font de leur nation.
Étonnamment, même le nouveau Parti conservateur, véhicule du néolibéralisme au Canada anglais, a promis, lors de la dernière campagne électorale fédérale, de ne pas toucher aux principes de base de ce système. Rien de surprenant là puisque le système public de santé est une partie intégrante de l'identité nationale des Canadiens anglais, une «raison commune» sur laquelle ils se fondent pour distinguer leur pays des États-Unis.
Le Québec ne doit donc rien attendre de la conférence sur l'avenir du système de santé convoquée par Paul Martin. L'imposition de «normes nationales» répond avant tout à des exigences identitaires; celles-ci sont l'expression cohérente d'un certain nationalisme canadien-anglais qui s'affirme avec une vigueur toute nouvelle depuis le début des années 90.
Pas des Américains!
Pour bien saisir l'émotion qui entoure le débat sur la santé au Canada anglais, il n'est pas inutile de revenir sur l'un des principaux fondements de l'identité canadienne-anglaise. Ce fondement, nul ne l'a mieux saisi que le regretté George Grant, philosophe de renom et penseur subtil du nationalisme canadien-anglais, pour qui être Canadien anglais, c'était choisir un autre destin que celui de l'Amérique états-unienne. Dans l'histoire du Canada anglais, on retrouve trois grands moments qui permettent de mieux saisir l'affirmation de cette distinction.
Le premier d'entre eux est le moment inaugural, l'acte de fondation du Canada anglais: la fuite des loyalistes vers le nord. Les premiers Canadiens anglais sont ceux qui vont refuser de suivre les révolutionnaires américains en guerre contre la Grande-Bretagne. N'en doutons pas: ces hommes et ces femmes, qui ont tout laissé derrière eux, qui ont préféré aller vers le nord plutôt que de vivre en régime républicain, étaient d'authentiques loyalistes pour qui la fidélité aux institutions monarchiques de la mère patrie était capitale. La mémoire du loyalisme nourrira les ardeurs guerrières des premiers miliciens canadiens-anglais lors de la guerre de 1812-14 contre les États-Unis et lors des rébellions de 1837.
Le deuxième moment fort de l'identité canadienne-anglaise est celui de l'empire. Entre 1880 et la Première Guerre mondiale, une certaine élite canadienne-anglaise, très influente dans les cercles conservateurs, très souvent issue des vieilles familles loyalistes, considère que le destin du Canada est au sein de l'empire britannique.
Contrairement à ce qu'on pense généralement au Québec, la pensée impérialiste canadienne-anglaise, du moins dans l'esprit de ses promoteurs, n'était pas simplement synonyme de soumission ou d'inféodation: elle constituait, comme l'a bien montré l'historien Carl Berger, une forme originale de nationalisme. Le lien impérial permettait au Canada d'éviter la «continentalisation» américaine; l'empire devenait une solution alternative pour ceux, nombreux, qui rejetaient les valeurs politiques (la république) et culturelles (l'égalitarisme) américaines.
Défendre l'empire, fût-ce en envoyant des troupes combattre les Boers en Afrique du Sud, fût-ce en offrant des bateaux de guerre à la Grande-Bretagne menacée par le IIe Reich, c'était moins s'agenouiller devant l'ancienne mère patrie que se distinguer d'un voisin puissant qui ne cessait de s'affirmer en Amérique et dans le monde.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la position impériale devient intenable. Le Canada a acquis sa pleine indépendance après le traité de Westminster (1931) et la Grande-Bretagne est devenue une puissance moyenne, complètement dépendante de l'aide américaine. Lentement mais sûrement, le Canada en vient progressivement à développer une nouvelle façon de se distinguer des États-Unis.
De la communauté aux «ayants-droit»
Le caractère multinational puis multiculturel du Canada devient, pendant un moment (1960-90 approximativement), un nouvel objet de fierté. Contrairement aux États-Unis, le Canada ne pratiquait pas le melting pot, c'est-à-dire cette fusion des cultures dans un nouveau magma d'individus indifférenciés qui, une fois arrivés en Amérique, devaient oublier l'ancienne culture. Le Canada était le pays de l'ouverture et de la tolérance, et ces valeurs allaient de pair avec l'effort que consentaient ses dirigeants à reconnaître aux Canadiens français devenus Québécois une certaine forme d'égalité juridique (Loi sur les langues officielles) ou de recherche de statut particulier pour le Québec (Lac-Meech), quitte à réformer le fédéralisme (commissions Laurendeau-Dunton ou Pépin-Robarts).
Cette ouverture à la différence culturelle, ce «communautarisme», dirions-nous aujourd'hui, valait également pour les peuples autochtones ainsi que pour tous ces immigrants et réfugiés qui avaient choisi le Canada comme terre d'accueil. Pendant près de 30 ans, ce refus du melting pot américain a constitué l'une des distinctions canadiennes les plus fortes.
Ce troisième moment a pris fin au cours des années 90. L'échec de Charlottetown et le refus définitif de traiter de la «question du Québec» marquent une rupture d'avec le moment précédent. La Charte canadienne des droits et libertés, en vigueur à partir de 1982, place l'individu abstrait au centre de la communauté politique, exactement comme aux États-Unis. Des sujets de droit canadiens qui seraient brimés parce qu'ils sont d'origine «juive» ou «canadienne-française» se verraient reconnaître leurs «droits», non parce qu'ils appartiennent à une communauté historique mais bien parce qu'ils possèdent des libertés individuelles garanties par la Charte. Le «peuple» canadien, ainsi que l'appelait l'ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau, n'est plus une «communauté de communautés» mais une vaste coalition d'«ayants-droit», exactement comme aux États-Unis.
Seule différence à préserver
Cela étant, qu'est-ce qui distingue désormais le Canada des États-Unis? Le fait s'impose de lui-même: c'est son système public de soins de santé. Évidemment, ce n'est pas d'hier que le Canada a adopté un tel système. Toutefois, jamais ce système n'a-t-il joué, autant que maintenant, ce rôle de ciment identitaire.
On comprend donc mieux pourquoi les manifestations contre les réformes que Ralph Klein tente de mettre en place en Alberta sont aussi émotives. On saisit mieux les premiers discours de Paul Martin lors de la dernière campagne électorale, dans lesquels il accusait Stephen Harper de ne pas être un vrai Canadien parce que celui-ci songeait à baisser les impôts (ce qui affecterait le système de santé).
Dans un contexte où l'intégration économique continentale est de plus en plus poussée et où on discute sérieusement de l'installation d'un bouclier antimissile nord-américain, la santé est devenue l'un des derniers remparts de l'identité canadienne, l'une des manifestations les plus tangibles d'une différence entre le Canada et les États-Unis.
Gardien suprême des «valeurs» et de la culture canadiennes, le gouvernement fédéral canadien ne se dépouillera certainement pas de son pouvoir et de ses prérogatives en santé, fût-ce au mépris le plus total de l'esprit de la Constitution «fédérale» de 1867. Au Canada anglais, les débats autour de l'avenir du système de santé sont bien plus que des débats gauche-droite, bien plus que des discussions d'«experts» sur la «gestion d'un réseau», bien plus, même, qu'un enjeu de pouvoir entre le fédéral et les provinces. Ces débats renvoient au nerf sensible de la distinction canadienne.
Dans l'esprit de plusieurs Canadiens anglais, les «normes nationales» en santé ne font que confirmer que le Canada est un pays différent des États-Unis.
Parce que les Canadiens anglais partagent avec leurs voisins américains un héritage culturel commun, les valeurs du projet national canadien-anglais se doivent d'être fortes, claires, non négociables. Ne pas être Américain alors qu'on partage un continent, qu'on parle la même langue, qu'on accepte l'économie de marché, cela nécessite l'affirmation ostentatoire d'une différence, à tout le moins la promotion d'un projet politique bien campé, clairement distinct de celui de voisins avec qui on partage, «hélas», beaucoup de choses.
Au Canada anglais, le débat sur la santé est beaucoup plus émotif qu'au Québec. Non parce que les Québécois sont plus à droite ou moins inquiets de l'avenir de leur système de santé mais bien parce que ce même système n'est pas au coeur de leur identité nationale.
Dans un tel contexte, Jean Charest n'a rien à attendre de la prochaine conférence fédérale-provinciale sur la santé. L'enjeu ultime de cette conférence n'est pas de concevoir un «fédéralisme asymétrique» mais de confirmer la distinction canadienne.

L'entente distincte ?
Jean-Marc Salvet
Le Soleil mercredi 8 septembre 2004
Éditorial - Dans le contexte actuel, nul doute que l'on pourra parler de percée politique si la réunion des premiers ministres provinciaux et canadien sur la santé permet de mieux dégager la voie au fédéralisme asymétrique. En déclarant que Paul Martin était favorable à ce que le Québec sorte de cette rencontre avec une entente particulière en main, Jean Charest a mis la barre très haut. Il s'est condamné au succès.
La conférence fédérale-provinciale convoquée par Paul Martin devait déjà non seulement déterminer la hauteur des nouveaux investissements en santé, voilà maintenant qu'elle nous promet un quitte ou double politique !
Le gouvernement canadien a promis 9 milliards $ de plus au cours des cinq prochaines années. Il mettra vraisemblablement davantage d'argent sur la table la semaine prochaine. Mais la vraie nouveauté dans ce dossier est ailleurs : elle est dans le fait que les autres provinces accepteraient que Québec et Ottawa paraphent une entente distincte, une entente par laquelle les fonds fédéraux seraient accordés sans conditions au Québec. La surprise, si l'on se fie à M. Charest, c'est que le gouvernement canadien lui-même serait d'accord avec cette idée. Ottawa serait disposé à accorder des fonds au Québec sans les assortir de conditions d'utilisation.
Ces fameuses conditions étaient et demeurent inefficaces et contre-productives. Qui plus est, elles heurtent de front les compétences du Québec. Si certaines provinces ont laissé entendre qu'elles s'accommoderaient de normes nationales, il n'en va pas de même pour le Québec. Comme ses prédécesseurs, Jean Charest s'y est opposé.
Tant que rien n'est signé, il convient de demeurer prudents - méfiants et sceptiques même. On a souvent vu des premiers ministres québécois s'enthousiasmer pour une entente qui ne s'est jamais concrétisée, même si elle était donnée pour certaine "dans les coulisses"...
En même temps, il ne faut pas croire que cette entente, si elle se concrétisait, ouvrirait un chapitre révolutionnaire et inédit. Ce ne serait pas le premier accord particulier. Pensons au transfert des politiques de développement de la main-d'oeuvre, qui a donné naissance à Emploi Québec. Il n'existe d'ailleurs pas une seule définition du fédéralisme asymétrique.
Jean Charest a impérativement besoin de ce gage d'Ottawa, lui qui cherche à se réconcilier avec une bonne partie des Québécois. On peut ajouter que la situation de gouvernement minoritaire avec laquelle Paul Martin doit composer, ainsi que la gifle électorale qu'il a subie au Québec, sont deux éléments qui obligent Ottawa à plus de souplesse.
La conférence au sommet du 13 septembre n'est pas bouclée. Les discussions seront âpres sur la santé et sur la péréquation. Mais il convient d'encourager le premier ministre canadien à donner un souffle moderne au fédéralisme asymétrique. Et d'insister pour que le "sans conditions" soit vraiment un "sans aucune condition".
JMSalvet@lesoleil.com

Pas toujours facile de s'installer au Québec
Stéphanie Raymond
La Tribune mercredi 8 septembre 2004
Une famille française s'en retourne avec le sentiment d'avoir été dupée
Pas toujours facile pour les immigrants de s'installer au Québec. Même quand ce sont des cousins d'outre-mer qui parlent français et qui croient connaître déjà passablement la Belle Province. Et surtout quand on leur a promis mer et monde.
Sandrine et Richard Gouthez en avaient assez de vivre à Lyon, dans le sud-ouest de la France, et désiraient déménager dans une ville plus petite. Ils projetaient également de faire un voyage au Québec, une province qui les attirait énormément, avec leur garçon et leur fille de 9 et 15 ans.
Lui avait un travail stable dans la bureautique, elle se trouvait à tous les deux ans environ un poste temporaire de secrétaire en faisant appel à une agence de placement.
De fil en aiguille, le couple a finalement décidé d'assister à une conférence organisée par la Délégation du Québec à Paris, qui relève du Ministère des relations avec les citoyens et de l'immigration.
"On est sorti de là et on avait qu'une envie, celle de venir vivre au Québec, raconte Sandrine Gouthez. On a posé des questions, et tout était positif. On nous a dit qu'on trouverait un emploi sans problème même si on n'a pas de gros diplômes, parce qu'on regardait davantage la compétence que les diplômes au Québec, et que le salaire minimum, c'était pour les étudiants. Nous croyions avoir trouvé le paradis. "
Le couple a consulté les documents remis lors de la conférence et pris des renseignements supplémentaires sur le site d'Immigration Québec. Quelques mois plus tard, au début avril, ils s'installaient à Québec.
"Pendant un mois, nous avons vécu dans un hôtel de Québec à 60 $ la nuit et cherché un emploi pendant que les enfants restaient enfermés dans la chambre, continue Mme Gothez. Comme il n'y avait rien que des postes de secrétaire bilingue - je ne le suis pas - à 8 $ de l'heure, nous avons décidé de déménager dans une ville plus petite. Surtout que les logements à Québec étaient plus cher que ce à quoi on s'attendait, puisque le document avec les prix remis par la Délégation du Québec à Paris datait finalement de 1998. "
Leur choix s'est arrêté sur Sherbrooke où ils ont emménagé, en mai, dans un 41/2 loué jusqu'en août qu'ils payaient trop cher. Ils ont trouvé un travail précaire à l'usine Solectron de Sherbrooke à 8 $ de l'heure, puis ont déménagé dans un logement plus grand à moindre frais.
"Nous ne savions pas qu'un bail ne pouvait pas être brisé ici et qu'il fallait sous-louer le premier appartement, raconte Mme Gothez. Nous n'avons pas payé juillet et août faute de sous, et là le propriétaire veut nous poursuivre. Mais lui-même entrait dans notre appartement quand on n'y était pas, et la police nous a dit que ça ne servait à rien de porter plainte! "
L'état du système de santé, avec ses urgences débordées et ses listes d'attente, a aussi découragé le couple. "Il est presque impossible de se trouver un médecin de famille. Nous avons trouvé un médecin prêt à nous soigner, mais dans un an seulement! Et quand j'entends un médecin dire qu'il ne faut pas emmener son enfant fiévreux à l'hôpital avant trois jours si la fièvre persiste, ça me fait peur! "
"On a vraiment l'impression de s'être fait avoir. On se demande ce qu'on fait ici, termine Sandrine. On a été bête. Mais pas tant que ça finalement, puisqu'on n'est pas les seuls à s'être fait prendre. "
Richard Goutez affirme qu'aucun mensonge ne leur a été proféré, mais qu'on leur a caché une partie de la vérité et qu'on a montré un côté de la médaille seulement.
"Immigration Québec a bien cerné les problèmes que nous avons en France, et semble nous offrir mieux au Québec. Et ce qu'on a de bien, on l'aurait aussi ici, sauf pour ce qui est de la sécurité sociale. Mais de toute façon, nous a-t-on dit, ici, le système de santé est gratuit au Canada, et deux semaines de vacances sont suffisantes puisque les gens sont moins stressés!"
Les Gothez ne rêvent maintenant que de repartir, en juin 2005 probablement, en raison de l'année scolaire. Une autre épine dans le pied, que la scolarité, les enfants ayant un an d'avance sur les élèves québécois selon les parents.
"Il faudra seulement ne pas penser à tout l'argent qu'on a laissé ici", terminent-ils.

L'opportuniste
Alain Dubuc
Le Soleil mercredi 8 septembre 2004
Éditorial - Mario Dumont, on le sait, se laisse facilement emporter au gré des vents et des modes. On connaît le flou qui entoure sa véritable position constitutionnelle. On se souvient de ses spectaculaires virages sur des éléments fondamentaux de son programme, lors de la dernière campagne électorale.
Mais on a facilement pardonné son opportunisme au "p'tit Mario". Parce qu'on a été charmés par sa fraîcheur et son sens merveilleux de la formule. Parce qu'on a trouvé bien pratique cette troisième force qui nous permettait d'exprimer notre insatisfaction envers les deux grands partis et nous fournirait peut-être un jour une alternative. Finalement, on n'a pas été trop regardants et on a eu tendance à attribuer les louvoiements de l'ADQ à la fougue juvénile du chef et à l'impréparation du parti.
Mais Mario Dumont n'est plus un adolescent et son parti a l'âge du PQ lorsqu'il a pris le pouvoir. Le temps de l'indulgence amusée devrait donc tirer à sa fin, d'autant plus que l'opportunisme congénital de l'ADQ ne semble pas seulement s'expliquer par l'immaturité. Il cache peut-être quelque chose de beaucoup moins sympathique et de beaucoup plus inquiétant.
On en a un exemple révélateur avec la stratégie de l'ADQ dans l'élection partielle de la circonscription de Vanier, dans la région de Québec, où le parti de Mario Dumont a choisi, dans un dangereux virage populiste, de s'associer à la Fondation Scorpion, un des phénomènes sociaux les plus troublants que le Québec ait connus. Souvenons-nous que c'est ce mouvement de protestation contre la prostitution juvénile qui, en raison de ses débordements violents, a forcé le déménagement à Montréal des procès des clients du réseau.
Vanier, une circonscription formée de quartiers populaires de la capitale, est le seul endroit où il y aura la seule vraie lutte lors des quatre élections partielles du 20 septembre. Parce que l'ADQ a des chances de l'emporter, on a décidé de mettre le paquet. Et pour y parvenir, on a choisi, comme coprésidents de la campagne, deux personnes populaires dans le comté, Mme Paule Cantin, qui est à l'origine de la Fondation Scorpion, et Frédéric Têtu, un prof de cégep en philo qui a été un des porte-parole les plus vocaux de la lutte contre la fermeture de CHOI-FM. Cette alliance est peut-être politiquement rentable, mais elle est lourde de conséquences.
Au départ, les fondements du mouvement Scorpion sont louables : l'indignation face à l'existence d'un réseau de prostitution juvénile et le désir de recueillir des fonds pour venir en aide aux jeunes filles impliquées dans ces réseaux. Mais les déclencheurs de la mobilisation ont été beaucoup moins nobles.
D'abord une rage, orientée vers les clients, associés aux élites, plutôt qu'envers les proxénètes, qui a mené à exiger que les forces policières poursuivent leur enquête pour recueillir d'autres preuves et mettre la main sur d'autres clients qui s'en seraient tirés. D'où le nom du mouvement : "scorpion", c'était le nom de code donné par la police à son enquête sur le réseau. Et d'où son slogan, "Que l'on continue !". C'est cette rage contre les clients qui a mené à l'atmosphère de lynchage et au déplacement des procès.
Ensuite, la conviction qu'il y aurait eu une collusion entre les forces policières, le système judiciaire et le monde politique pour protéger des coupables. Une paranoïa sans aucune base factuelle mais nourrie par les ragots d'André Arthur et de son comparse Jeff Fillion. Cette croisade, alimentée par CHOI, a mené à une pétition de 40 000 signatures pour réclamer qu'un procureur indépendant ou une commission d'enquête revoie le dossier.
Mario Dumont à été proche de ces mouvements depuis le début. C'est lui qui a remis la pétition de 40 000 noms à l'Assemblée nationale. Il s'est également porté à la défense de CHOI menacée de fermeture, ce qui est sans doute normal quand on sait que cette station l'a toujours bien traité.
Mais en associant la fondatrice de la Fondation Scorpion à sa campagne dans Vanier, il franchit un pas de plus. Il donne sa caution morale à un type de mouvement populaire sincère, mais dont les ingrédients, la rage contre les élites, la culture de justice de la rue, la méfiance primaire face aux institutions, la vulnérabilité aux démagogues des ondes, sont le terreau typique des courants populistes d'extrême droite.
Si Mario Dumont a choisi cette alliance par opportunisme, il manifeste un manque de jugement grave et un cynisme inquiétant pour un politicien qui aspire au pouvoir. Et si M. Dumont a agi par conviction, l'ADQ se révèle comme une droite populiste, équivalent québécois du Reform Party dans ses périodes les plus obscurantistes. Dans les deux cas de figure, cet épisode, dont il faudrait se souvenir, ternit l'ADQ et sème de très sérieux doutes sur son chef.
ADubuc@lesoleil.com

Une Assemblée constituante : clé de voûte d’une stratégie indépendantiste gagnante... mais patiente
Bernard Rioux , François Cyr, président de l’UFP , Gordon Lefebvre
UFP - jeudi 2 septembre 2004
Une Assemblée constituante ? L’idée est ancienne, aussi ancienne que la tradition démocratique et républicaine. Cette belle idée qui veut que le seul pouvoir légitime vienne du peuple. Pas du roi, ni de Dieu, mais du libre consentement des populations.
Dans l’histoire de ce continent, cet acte de naissance d’un État que représente le processus constituant moderne s’est déroulé à Philadelphie dans le cadre de deux conventions constitutionnelles où les insurgés américains jetaient les bases de leurs futures sociétés en rupture avec le colonialisme britannique et la souveraineté du roi .En s’appuyant sur une autre souveraineté : celle du peuple. Une vision de la souveraineté populaire bien étriquée dans l’esprit des constituants wasp : esclaves, femmes et amérindiens étaient exclus du nation building.
Mais l’idée de la république naissait sur ce continent et inspirera des le début du 19e siècle les esclaves haïtiens, puis les insurgés boliviens. Elle fondera l’acte de naissance de la plupart des États des Amériques.
Qu’est ce qu’une Constituante ?
Assemblés pour débattre du contenu d’une constitution, la loi des lois, les « constituants » élus par le peuple élaborent l’architecture de base du fonctionnement de l’État. Il s’agit de définir non seulement les limites des pouvoirs que le peuple délègue aux gouvernants et gouvernantes, mais également des contours des différentes juridictions propres à chaque sphère d’exercice du pouvoir. Une constitution énonce également les grandes valeurs aux sources de la vie commune. Un projet de constitution, soumis au peuple après un exercice en profondeur de démocratie participative, reste la meilleure réponse à la loi sur la clarté et au renvoi de la Cour suprême du Canada qui esquive l’essentiel : la reconnaissance du Québec comme nation.
Qui se souvient de Nelson ?
Inspirés de la tradition républicaine américaine mais également de la Révolution française, certains courants au sein des Patriotes de 1837-1838 proposeront dans leur programme l’appel à former une telle assemblée constituante. Dans sa déclaration d’indépendance du Bas-Canada du 28 février 1838, Nelson écrit, à l’article 15 :
Que dans le plus court délai possible, le peuple choisisse des délégués, suivant la présente division du pays en comtés, villes et bourgs, lesquels formeront une convention ou corps législatif pour formuler une constitution suivant les besoins du pays, conforme aux dispositions de cette déclaration, sujette à être modifiée suivant la volonté du peuple.
Écrasé par la répression, ce grand dessein de convoquer le peuple pour formuler une constitution ne s’est jamais réalisé. En fait, et c’est là le fondement même de notre démarche pour la création d’une Assemblée constituante, jamais dans son histoire le peuple du Québec n’a eu l’occasion, librement et sans manœuvres antidémocratiques de l’État canadien, de se prononcer sur sa loi fondamentale. Nelson espérait la convocation d’une telle assemblée « dans le plus court délai possible ». Quelques 166 années plus tard, l’idée est toujours présente et resurgit, au détour de l’histoire, à la suite d’une amère défaite électorale du Parti québécois et devant le haut-le-coeur généralisé devant le scandale des commandites. Mais surtout, comme le constate à juste titre Jacques Parizeau : « Le gouvernement du Canada a rendu la partie comme pas jouable. »
Nous sommes tentés d’ajouter, notamment à l’intention de plusieurs de nos amis progressistes canadiens qui rêvent d’un fédéralisme asymétrique, que nous sommes très loin du compte. Ni la Constitution du Canada, ni le Parlement, du Canada, ni le gouvernement du Canada, ni la Cour suprême du Canada ne reconnaît l’existence du peuple québécois. Alors, nous avons pris acte en recherchant dans notre histoire et celle des autres peuples la meilleure façon de donner naissance à un nouvel État souverain. D’où cette grande idée d’Assemblée constituante.
Les États généraux du Canada français 1967-1969 :
Qui se souviens de cette expérience de démocratie participative ?
On parle beaucoup, à juste titre, de la Commission Bélanger-Campeau, mais trop peu des États généraux. Par trois fois en 1966, en 1967 et en 1969, plus d’un millier de délégués et de déléguées sont venus de tous les coins du Canada français pour travailler en petits groupes. On discute ferme et on répond, en votant, aux questions soulevées.
Séances d’études, commissions de recherche et d’enquête, assises préliminaires, les États généraux ont mis en branle un vaste dispositif de consultation. En conclusion, on souligne qu’il est nécessaire d’élire une Constituante pour déterminer collectivement, dans une démarche de souveraineté populaire, le Québec à construire. Cette volonté de démocratie participative reste le fondement même de tout le processus.
Dès 1966, une tournée des 10 principales villes du Québec est organisée. En septembre, on tient des élections dans les 108 circonscriptions. En novembre, on siège en « assises préliminaires », s’appuyant sur une large représentation géographique et sociale. En 1967 : nouvelles élections dans les 108 circonscriptions du Québec .Y participent 8920 organismes et associations qui délèguent 1819 personnes du Québec (1545 délégués territoriaux et 244 délégués d’associations). Les groupes hors -Québec comptaient 425 représentants et représentantes. En 1968 : nouvelle tournée dans 43 villes : les délégations se complètent.
Généralement, les travailleuses et travailleurs, les représentants et représentantes des professions libérales ont été nombreux. Assez peu de représentants patronaux...
Sur le plan du contenu, on multiplie les études. On dépouille, par exemple, 25 000 questionnaires qui portaient sur 18 questions fondamentales concernant notre avenir national. Enfin, 19 cahiers d’animation d’un tirage total d’un million et demi d’exemplaires ont été distribués dans tout le territoire québécois, ainsi qu’à l’extérieur du Québec. Les États généraux furent, durant les années 1966-1969, un immense effort de recherche collective, de consultation à l’échelle de tout un peuple.
Lors des Assises nationales de 1969, on vote, de façon presque unanime, l’exclusivité des pouvoirs de l’État du Québec dans des domaines tels la recherche, la culture, la radio et la télévision, le syndicalisme et les relations de travail, la politique de main-d’oeuvre, le recrutement et l’admission des immigrants et immigrantes, le peuplement, les mouvements de population, la sécurité sociale et la santé, la législation financière et commerciale, la planification et le développement économique, la politique agricole, les relations avec les étrangers dans tous les domaines, la fixation de ses frontières territoriales.
Ce que proposent aujourd’hui les progressistes
L’UFP a inscrit la Constituante au cœur de son programme comme cadre stratégique dans la lutte pour l’indépendance. L’UFP est le seul parti politique à proposer, dans son programme officiel, la tenue d’une Assemblée constituante comme acte de naissance de l’État souverain. Cependant, admettons bien humblement qu’il nous reste beaucoup de travail de réflexion, d’étude et de discussions pour étayer en profondeur notre approche.
Pour l’UFP, lutter pour une Constituante, c’est rompre avec le provincialisme, et cette démarche est parfaitement incompatible avec l’ordre constitutionnel canadien verrouillé à double tour par la loi sur la clarté. Dit autrement, la Constitution du Québec sera celle d’un État souverain et non le fondement juridique d’un gouvernement provincial. Cette dernière précision s’impose, car certains partisans d’une Constituante au sein du PQ acceptent l’idée d’une constitution québécoise provinciale.
Sur la démarche, nous croyons qu’il faut laisser du temps au temps. Nous ne sommes pas de ceux et de celles qui confondent le destin électoral d’un parti politique avec celui d’un pays. Notre objectif stratégique est de contribuer à faire en sorte que la démarche de démocratie participative, de discussion et d’éducation populaire soit d’une telle ampleur que le référendum de ratification de notre future Constitution soit un succès. À la lumière des expériences du référendum de 1995, mais aussi du scandale des commandites, nous n’avons aucun doute sur les intentions de l’État canadien pour la suite des choses. À leurs manœuvres, magouilles et tentatives d’intimidation, nous n’aurons qu’une arme, celle de la force du nombre et l’inébranlable certitude de la légitimité de la démarche.
Bref, il faut commencer à déployer la plus grande expérience de pédagogie politique de notre histoire, mais en restant vigilants et mobilisés sur le front social : les libéraux veulent détruire l’intérieur de la maison.
Dans ce débat sur la Constitution, les partis politiques qui choisiront d’inscrire cette perspective de Constituante dans leurs programmes prendront la parole. Dans un premier temps, cette Constitution, nous la souhaitons courte et facilement amendable. Elle doit pouvoir respirer, laisser aux générations futures le soin de la parfaire. Courte aussi pour nous forcer collectivement à aller à l’essentiel et à permettre au plus grand nombre d’en débattre.
L’UFP insistera sur la dimension républicaine de la forme de l’État, sur l’importance des mécanismes d’exercice de la souveraineté populaire, sur le caractère pacifique de notre société, sur la propriété et le contrôle publics des ressources, dont l’eau, enjeu géostratégique de notre temps. La Constitution telle que rêvée par les progressistes assurera pour toutes et tous une pleine efficience des droits économiques et sociaux. Elle reconnaîtra le Québec comme un pays de régions, l’autogouvernement des peuples autochtones et la reconnaissance du français comme langue commune.
Dans l’intervalle, le débat sur l’avenir du Québec doit continuer de sortir d’un seul parti politique pour devenir l’affaire de tout le monde...
François Cyr, Gordon Lefebvre et Bernard Rioux
Membres du Comité exécutif national de l’Union des forces progressistes
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
L'autre terrorisme
Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 8 septembre 2004
Depuis la conclusion sanglante de cette prise d'otages en Ossétie du Nord,
tout le monde n'en a que pour les méchants terroristes tchétchènes qu'on
qualifie de toutes les épithètes négatives. Je n'excuse pas le geste qui a
été posé mais il serait temps qu'on s'intéresse à la population de
Tchétchénie, victime de l'intransigeance de Poutine et des exactions de
l'armée d'occupation russe. Un drame humain qu'on oublie, comme bien
d'autres, parce que ça ne nous concerne pas, parce que c'est loin. Nos
problèmes de financement de la santé, de routes défoncées, c'est ben plus
important.
C'est toujours la même chose : on condamne ceux qui se font sauter dans des
lieux publics bondés mais on ne cherche jamais à remonter aux sources du
problème, comme si notre cerveau était incapable d'aller plus loin que le
premier degré. Et depuis le 11/9, Poutine présente sa guerre colonialiste en
Tchétchénie comme faisant partie de la guerre au terrorisme des faucons de
Washington alors le réflexe premier que nous avons est d'intérioriser leur
discours propagandiste et de considérer les combattants, qu'ils soient
tchétchènes ou autres, comme des « terroristes ». Et Poutine, qui met la
Tchétchénie à feu et à sang pour écraser le mouvement indépendantiste, il
n'est pas un terroriste ? Et Sharon, qui détruit les maisons de «
terroristes » palestiniens à coups de bulldozers et lance des missiles sur
des civils, il n'est pas un terroriste ? Et Bush, qui menace et écrase deux
pays qui ne l'ont pas attaqué, il n'est pas un terroriste ?
En fait, c'est une question de point de vue. Pour un Sharon, un Poutine ou
un Bush, les terroristes sont, ou bien les combattants du Hamas, ou bien les
« bandits » tchétchènes, ou bien les résistants irakiens. Ceux qui luttent
contre l'occupation étrangère de leur pays ne se décrivent pas comme des
terroristes. Il y avait la résistance française contre l'occupation
allemande et personne, à part les Allemands bien sûr, ne parlait des «
terroristes français ». Donc, il n'y a pas plus de terroristes tchétchènes,
palestiniens, irakiens ou basques ; il y a des résistants et leur «
terrorisme » est une résistance contre l'autre terrorisme, celui des
impérialistes et des multinationales.
Si le terrorisme consiste à répandre la peur au moyen de la violence, alors
les petits groupes de résistance n'ont pas le monopole de la peur. Dans un
contexte d'occupation, la puissance occupante utilise la peur, soit pour
combattre la résistance, soit pour dissuader les conquis d'y participer. Les
mots « terroriste » et « terrorisme » peuvent donc s'appliquer aussi bien
aux gros qu'aux petits. Les crimes de l'Allemagne nazie en Europe entre 1939
et 1945, ceux de l'Angleterre en Acadie lors de la Déportation et au Québec
lors de la Conquête et des rébellions de 1837-38, ceux des USA au Chili, au
Vietnam, en Afghanistan et en Irak et bien d'autres situations analogues,
tout cela était autant d'actes terroristes faits avec des moyens d'envergure
contre des populations soumises, sans défense. Et il y a aussi le terrorisme
psychologique canadien dans le genre : « Il y aura 1 million de chômeurs
dans un Québec indépendant ! » et le chantage à la partition ou à l'invasion
militaire. Pourquoi toujours condamner les peuples qui luttent contre le
terrorisme des grosses puissances par leurs propres moyens ? À quand une
condamnation du colonialisme et de l'impérialisme comme actes de terrorisme
à grande échelle, comme crimes contre l'humanité ?
Au-delà du fait répréhensible de prendre en otage et de tuer des enfants qui
ne sont pas responsables des atrocités russes en Tchétchénie, il faut
augmenter notre appui au peuple tchétchène. Leur lutte pour la liberté,
c'est la nôtre. Je suis Québécois mais je suis aussi tous les peuples de la
Terre désireux de défendre leur droit à l'autodétermination. Par le combat
que mènent les Tchétchènes depuis 200 ans contre la domination étrangère, ce
petit peuple, qui ne l'est pas mais est peut-être quelque chose comme un
grand peuple, comme disait René Lévesque, nous donne une formidable leçon de
détermination et de courage. Par les temps qui courent, ça fait du bien au
moral, alors que nos chefs ne savent pas où ils s'en vont et que le bon
peuple semble plus rechercher un confort et un bonheur artificiels qu'à se
sortir du carcan canadien.

TRIBUNE LIBRE
Avides de bonne conscience à rabais...
René Marcel Sauvé, géographe, spécialisé en géopolitique et auteur de Géopolitique et avenir du Québec (Guérin1994)
TRIBUNE LIBRE 8 septembre 2004
Je tiens d'abord à saluer Yves Michaud en ce triste anniversaire de la trahison des nôtres, dont le comportement entropique témoigne de leur statut d'hommes inféodés et habitués à se conformer à une ligne de conduite dictée d'ailleurs. Ce comportement se traduit par un gaspillage d'efforts et d'énergies retournées contre soi-même. Voilà ce qu'on appelle l'entropie des inféodés.
Nos représentants en ont fait la preuve à l'Assemblée Nationale. Avides de bonne conscience à rabais, ils ont tout de suite grimpé dans les rideaux sur une dénonciation non fondée de la part de deux individus dont la crédibilité était nulle en premier lieu. Un vulgaire commérage de leur part a été suffisant pour mettre le feu aux poudres.
Comment se fait-il que ni Lucien Bouchard, ni Sylvain Simard, ni personne d'autre, n'a eu la discipline fondamentale de mettre immédiatement en pratique le principe de base de toute stratégie d'État: appréciation rigoureuse et correcte du contexte et de la situation.
Un principe de stratégie d'État n'est pas une quelconque théorie dont on peut discuter les mérites dans une scéance savante de laboratoire. Un principe est une certitude opérative, non pas un déterminisme mais le contraire du déterminisme, puisque la certitude ontologique est un pas en avant vers la liberté de penser et d'agir. Elle est la règle sine qua non à suivre pour tout État digne de ce nom, une exigence de tous les instants, une nécessité qui fait loi, sans laquelle on s'expose à faire fausse route en partant, peu importe le problème d'envergure auquel on est confronté.
Confronté au commérage grossier des Jean Charest et Robert Liebman, la première chose à faire, c'est de statuer sur le fait lui-même. Car toute stratégie d'État s'appuie sur les faits et les principes et non sur les ouï-dires. Or, le fait était simple: où quand, comment, par quelles paroles exactes et dites dans quel contexte et dans quelle situation monsieur Yves Michaud se serait-il engagé dans une voie plutôt qu'une autre?
Plus simple et plus fondamental encore: est-ce que monsieur Michaud représentait quelqu'un ou quelque chose au moment de ses paroles? S'il ne représentait rien sur le plan politique, il n'y avait pas matière à décrier sur la place publique.
Le citoyen Michaud, comme tous les citoyens, n'engageait que sa personne, en supposant que ses paroles aient été rigoureusement rapportées telles qu'elles, ce qui n'était pas le cas comme on l'a vu plus tard mais trop tard.
Pour Lucien Bouchard, il n'y avait qu'une chose à dire:
1. Monsieur Michaud ne fait pas partie de cette
Assemblée et si vous avez quelque chose contre
lui, allez le rapporter au Procureur Général.
2. Veuillez soumettre PAR ÉCRIT ET JUSQUE DANS
LES MOINDRES DÉTAILS LES PAROLES DE
MONSIEUR MICHAUD, y compris les circonstances
de temps et de lieu où elles auraient été
prononcées. Votre document doit comporter une
date et des signatures.
C'est aux accusateurs publics de faire la preuve de leurs dires, non à l'Assemblée Nationale, dont les préoccupations sont d'un autre ordre. Autrement, il on ne peut parler d'Assemblée Nationale lorsque de tels placotages sont pratiqués et tolérés.
L'entropie dont ont fait preuve les membres de l'Assemblée Nationale dans cette affaire montre encore une fois les conséquences de l'habitude acquise à la soumission servile, soumission qui rend inapte à mettre en pratique les principes élémentaires de la stratégie d'État:
Appréciation rigoureuse et correcte du contexte et de la situation;
détermination et maintien d'objectifs praticables et réalisables en termes de temps et d'espace;
maintien du moral;
concentration et économie de l'effort;
simplicité et souplesse;
sécurité et surprise;
coopération;coordination;
administration et logistique.
Nous deviendrons un État lorsqu'une majorité de Québécois-es auront compris ces principes et appris à les mettre en pratique. En attendant, nous allons conserver notre mentalité de colonisés.

TRIBUNE LIBRE
La table est mise pour que les États jouent un rôle dynamique et mettre au pas OTTAWA
René Marcel Sauvé, géographe
TRIBUNE LIBRE 8 septembre 2004
Refus obstiné de pourvoir et arguments qui donnent bonne conscience, voilà comment les guerres civiles commencent. Jamais on ne croira que des massacres semblables à ceux qui viennent de se produire en Ossétie sont possibles chez nous, mais du matériel à meurtre et à carnage, nous en avons dans notre société, avec les Hells Angels, entre autres, qui se limitent tant que l'argent rentre et que la police les traite avec respect.
Personne ne veut de guerre civile, à propos du "séparatisme québécois" mais les Chrétien, Dion, Martin et cie, qui veulent le pouvoir pour le pouvoir et l'argent pour l'argent, manifestent suffisamment de mépris et d'indifférence pour finir par provoquer des colères et des haines qui vont se traduire par des violences qui n'en finiront plus.
Et ils vont continuer d'avoir bonne conscience, les Chrétien, Dion, Martin et compagnie, parce qu'eux ne commettent pas ce genre de coups. Ils ne font qu'agir envers les autres comme s'ils n'existaient pas, comme si le mépris n'était pas déjà une forme de violence ontologique, capable de provoquer les rages qui ne s'éteignent pas.
Par ses propos, Vladimir Poutine a provoqué l'exaspération qui se traduit par des actes d'une indescriptible rage impuissante, car pour n'importe quel homme de guerre qui s'y connaît en matière de guerre, les ravisseurs de Beslan ne sont que des impuissants qui n'iront nulle part et ne feront pas avancer leur cause.
La véritable malice, c'est Poutine qui la porte en lui-même, autant que les criminels fous qui ont commis le massacre de Beslan. Mais Poutine a bonne conscience et va continuer d'avoir bonne conscience, cequi n'a rien à voir avec la CONSCIENCE AVEC LA MAJUSCULE.
Comme Jean Chrétien, George Bush, Paul Martin et beaucoup de dirigeants actuels, je crois que Poutine est un inconscient. La solution à ce problème passe par la décentralisation et la création de petits États, plus proches du réel et plus aptes à se gouverner d'une manière optimale.
Ces inconscients, que sont les Bush, Poutine, Chrétien, Dion, André Ouellet, Martin et cie, se prennent pour des grands hommes parce qu'ils sont confrontés à des "grands problèmes" dont ils ne comprennent ni le sens, ni la portée, ni l'envergure ni les conséquences à court et à long terme des décisions prises. Voyez comment Martin, qui se croit en position de force, se comporte déjà envers les provinces qu'il traite comme des entités inféodées, sans existence réelle, captives et obligatoirement soumises. Voilà le point de départ de toute violence d'envergure.
Pour nous, le scandale des commandites est une bénédiction qui promet d'affaiblir la position de force des "power brokers" qui détiennent le pouvoir à Ottawa et qui ne veulent absolument pas céder, alors qu'il est manifeste qu'Ottawa ne représente plus ce qu'il représentait, en supposant qu'il ait déjà représenté quelque chose autre que l'arbitraire.
Les indidivus de cette espèce sont extrêmement dangereux car ils tuent l'âme pour mieux s'approprier les corps qui deviennent comme autant d'esclaves à leur service. Tant mieux lorsqu'il y a une manière de les faire tomber et s'en débarasser sans violence autre que judiciaire et politique. En Russie, le pouvoir du gouvernement actuel est peut-être pire que celui du régime communiste, parce qu'il favorise l'argent au détriment de tout le reste.
Au Québec, opposé à Ottawa, nous avons travaillé à dissuader le recours à la violence armée pour obliger Ottawa à céder les pouvoirs qui ne lui appartiennent pas. Certes, nous n'avons pas encore réussi mais des conditions favorables se présentent maintenant et nous allons les exploiter à fond. Jusqu'à maintenant, nous avons pu agir à l'intérieur même du système fédéral pour l'affaiblir par dedans, toujours pour éviter les confrontations explosives que provoquent les tenants du pouvoir et de la force "légale" à justifier le recours aux armes pour détruire toute tendance qui s'opposerait à l'Establishment en place.
Nous devons continuer et poursuivre dans la même veine, afin d'obtenir l'indépendance du Québec sans tirer un seul coup de fusil. Le Québec, qui est déjà un État national de fait, apte à devenir un État national de plein droit(de jure), ne doit devenir ni une Irlande du Nord ni une autre Ossétie, ni même passer par une guerre civile comme ce fut le cas en Finlande et en Irlande au moment de leur indépendance après la première Guerre mondiale.

TRIBUNE LIBRE
Grand rendez-vous dans la Capitale nationale :
LE PAYS, RIEN D’AUTRE!
Conseil de la souveraineté du Québec
BULLETIN DU 7 septembre 2004
(VOLUME 2, NUMÉRO 2)
TRIBUNE LIBRE 8 septembre 2004
Aujourd’hui notre courriel porte sur trois sujets :
1- Grand rendez-vous dans la Capitale nationale : LE PAYS, RIEN D’AUTRE! Premier forum public du Conseil de la souveraineté du Québec
2- Le Québec doit-il être un paradis terrestre?
3- Le fonds Édith Gendron
GRAND RENDEZ-VOUS DANS LA CAPITALE NATIONALE : LE PAYS, RIEN D’AUTRE!
PREMIER FORUM PUBLIC DU CONSEIL DE LA SOUVERAINETÉ DU QUÉBEC
Inscrivez-vous maintenant car les places sont limitées!
Plusieurs invités de marque participent à cet événement sur la gouvernance souverainiste dont Bernard Landry, Gilles Duceppe, Jacques Parizeau et évidemment Gérald Larose.
Le formulaire d’inscription est attaché au présent courriel et est aussi disponible sur le site Internet du Conseil à l’adresse : www.souverainete.info
GRAND RENDEZ-VOUS DANS LA CAPITALE NATIONALE
Au Musée national des beaux-arts du Québec,
Parc des Champs-de-Bataille, À Québec
Le vendredi 1er octobre à compter de 19 h 30 et le samedi 2 octobre de 9 h à 17 h
FORUM SUR LA GOUVERNANCE SOUVERAINISTE
Comment arriver au pays, rapidement, démocratiquement, avec force et en toute transparence?
APERÇU DU PROGRAMME :
Le VENDREDI 1er octobre (Grand Hall du Musée) de 19 h 30 à 22 h
Mot de bienvenue de la vice-présidente du Conseil de la souveraineté, Hélène Pedneault
Spectacle d'ouverture: Hommage à Gérald Godin (interprétation artistique de Christian Vézina, comédien et de Sylvie Legault, comédienne et chanteuse)
Allocution de Gérald Larose, président du Conseil de la souveraineté du Québec
Allocution de Gilles Duceppe, chef du Bloc Québécois
Projection d'une entrevue inédite avec l'ancien premier ministre du Québec, Jacques Parizeau et Gérald Larose, président du Conseil, suivie d'une période de débat
Le SAMEDI 2 octobre (Plénière à l'Auditorium du Musée)
Animatrice: Vivian Barbot, vice-présidente du Conseil de la souveraineté
de 9 h à 12 h
Table de réflexion suivie d'une période de débat : Ce qui nous a fait progresser vers la souveraineté du Québec
Conférenciers invités:
Pierre Paquette, député du Bloc Québécois
Micheline Labelle, professeur au département de sociologie de l'UQAM
Claude Béland, ancien président du Mouvement Desjardins
Lorraine Guay, porte-parole du Collectif D'Abord Solidaires
Maurice Arbour, constitutionnaliste, Faculté de droit de l'Université Laval
de 13 h 30 à 16 h 30
Table de réflexion suivie d'une période de débat : Ce qu'il nous reste à faire pour accéder à la souveraineté du Québec
Conférenciers invités:
Paul Piché, auteur-compositeur-interprète
Pierre Noreau, directeur du Centre de recherche en droit public de l'Université de Montréal
Andrée Lajoie, juriste, professeure, membre du CRDP de l'Université de Montréal
Robert Laplante, directeur de la revue L'Action nationale
à 15 h 45
Allocution du chef de l'opposition et président du Parti Québécois, Bernard Landry
à 16 h 30
Mot de clôture du président du Conseil de la souveraineté du Québec, Gérald Larose
Inscriptions obligatoires
20 $ pour les 1er et 2 octobre
10 $ pour le vendredi 1er octobre
10 $ pour le samedi 2 octobre
Imprimez le formulaire d'inscription attaché au présent courriel et retournez-le avec votre paiement au Conseil de la souveraineté du Québec, à l'adresse suivante : 1600, rue De Lorimier, bureau 191, Montréal H2K 3W5
Informations et paiement par carte Visa: (514) 598-1111
Bienvenue à toutes et tous!
Au plaisir de s'y rencontrer!
Le Conseil de la souveraineté du Québec
LE QUÉBEC DOIT-IL ÊTRE UN PARADIS TERRESTRE?
Voici la réponse de Norman Rousseau, éditeur du journal Le Québec, un pays, journal indépendantiste de l'Outaouais au sujet de certains propos controversés concernant la souveraineté à l'Université du Nouveau Monde, parus il y a quelques semaines dans les grands journaux. Le nom des auteurs des commentaires controversés a été biffé :
Une intervenante à l'Université du Nouveau Monde a dit :
« Qu'est-ce que ça donne d'être souverain si c'est pour perdre notre souveraineté au profit des multinationales. »
Eh bien, mademoiselle, je vous annonce que le Canada a bradé sa souveraineté au profit des multinationales depuis longtemps. Le pétrole du Canada est exploité à 90% par les Américains. Le gaz est exploité à 70% par les mêmes Américains. Et je pourrais poursuivre cette triste liste de la « non-souveraineté » du Canada.
Et pourtant vous acceptez de rester une minorité dans ce Canada. Et pourtant les Canadiens se contentent de cette « demi-souveraineté ». Alors comment pouvez-vous exiger qu'un Québec souverain le soit totalement?
La moitié de la planète, surtout les pays développés, sont sous l'emprise des multinationales et aucun de ces pays ne veut renoncer à leur souveraineté, aussi malmenée soit-elle.
Une autre intervenante faisait la déclaration suivante :
« S'il n'y a pas un engagement plus ferme sur les questions environnementales, je remets en question mon vote au prochain référendum. »
Eh bien, mademoiselle, je vous réponds que la plupart des pays développés et sous-développés n'ont pas encore réglé leurs problèmes environnementaux, en commençant par les États-Unis et le Canada, et pourtant aucun de ces pays ne remet en cause leur souveraineté.
À en croire certains, il faudrait que le Québec devienne un paradis terrestre avant d'accéder à la souveraineté. Condition qui n'est remplie par aucun des 208 pays de la planète. Un peu de réalisme s'il vous plaît.
LE FONDS ÉDITH GENDRON
Nous vous rappelons les coordonnées pour faire parvenir un don venant en aide à Édith Gendron, injustement congédiée de son poste à Patrimoine canadien parce qu'elle était présidente de l'organisme souverainiste de l'Outaouais: Le Québec, un pays.
À noter aussi que le Conseil national du Parti québécois a appuyé deux résolutions concernant son congédiement dont l'une invitant toutes les instances du PQ à participer financièrement au Fonds Edith Gendron.
FONDS EDITH GENDRON
Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec
259, boul. St-Joseph, bureau 310
Gatineau, Québec. J8Y 6T1
Pour plus d'informations : www.souverainete.info (onglet Messages du Conseil).
N’oubliez pas de visiter régulièrement le site Internet du Conseil de la souveraineté du Québec : www.souverainete.info
La Toile Internet du Conseil de la souveraineté du Québec
« Imaginez une belle grande toile humaine qui s’étend sur tout le territoire du Québec. Imaginez des milliers d’hommes et de femmes, dans chacune des villes, dans le moindre petit village du Québec, formant un réseau d’antennes, branchées en permanence sur la souveraineté » Hélène Pedneault
Le comité de la Toile Internet du Conseil de la souveraineté du Québec
POUR NOUS CONTACTER : latoile@souverainete.info

TRIBUNE LIBRE
FORUM SUR LA GOUVERNANCE SOUVERAINISTE
Conseil de la souveraineté du Québec
TRIBUNE LIBRE 8 septembre 2004
Comment arriver au pays, rapidement, démocratiquement, avec force et en toute transparence?
Bonjour,
Vous
êtes cordialement invités à participer au premier grand forum public Le
pays, rien d'autre! que le
Conseil de la souveraineté du Québec tiendra sous le thème de la gouvernance
souverainiste, les 1er et 2 octobre 2004, au Musée national des beaux-arts
du Québec, Parc des Champs-de-Bataille, à Québec.
Comme ce
forum est le plus important lieu de réflexion organisé par le Conseil de la
souveraineté du Québec à ce jour et que les places sont malheureusement
limitées, nous vous invitons à vous y inscrire le plus rapidement possible. Vous
trouverez un carton d'invitation à cet effet sur le site Internet du Conseil à
l'adresse www.souverainete.info .Vous pouvez également vous
inscrire à l'aide du formulaire d'inscription que nous avons joint au programme
ci-dessous mentionné.
Votre
opinion de citoyenne ou de citoyen engagé est essentielle pour nous. Le Conseil
de la souveraineté du Québec serait honoré de votre
présence.
Avec nos
plus cordiales salutations!
Le Conseil de la
souveraineté du Québec

LE PAYS,
RIEN D`AUTRE! Premier forum public du Conseil de la souveraineté du
Québec
GRAND
RENDEZ-VOUS DANS LA CAPITALE NATIONALE
Au Musée national des beaux-arts
du Québec, Parc des Champs-de-Bataille, À Québec
Le vendredi 1er octobre
à compter de 19 h 30 et le samedi 2 octobre de 9 h à 17 h
FORUM SUR LA GOUVERNANCE SOUVERAINISTE
Comment arriver au pays,
rapidement, démocratiquement, avec force et en toute transparence?
APERÇU DU
PROGRAMME :
Le VENDREDI 1er octobre (Grand Hall du Musée) de 19 h 30 à 22 h :
Mot de bienvenue de la vice-présidente du Conseil de la souveraineté,
Hélène Pedneault
Spectacle d'ouverture: Hommage à
Gérald Godin (interprétation artistique de Christian Vézina,
comédien et de Sylvie Legault, comédienne et chanteuse)
Allocution de
Gérald Larose, président du Conseil de la souveraineté du Québec
Allocution de Gilles Duceppe, chef du Bloc Québécois
Projection
d'une entrevue inédite avec l'ancien premier ministre du Québec, Jacques
Parizeau et Gérald Larose, président du Conseil, suivie d'une période de
débat
Le SAMEDI 2
octobre (Plénière à l'Auditorium du Musée) (places limitées):
Animatrice: Vivian Barbot, vice-présidente du Conseil de la
souveraineté
de 9 h à 12 h
Table de réflexion
suivie d'une période de débat : Ce qui nous a fait progresser vers la
souveraineté du Québec
Conférenciers invités:
Pierre
Paquette, député du Bloc Québécois
Micheline Labelle, professeur
au département de sociologie de l'UQAM
Claude Béland, ancien
président du Mouvement Desjardins
Lorraine Guay, porte-parole du
Collectif D'Abord Solidaires
Maurice Arbour, constitutionnaliste,
Faculté de droit de l'Université Laval
de 13 h 30 à 16 h
30
Table de réflexion
suivie d'une période de débat : Ce qu'il nous reste à faire pour accéder à la
souveraineté du Québec
Conférenciers invités:
Paul Piché,
auteur-compositeur-interprète, vice-président du CSQ
Pierre Noreau,
directeur du Centre de recherche en droit public de l'Université de Montréal
Andrée Lajoie, juriste, professeure, membre du CRDP de l'Université
de Montréal
Robert Laplante, directeur de la revue L'Action nationale
à 15 h
45
Allocution du chef
de l'opposition et président du Parti Québécois, Bernard Landry
à 16 h 30
Mot de clôture du
président du Conseil de la souveraineté du Québec, Gérald Larose
Inscriptions obligatoires
20 $ pour les 1er et 2 octobre
10 $ pour le vendredi 1er octobre
10 $ pour le samedi 2 octobre
Imprimez le formulaire d'inscription
ci-dessous et retournez-le avec votre paiement au Conseil de la souveraineté du
Québec, à l'adresse suivante : 1600, rue De Lorimier, bureau 191, Montréal H2K
3W5
Informations et paiement par carte Visa: (514) 598-1111
Bienvenue à toutes et tous!
Au plaisir de s'y rencontrer!
Le
Conseil de la souveraineté du Québec
______________________________________
FORMULAIRE
D'INSCRIPTION
(s.v.p. écrire en lettres moulées)
Le pays,
rien d'autre!
Forum sur la gouvernance souverainiste
1er et 2 octobre 2004
Musée national des beaux-arts, Parc des Champs-de-Bataille, Québec
Nom:_____________________________________________________
Prénom:__________________________________________________
Adresse:__________________________________________________
Ville:______________________________________________________
Région:
____________________________________________________
Téléphone:__________________________________________________
Télécopieur:_________________________________________________
Courriel:
____________________________________________________
Nom de
l'organisme, s'il y a lieu_______________________________
Je m'inscris
aux dates suivantes:
les 1er et 2 octobre : 20 $____________
le 1er
octobre seulement : 10 $________
le 2 octobre seulement : 10 $__________
Je fais un don au Conseil pour défrayer les coûts du forum ___________
Retournez avec votre paiement à :
Conseil de la souveraineté du
Québec
1600, rue De Lorimier, bureau 191, Montréal H2K 3W5
Informations et paiement par VISA: (514)
598-1111
