
Martin consent à l'exception québécoise
Manon Cornellier, Robert Dutrisac
Le Devoir jeudi 9 septembre 2004
Le premier ministre ouvre la porte à une entente particulière en santé avec le Québec
Le premier ministre Paul Martin a ouvert la porte hier à la conclusion d'une entente en matière de santé qui soit propre au Québec. Il a aussi indiqué qu'il était disposé à parler de péréquation dans le cadre de la conférence des premiers ministres sur la santé qui débutera dans quatre jours à Ottawa.
«Quand on regarde les sujets que nous allons aborder, c'est clair qu'il y a énormément de place à une entente spécifique pour le Québec ou pour une autre province qui en veut», a déclaré M. Martin à Kelowna (C.-B.), où s'est terminée hier la retraite de deux jours de son conseil des ministres.
Il a dit que cela s'était fait par le passé, citant l'exemple du Conseil national sur la santé, dont le Québec ne fait pas partie. Rien n'empêcherait de répéter l'expérience si cela permettait au Québec «d'atteindre ses objectifs en suivant la voie qu'il veut et croit la plus efficace», a noté M. Martin.
La déclaration de M. Martin risque de plaire au premier ministre Jean Charest, qui disait, hier à Québec, souhaiter que le gouvernement fédéral prenne acte du fait que, au Conseil de la fédération, les premiers ministres provinciaux ont accepté que le Québec signe une entente particulière avec Ottawa. «Une avancée majeure pour le Québec», selon lui.
Paul Martin n'a toutefois pas abandonné l'idée de fonds ciblés, c'est-à-dire destinés au financement exclusif d'un programme ou d'un secteur. «On va établir des fonds, mais la façon qu'une province pourra atteindre ses objectifs à l'intérieur de ces fonds pourrait différer. [...] Ce n'est pas notre intention de dicter aux provinces comment y arriver», a-t-il insisté.
Ottawa veut créer des fonds pour, entre autres, réduire l'attente (quatre milliards sur cinq ans) et améliorer les soins à domicile (deux milliards sur cinq ans).
Québec réprouve cette approche, qui équivaut à laisser Ottawa déterminer les priorités de réforme des provinces.
La conférence des premiers ministres, qui aura lieu du 13 au 15 septembre prochains, se tiendra devant les caméras, un événement pas nécessairement approprié en toutes circonstances, a reconnu M. Martin, mais qui permettra de faire le point devant la population.
M. Martin n'a pas caché qu'il faudrait peut-être plus d'une rencontre pour atteindre son objectif, soit l'adoption d'un plan qui permette de réduire l'attente, d'améliorer les soins à domicile, d'enrayer la pénurie de personnel, d'accroître la reddition de comptes et, a-t-il insisté, d'assurer «un financement prévisible pour les provinces». Il rejette d'emblée toute «solution simpliste» ou «symbolique». «Il faut une entente à long terme. Il faut une réforme qui durera», a-t-il ajouté.
C'est dans ce contexte qu'il se dit aussi prêt à discuter à la fois de péréquation et de financement de la santé, tout en refusant cependant de chiffrer une éventuelle hausse des paiements de péréquation. «Si les provinces veulent discuter de péréquation dans le cadre du plan d'ensemble, nous serons certainement prêts à faire ça», a-t-il dit.
Déjà au fait de cette ouverture, M. Charest l'a jugée encourageante. «On commence à parler des mêmes choses, ce qui en soi est encourageant», a-t-il dit hier, avant de présider la réunion hebdomadaire de son conseil des ministres.
À quelques jours de la conférence des premiers ministres, M. Charest a fait montre d'un optimisme «prudent». Il estime qu'il sera impossible de régler, dans les trois jours que dure la conférence, l'épineuse question de la péréquation. Mais Ottawa pourrait annoncer la mise en place d'«une mesure intérimaire qui nous ramerait au niveau de 2000-2001», a dit M. Charest, une demande formulée par les premiers ministres provinciaux lors des réunions du Conseil de la fédération tenues à Niagara-on-the-Lake, cet été, et à Toronto, la semaine dernière.
En plus d'un financement accru du fédéral dans la santé, les provinces réclament une révision de la formule de calcul de la péréquation, dont les versements ont diminué comme peau de chagrin depuis 2000-2001 pour la plupart des provinces qui en reçoivent. Mais, avant que les négociations avec le fédéral aboutissent à une nouvelle formule, ils se contenteraient d'un relèvement immédiat de 1,3 milliard pour atteindre le niveau de 2000-2001, ce qui représente quelque 500 millions pour le Québec.
Ce demi-milliard tomberait pile pour le gouvernement Charest, aux prises avec une situation budgétaire jugée difficile tant par la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, que par le ministre des Finances, Yves Séguin. «C'est clair que c'est des bonnes nouvelles», a dit, hier, Mme Jérôme-Forget. Toutefois, même si, au terme de la réunion de la semaine prochaine, Québec obtenait cette somme, Mme Jérôme-Forget envisage «de faire des compressions malgré tout». Quant à savoir quels services seront amputés, aucune décision n'a encore été prise, mais «il est clair que la situation est critique», a-t-elle assuré.
Les provinces pourront par ailleurs compter sur un allié au sein de l'opposition officielle. Le chef conservateur, Stephen Harper, a en effet invité M. Martin à faire preuve de respect pour les provinces. Il a offert deux conseils au chef libéral en vue de la rencontre de la semaine prochaine. Reconnaître d'abord le fait que les soins de santé relèvent des provinces et respecter leur rôle. Reconnaître ensuite les difficultés financières auxquelles elles font face à cause de leur capacité fiscale limitée.
Selon M. Harper, le gouvernement fédéral ne peut discuter de santé sans ouvrir ses goussets. «Je pense qu'on doit écouter les provinces sur ce sujet [la santé]. Il y a un déséquilibre fiscal et il est très grave. Nous savons que les responsabilités des provinces excèdent généralement leur capacité financière et nous savons que l'opposé est vrai à Ottawa», a-t-il dit.

Don't push Quebec, PM warned:
Forced deal would backfire: report
Mark Kennedy; with files from Anne Dawson, CanWest News Service
National Post September 9, 2004 Thursday
OTTAWA - Paul Martin, the Prime Minister, risks driving Quebecers toward separatism if he tries next week to force a medicare deal full of unacceptable conditions on the provinces, the Institute for Research on Public Policy warns.
In a report released yesterday, the institute says the three-day first ministers' meeting in Ottawa is shaping up as "one of the watershed moments in our history."
"Much more than the future of medicare is at stake," says the report's author, Queen's University scholar Thomas Courchene.
Also on the negotiating table -- whether directly or indirectly -- are some fundamental issues at the heart of national unity. They include: appropriate federal-provincial funding for programs such as medicare, early childhood education and urban infrastructure renewal; how governments should share the country's wealth in the federal equalization program; and the extent to which Quebec should be permitted to design its own unique programs and still receive federal funding.
"Quebec's traditional demands for acquiring greater powers within the federation have now given way to demands for acquiring greater access to revenues in order to be able to fully exercise its existing constitutional powers," Dr. Courchene says.
"In short, sovereignty is now about how societies live, and work and play, which in turn means that on the policy front it is all about education, skills, health, cities and citizens generally. In Canada, these are largely provincial powers."
Thus, he writes that Quebec's "rallying cry" has become giving the provinces greater fiscal ability to pay the bills.
Dr. Courchene writes the "good news" is that Quebec appears closer than ever to achieving its goals within Canada.
"Yet, were this avenue, for whatever reason, to become blocked, Quebec may well revert back to seeking its future as its own nation state."
Mr. Martin may have acknowledged the risks yesterday, downplaying chances of a health deal, while opening the door to expanding negotiations to include individual deals with provinces, particularly Quebec.
''When we look at the issues that will be discussed, it is clear that there is enormous room for a specific deal for Quebec or for any other province,'' said Mr. Martin, adding it would be under the umbrella of an overall health care accord.
Mr. Martin has called the premiers to Ottawa for a fully televised summit that he promises will put the health-care system on a more sustainable footing and provide reforms that "fix" medicare for a generation.
He is promising billions more in unconditional funding to the provinces for their health systems, including a commitment that the money will rise in a stable, predictable fashion over the long-term. In return, however, Mr. Martin is attaching some conditions. Provinces would also have to spend some money on programs that significantly reduce wait times in areas such as cancer and cardiac care, as well as enhancing their home-care programs.
Wrapping up a two-day Cabinet retreat in Kelowna, B.C., Mr. Martin conceded many people have their doubts about the federal government's ability to negotiate a deal in front of the television cameras, as he promised to do during the election campaign.
But he insisted his government will not have failed if no deal is reached next week, only that it will mean more weeks and months of hard work to reach a deal.
''No. What Canadians want is a long-term deal and that's what I said that we really want to see happen. If it takes three days, three weeks or three months, that's the length of time it's going to have,'' Mr. Martin told reporters.
''This probably isn't the way that every first ministers' meeting should be held or will be held, but I think that the time is right for all of us to sit down in front of Canadians and focus on the future of health care.''
Mr. Martin dismissed a published report that the federal government is prepared to put $1.3-billion more in equalization payments on the table as part of the health care package as nothing more than ''speculation.''
It's unclear how the provinces will react to the federal proposals when they are finally laid out in detail. The premiers want the federal government to pay for 25% of all provincial health costs and some -- particularly Quebec's Jean Charest and Alberta's Ralph Klein -- strenuously object to conditions being placed on how the federal money is spent. Provinces also want the federal government to relieve them of their responsibility for insured drug coverage by establishing a multibillion-dollar national pharmacare scheme -- a proposal that Mr. Martin previously rejected.
Mr. Martin said yesterday he is prepared to discuss pharmacare in general, but his priorities are precisely what he promised during the June 28 federal election -- reduced wait times, a catastrophic drug and home care program, ensure an adequate number of doctors and nurses and bring more accountability to the system. He has promised to spend $9-billion over five years, as well as increase long term health care funding across the board to the provinces, although he has not put a pricetag on that.
In his paper, released by the Institute for Research on Public Policy, Dr. Courchene writes that Mr. Martin will have to walk a fine political line in determining how hard he pushes the provinces to accept his reform package in its entirety.
"Ottawa could stand its ground and drive home a take-it-or-leave it deal, based on some version of its initial proposal. From a fiscal standpoint, the provinces would probably take the offer but, led by Alberta, they would embark on a privatization process."
However, Dr. Courchene writes that it would be very difficult for Mr. Charest to return to Quebec and promote a health deal as a victory if it is perceived to contain strict federal conditions on how health-care money is spent.
Moreover, the "political environment" has changed dramatically in just the past year, when Mr. Charest's Liberal government was newly installed "at the helm and the forces of sovereignty seemed safely at bay."
Since then, he notes, the sponsorship scandal enraged Quebecers and the federal election delivered the Bloc Quebecois 54 seats and 49% of the popular vote.
All this has "left the federalist forces in Quebec in a very weak position," he warns.
"In this environment, it would be foolhardy on Ottawa's part ... to leave Charest high and dry in terms of the outcome of the first ministers meeting. His position in Quebec will be weakened considerably unless he emerges from the summit with meaningful progress on the [funding] front and with minimal infringement on Quebec's ability to legislate on the medicare front."
In Ottawa yesterday, Opposition Leader Stephen Harper rebuked fellow Conservative Ralph Klein, suggesting the Alberta premier should change his mind and attend all three days of next week's summit.
Mr. Klein has said he'll be skipping the final two days of the summit because of prior commitments in Alberta, and although Mr. Harper says he can sympathize, he would reconsider the decision if he were in Mr. Klein's shoes.
"I understand the frustration that premiers have ... but I do think the first time around, I would give the Prime Minister the benefit of the doubt, and I would want to be seen as working hard to fix this problem on behalf of all Canadians," Mr. Harper said.
Officials in the Alberta government cited Ottawa's stubbornness over the establishment of a national drug insurance plan -- the centrepiece of the provinces' list of demands -- as the main reason for Mr. Klein's frustration.
Gary Mar, Alberta's Health Minister, will fill in for the final two days of meetings.
(Ottawa Citizen)

PM offers premiers side deals on health
Campbell Clark
The Globe and Mail Thursday, September 9, 2004
Wooing Quebec, he says each province could get the right to its own fine print
KELOWNA, B.C. - Prime Minister Paul Martin moved to lure Quebec into signing on to a national health-care deal by offering to let individual provinces ink separate side deals with the federal government.
Only days before a federal-provincial summit on health care opens in Ottawa, Mr. Martin sought to overcome Quebec's traditional reluctance to agree to Ottawa's health-care conditions by indicating that he will allow provinces to have different conditions for receiving federal health-care cash.
While he said that offer is open to any province, it is clearly aimed at Quebec, where Premier Jean Charest faces a potential backlash if he is seen to be letting Ottawa dictate priorities in an area of provincial jurisdiction like health care.
Mr. Martin noted that Quebec opted out of the National Health Council, which sets common health benchmarks, creating its own council.
"When you look at the subjects we will discuss, it's clear that there is an enormous amount of room for a specific agreement for Quebec. Or for another province that wants one," Mr. Martin said during a two-day cabinet retreat in Kelowna, B.C., yesterday.
"We have seen it, for example, on the National Health Council. Quebec has its own national health council. We see it in many areas. And certainly I am open to that."
Mr. Martin said he is not proposing entirely separate health-care accords, but rather differences in the details for Quebec and possibly other provinces.
Officials said all provinces will have to agree to attack waiting lists, for example, but instead of targeting the five key areas Ottawa has proposed --heart care, high-tech diagnostic tests, cataracts, joint replacements and cancer -- some might choose other treatments.
The offer of sub-agreements comes on top of the Prime Minister's confirmation that the federal government will roll negotiations on equalization payments into next week's health summit. "If the provinces want to discuss equalization as part of the overall plan, we're certainly prepared to do that," Mr. Martin said.
Several premiers, notably Mr. Charest, have said that any deal to increase health-care funding will be meaningful only if the formula for equalization payments from Ottawa is re-jigged. The payments to the so-called "have-not" provinces have declined in recent years.
Quebec media reports, welcomed by Mr. Charest yesterday, suggest Ottawa would offer an additional $1.3-billion in equalization payments. Senior federal officials insisted the figure is not accurate, but conceded that more equalization money will be on the table.
Mr. Martin tried yesterday to dampen expectations that an agreement will be reached next week, while insisting that one will be achieved eventually. He suggested he would walk away from a bad deal. "We need a long-term deal, and we need measurable reform, and we'll do whatever it takes to get there."
The Liberal government has proposed setting up a $4-billion fund to reduce waiting times and a $2-billion fund to expand home care, in addition to a short-term injection of $3-billion for basic care. They have also proposed negotiating other unspecified sums for automatic funding increases and basic pharmacare.
Mr. Martin said that Ottawa will still create those basic funds, like the $4-billion waiting-list fund, but the details within each fund could be covered by separate arrangements.
"Within the context of any arrangement, any deal that was set up, as there have been in other areas in the past, . . . there is an opportunity for Quebec to achieve its goals following the courses that it wants, that it thinks are most effective for it."
He declined to say what areas might be covered in separate deals. "We all have the same objectives. And those objectives are the same for every province, including Quebec, and for every territory. Now, how you arrive at those objectives may well depend upon the circumstances of an individual province -- certainly in the case of Quebec."
The Liberal government remains optimistic it can strike a health-care deal with the provinces despite divergent public positions.
The provinces have called for Ottawa to fund a full-scale national pharmacare plan that would cost billions a year, while Ottawa has said it will only negotiate to share the cost of a basic pharmacare plan that would cover basic drugs.
Mr. Martin said yesterday that he still backs a shared-cost basic pharmacare program, and said Ottawa is interested in discussing the creation of a national list, or formulary, of covered drugs, and possible centralized buying by Ottawa.

Charest walks fine line:
Quebec premier can talk tough about provincial rights on health care, but he also needs money from Ottawa
Don Macpherson
The Montréal Gazette September 9, 2004 Thursday
There can be such a thing as too much transparency in politics. Some things are best done behind closed doors. And one of these things is negotiation, especially among politicians.
Negotiations behind closed doors among "11 white men in suits" got a bad name during the talks among the prime minister and the premiers that produced the ill-fated Meech Lake constitutional accord in 1987.
But there are still those of us who think Quebec and Canada would both be better off had the Meech Lake accord not been pulled apart once it saw the light of day.
And that compromise could only have been reached in private, among politicians freed from the need to posture, able to make concessions and trade-offs without fear of losing face.
Or, if you're not a big fan of Meech Lake, consider that all the other important federal-provincial agreements in recent history were concluded off-camera, even if they started in public.
Prime Minister Paul Martin must be ignorant of history, for the first-ministers conference on health he has called for next week is to be televised. Or perhaps he has made the Machiavellian calculation it will be easier for him in public to break the fragile consensus among the provincial and territorial premiers and show leadership by imposing his own priorities.
He is already moving to separate those premiers who merely want more money from those such as Jean Charest of Quebec who also want it without any strings attached.
Yesterday, it was reported Martin will sweeten his election promise of $9 billion in increased health transfers to the provinces over five years to $12 billion over six years. In addition, he would throw in another $1.3 billion in the equalization payments Ottawa makes to all but the two richest provinces, Alberta and Ontario.
This would address the fear expressed by Charest and other premiers that Ottawa might cut equalization payments while increasing health transfers, thus taking away with one hand what it gives with the other.
But there's a catch: While the provinces receiving the equalization payments would be free to spend that money as they wish, Ottawa would dictate how they would allocate the increased health funding.
If Martin is ignorant of the history of televised first-ministers conferences, Benoit Pelletier, a professor of constitutional law before he became Charest's minister for Canadian intergovernmental affairs, is not.
"There is necessarily a certain number of discussions that must take place among first ministers speaking very frankly to each other," Pelletier said this week. "Sometimes, meeting behind closed doors favours compromise, which great televised debates or events don't always allow."
Pelletier's boss, however, left himself no wiggle room on the question of provincial jurisdiction over health. While Charest avoided putting a dollar figure on how much money Ottawa must transfer to Quebec in order to satisfy him, he categorically rejected any possibility of Quebec having to justify to Ottawa how it spends any increased health funding.
"Accountability isn't a problem," he said. "We're accountable to Quebec citizens, to the National Assembly. ... Let's be clear: The only people to whom we're accountable are the population of Quebec."
Charest also shrugged off the inhibiting effects of televised meetings. "I say publicly what I say privately," he said.
Brave talk, especially so near to a meeting at which he will have to back it up. Charest has painted himself into a pretty tight corner.
The needs are in the provinces but the money is in Ottawa, Bernard Landry used to say when he was premier. And money is power.
The real test for Charest will come if Ottawa puts an offer of extra cash, but with strings attached, on the table and tells the provinces to take it or leave it. Except for Alberta, all the provinces are having trouble meeting rising health costs without sacrificing the rest of their budgets. In addition, Charest's government is especially unpopular. And the priority for Quebecers, as it is for other Canadians, is health care, not arcane disputes over questions of constitutional principle.

Dix ans de solitude
Michel David
Le Devoir jeudi 9 septembre 2004
Dimanche, il y aura dix ans que Mario Dumont a pour la première fois été élu député de Rivière-du-Loup. Dix longues années presque seul à l'Assemblée nationale.
On pourrait épiloguer longuement sur les raisons qui ont fait en sorte qu'après avoir atteint des sommets dans les sondages, l'ADQ est presque revenue à la case départ aux élections d'avril 2003. La question est plutôt de savoir ce qui fait encore courir son chef.
Idéalement, Mario Dumont devrait imiter André Boisclair, qui en arrivé à la conclusion qu'un ressourcement était nécessaire à la réalisation de ses ambitions. Les circonstances ont voulu que M. Dumont entre lui aussi en politique à un âge où il aurait normalement dû poursuivre des études universitaires.
Quand il s'était insurgé contre la mise au rancart du rapport Allaire, Robert Bourassa avait même essayé de l'acheter en lui offrant les moyens de fréquenter une université américaine. Son refus de se laisser museler lui avait valu l'estime des Québécois, qui avaient admiré son courage et son indépendance d'esprit. En avril 2003, ils lui ont toutefois signifié qu'ils n'étaient pas pour autant disposés à lui donner carte blanche.
S'il s'était accordé plus de temps pour réfléchir au lieu de se lancer à corps perdu dans la conquête du pouvoir, il aurait peut-être montré plus de discernement face à ces gourous de droite qui lui ont fait avaler leurs salades. Ses hésitations et ses volte-face à répétition ont donné l'impression que lui-même n'avait aucune conviction, simplement de l'ambition.
***
Le chef de l'ADQ n'a malheureusement pas le loisir de prendre temporairement congé de la politique. Quand il rentrera de Harvard, André Boisclair n'aura pas de mal à retrouver une place au PQ, que ce soit dans Gouin ou ailleurs. Si Mario part, il n'y a plus d'ADQ. À moins de vouloir réorienter complètement sa carrière, il est condamné à continuer.
Le qualificatif «opportuniste» est celui qui revient le plus souvent quand il est question de lui. Son association avec la Fondation Scorpion et sa croisade en faveur de la station radiophonique CHOI, véritable plaie des ondes, n'en sont que les plus récentes et les plus désolantes des manifestations.
Il y a cependant une qualité qu'on doit lui reconnaître: la persévérance. Il faut également être très solide psychologiquement pour ne pas avoir été définitivement abattu par la sévère défaite d'avril 2003. Là encore, il y a un parallèle à faire avec Robert Bourassa. À cette différence près que l'ancien premier ministre n'a jamais connu pareille solitude.
Tout autre que lui en aurait assez de «faire la 20», semaine après semaine, alors que l'horizon semble toujours aussi sombre. Un de ceux qui l'ont côtoyé tout au long de cette période a cru trouver dans ses gènes paysans l'explication de sa remarquable patience. Ce fils de Rivière-du-Loup accepterait les vicissitudes de la vie politique avec la même sérénité que ses ancêtres ont cultivé la terre. À chaque jour suffit sa peine.
***
Pour l'instant, il consacre toute ses énergies à l'élection partielle dans Vanier. Par le passé, l'ADQ a démontré qu'elle peut obtenir de bons résultats quand le champ de bataille est bien circonscrit. Ses chances de victoire le 20 septembre sont excellentes.
La deuxième étape sera le congrès des 24 et 25 septembre, qui devrait permettre d'amorcer un certain recentrage du discours adéquiste. Au cours de la dernière année, M. Dumont a renoué avec les positions autonomistes dont il s'était imprudemment éloigné dans son discours de Toronto. Il ne s'agit plus que de trouver un nouvel emballage à la «troisième voie», dont le but est précisément de n'en choisir aucune.
Certes, l'ADQ restera un parti de droite. Il est cependant permis de croire que l'ancienne députée de Berthier, Marie Grégoire, qui préside la commission politique, fera en sorte de la débarrasser de ce détestable parfum idéologique qui a indisposé une bonne partie de l'électorat.
Mario Dumont fera ensuite ce qu'il fait depuis dix ans: attendre. Le PQ et le PLQ semblent actuellement engagés dans un concours visant à déterminer lequel arrivera le mieux à se tirer dans le pied. Si les «purs et durs» réussissent à entraîner le PQ dans une fuite en avant, les nationalistes modérés chercheront un autre asile.
Si c'est plutôt Jean Charest qui conduit son parti à sa perte, il sera promptement mis à la porte. Sait-on jamais, certains soupçonnent encore M. Dumont de ne pas avoir renoncé à diriger son ancien parti, qui est enfin devenu aussi conservateur que lui.
mdavid@levoir.com

Commission Gomery :
Sheila Fraser étale les exemples de mauvaise gestion des commandites
Isabelle Rodrigue
Le Devoir jeudi 9 septembre 2004
pc Ottawa - «Nous n'avons pas trouvé de pièces justificatives.» Cette phrase, plutôt simple, peut résumer la deuxième journée du témoignage de la vérificatrice générale, Sheila Fraser, et de son équipe devant la commission d'enquête sur le programme des commandites et des activités de publicité.
Pendant la majeure partie de la journée, les vérificateurs ont passé au crible des exemples précis de commandites, histoire de donner un aperçu de la gestion du controversé programme et d'établir les bases factuelles entourant toute l'affaire. Généreuses commissions versées sans raison apparente et parfois pour des événements nébuleux, possibilité de double facturation, destruction des factures reliées à la commandite du 125e anniversaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), contrat fictif ou inexistant: les vérificateurs ne manquaient pas d'exemples de mauvaise gestion des commandites.
La commission a d'ailleurs consacré de nombreuses minutes à décortiquer l'exemple du 125e anniversaire de la GRC, avec des problèmes qualifiés de «petites erreurs comptables» par les vérificateurs de la force policière. Cette description, rapportée devant la commission, a fait sortir le juge Gomery de sa réserve.
«J'ai des difficultés avec cette expression de "petites erreurs comptables", a souligné le commissaire. Je trouve qu'elle banalise une réalité plus grave.»
À maintes reprises, aux questions du procureur de la commission, Mme Fraser et ses adjoints n'ont pu expliquer les agissements des agences de publicité et des fonctionnaires responsables. Ils ont dû se contenter de ramener le juge John Gomery et les procureurs à une réalité: les trous béants dans les dossiers de commandites du gouvernement et les questions que de telles absences soulèvent.
Lentement, avec minutie et rigueur, les vérificateurs ont dévoilé peu à peu le travail réalisé en 2002 et 2003 qui leur a permis d'en arriver au rapport dévastateur déposé en février 2004. Ce rapport accablant est à l'origine de la création de la commission, qui a entrepris, mardi, ses huit mois d'audiences publiques.
Les travaux de l'enquête permettent d'ailleurs d'avoir accès aux documents de travail de l'équipe du bureau de la vérificatrice, une occasion plutôt rare. Les comptes rendus d'entrevues et les documents qui constituent la base factuelle d'une vérification demeurent toujours secrets, à moins qu'un tribunal n'impose leur production.
Les milliers de pages de documents que la vérificatrice générale a produites devant la Commission et qui sont désormais publiques permettent de jeter un oeil derrière le rideau de son enquête, avant que celle-ci n'ait éclaté au grand jour.
On y retrouve, par exemple, les comptes rendus des entrevues réalisées avec les principaux acteurs pendant la vérification.
Les fonctionnaires de la petite équipe du programme de commandites affirment que le directeur du programme, Charles Guité, était en charge de tout. Ils soulignent le caractère «secret» des opérations et l'aspect hautement politique du programme.
Dans certaines entrevues, des fonctionnaires affirment que le cabinet du ministre des Travaux publics de l'époque, Alfonso Gagliano, était consulté. Il y avait des «discussions régulières par téléphone et des rencontres avec le cabinet du ministre concernant le statut des dossiers en cours, les relations médias, les paiements et les représentations gouvernementales concernant les projets approuvés», peut-on lire dans le résumé de la rencontre entre Isabelle Roy, une fonctionnaire travaillant à l'époque pour le programme, et les enquêteurs du bureau de la vérificatrice.
L'ex-ministre Gagliano a toujours nié avoir joué un rôle dans le processus de décision du programme de commandites et refuse d'endosser toute responsabilité dans l'affaire. Devant le comité parlementaire des comptes publics, il a déclaré que c'était sous sa gouverne que les premières améliorations avaient été apportées. C'est ce qu'il a fait valoir à Sheila Fraser lorsque cette dernière l'a rencontré, en août 2003, à Copenhague où M. Gagliano occupait ses fonctions d'ambassadeur au Danemark.
À la vérificatrice, M. Gagliano a déclaré qu'il croyait que la vérification interne qu'il avait demandée n'allait pas assez loin et «qu'il en apprenait plus en lisant le Globe and Mail».
L'ex-ministre en avait aussi profité pour jeter le blâme sur Charles Guité. «M. Gagliano croit que Charles Guité a pris une retraite hâtive parce qu'il posait trop de questions», lit-on dans le compte rendu de l'entrevue.
Dans ce même entretien, Alfonso Gagliano reconnaît que les objectifs du programme étaient louables puisqu'il fallait contrer les efforts des souverainistes et que, par conséquent, le fédéral ne pouvait trop publiciser les commandites.
Les documents du bureau de la vérificatrice contiennent également une série de vérifications internes produites entre 1996 et 2003 au sujet du programme de commandites et de la publicité. La vérification réalisée à l'automne 2003 par la firme Kroll Linquist Avey comporte le compte rendu d'un entretien avec Pierre Tremblay, qui a pris la relève de M. Guité comme gestionnaire du programme de commandites en 2001. Depuis le début du scandale, M. Tremblay refuse de commenter publiquement et a décliné l'invitation du comité des comptes publics pour des raisons de santé.
«M. Tremblay a déclaré que des erreurs administratives ont pu être commises et que des transactions loin d'être parfaites ont pu être faites, mais jamais il n'était le seul gestionnaire impliqué [...]. Il a affirmé que sa conscience est tranquille puisqu'il n'a jamais détourné de fonds publics ou volé quoi que ce soit», rapportent les vérificateurs dans leur rapport.
M. Tremblay a beau se défendre, le rapport conclut tout de même qu'il «a fait preuve de laxisme et d'un manque de rigueur inacceptable pour un gestionnaire de ce niveau».
La commission Gomery poursuit ses travaux aujourd'hui avec le contre-interrogatoire de Mme Fraser effectué par les avocats des parties représentées.

Canada's new ambassador to UNESCO under fire for 'reckless' anti-Israel views
RhéAl SéGuin
The Globe and Mail Thursday, September 9, 2004
Quebec PQ - The Canadian Jewish Congress says the Canadian government made a mistake in nominating Yvon Charbonneau as ambassador to a United Nations agency because of his "reckless" and "irresponsible" anti-Israeli views.
Mr. Charbonneau was appointed last month as Canada's ambassador to the Paris-based United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization (UNESCO).
CJC national president Ed Morgan stopped short of calling Mr. Charbonneau an anti-Semite, but said members of the Jewish community are upset over the newly appointed ambassador's criticism of Israel in the past.
"His comments were so harshly anti-Israel that they could not possibly count as representative of Canada's position in an international institution," Mr. Morgan said yesterday. "The sort of polemical and one-sided Israel bashing that he was engaged in some 20 years ago has given rise to an atmosphere of gross anti-Israelism and anti-Semitism across the world."
Mr. Morgan referred to remarks made by Mr. Charbonneau when he was president of the Quebec teachers federation. In the late 1970s, Mr. Charbonneau accused a Montreal Jewish businessman of being an "economic terrorist," and in 1983, he directed union members to put up posters in schools condemning the "genocidal war of the Israeli government."
In recent speeches in the House of Commons and in his riding, Mr. Charbonneau's pro-Palestinian remarks, coupled with criticism of Israeli policies, further upset the Jewish community.
Yesterday, the CJC requested a meeting with Mr. Charbonneau in Paris. Mr. Charbonneau was unavailable for comment, but according to one source, he will act swiftly to clarify his position with the Jewish community.
A spokesperson for the Prime Minister's Office defended the appointment, insisting that Mr. Charbonneau has "extensive experience that makes him well-placed to fulfill the role of Canada's ambassador to UNESCO."
Relatively unknown in the rest of Canada, Mr. Charbonneau remains a controversial figure in Quebec. The former union leader was an avowed Marxist-Leninist who was jailed in the 1970s along with two other union leaders for defying former premier Robert Bourassa's government. He was an anti-capitalist separatist, a fiery ideologue who fought, with all his might, the federalist business establishment, which he would later join without a scruple in the early 1990s. He was elected as a Liberal in 1994 to the Quebec National Assembly, and in 1997 won a seat as part of Jean Chrétien's Liberals in Ottawa, where he remained until quitting politics before last June's federal election.
The CJC contends that if in the past Mr. Charbonneau was able to change his views on Quebec issues, he may be convinced to do the same on Israel.
"We are hopeful that he will be open-minded," Mr. Morgan said.
TRIBUNE LIBRE

TRIBUNE LIBRE
Que le monde préfère Kerry à Bush est sans importance
René Marcel Sauvé
TRIBUNE LIBRE 9 septembre 2004
Que le monde préfère Kerry à Bush est sans importance en autant que je suis
concerné. Ce qui importe pour nous, c'est ce qui est en train de se passer
aux États Unis. La déchirure est réelle et les conséquences à prévoir sont
redoutables.
Kerry est une nature faible, un homme dont une femme peut dire de lui:"C'est
moi qui l'a fait. Sans moi, il ne serait rien du tout". Il est monsieur
Heinz.
Ce genre d'homme était assez fréquent chez les officiers de l'armée, hommes
dépendants qui n'avaient rien pour eux-mêmes et se cherchaient des femmes
riches pour les faire vivre. C'était pendant l'époque glorieuse de
l'histoire des États Unis, époque des conquêtes territoriales et
commerciales, alors que les Américains ont grugé l'Empire britannique et
tenté de construire leur monopole dans le Pacifique. Dans ces conditions,
les régimes se cherchent des officiers inoffensifs, qui font ce qu'on leur
dit de faire, en commençant par faire du charme, beaucoup plus important que
les armes. Ne riez pas, je suis sérieux.
C'était également pendant l'époque du déclin de l'Armée impériale
britannique, qui exigeait encore de ses officiers qu'ils possèdent une
panoplie dispendieuse d'uniformes divers et aussi de tenues de ville, pour
de multiples occasions sociales, plus importantes que l'armée et la
guerre.Il ne fallait s'habiller nulle part ailleurs que chez Saville Row, le
grand ami de l'officier et de l'aristocrate, officiers de l'Armée canadienne
compris, si vous voulez être remarqué et considéré. Et n'oubliez surtout
pas de passer à la caisse ou signer un billet promissoire.
J'ai connu un général de l'Armée canadienne, un des meilleurs, issu d'une
famille prolétarienne, qui a passé sa carrière dans les dettes contractées
chez Saville Row. Bien sûr, on vous fait crédit mais à la condition d'avoir
le nom de votre officier commandant. Et ne manquez pas un seul paiement.
Tout ceci pour dire comment il est important d'avoir de l'argent personnel
pour faire une belle carrière dans l'armée et à défaut, de se trouver une
femme riche qui vous mettra au monde, non seulement dans votre carrière
militaire mais également dans la politique impériale.
Remarquez que les officiers allemands issus de la bourgeoisie de la
saucisse, de la bière et de l'acier s'habillaient également chez Saville Row
à Londres, les commandes passant par la Suède, même en temps de guerre. Les
affaires sont les affaires. Il faut bien être beau pour faire belle carrière
n'est-ce-pas?
Beaux brummels en uniforme, un peu maniérés sur les bords, plusieurs
officiers de cette époque plaisaient aux femmes de la "haute" en mal de
compagnie. Les somptueux mariages n'ont pas manqué et je classe John Kerry
dans cette catégorie, ayant déjà bien connu le genre, chez la génération
d'officiers qui m'avaient précédé. C'est du moins l'impression que j'en ai
lorsque je lui regarde la face. Je peux me tromper bien sûr.
J'en ai connu plusieurs au Royal 22e Régiment, mais ne dites à personne que
je viens de vous confier un secret militaire bien gardé.
Prolétaire, fils d'un mécanicien du textile, originaire de Saint Henri à
Montréal, arrivé dans l'armée pendant une période de transition, le temps de
profiter de l'ancien système était terminé lorsque j'ai été commissionné par
Sa Majesté Georges Vl, le 1er décembre 1948.
Mais il fallait encore beaucoup d'argent personnel pour devenir et rester
officier. Résultat, je me suis retrouvé moi aussi continuellement dans les
dettes par dessus la tête, avec une femme venue d'une famille de
travailleurs du textile, la même classe socio-économique que moi, bien
qu'originaire d'Angleterre, et, une bande d'enfants. Les temps avaient
changé. L'armée se prolétarisait par la force des choses, mais elle ne
s'adaptait pas aux nouvelles exigences. Sans doute, il aurait fallu que je
fasse comme d'autres officiers et épouse une femme riche mais je ne suis pas
le genre à devenir le Monsieur de Madame.
Revenons à nos moutons.
Bush est l'homme de l'Establishment, le serviteur des oligarques, qui
disent en parlant du Président:
"George aint much but he does what he is told". (George n'est pas grand
chose mais il fait ce qu'on lui dit de faire), ce qui n'est pas du tout un
compliment.
Pour moi, c'est l'Establishment qui va gagner, parce qu'il possède un
contrôle quasi absolu sur les communications, tout comme l'Establishment
canadian concentré à Toronto possède un contrôle quasi absolu sur les
communications partout au Canada et au Québec. Avec l'arrivée en force de
l'Internet, cependant, ce contrôle est maintenant menacé.
Je crains une guerre civile aux États Unis si Bush l'emporte. Et je ne suis
pas le seul à le voir de cette manière.
À suivre de très près. Ne manquez rien.

TRIBUNE LIBRE
Un seul festival du film d’importance à Montréal
Sylvio Le Blanc
TRIBUNE LIBRE 9 septembre 2004
J’espère que l’équipe Spectra, qui se trouve derrière le Festival de jazz de Montréal, ainsi que Daniel Langlois, le mécène d’Ex-Centris (et peut-être aussi un peu le «deus ex machina» du Festival du nouveau cinéma, dirigé par Claude Chamberlan), sauront convaincre la SODEC et Téléfilm Canada de les laisser organiser le prochain Festival des films du monde de Montréal (FMM), en remplacement de l’obstiné Serge Losique, qui est en train de le couler.
J’espère aussi qu’ils fusionneront en un seul les deux festivals déjà cités, et qu’ils feront les yeux doux aux Rencontres internationales du documentaire. Car, dans une ville moyenne comme Montréal, il n’y a aucune raison pour que ces trois festivals existent côte à côte. C’est une perte d’argent et d’énergie. Il faut s’inspirer du gros Festival de Cannes, qui présente à peu près de tout dans ses sections «Longs métrages», «Courts métrages», «Un certain regard», «La caméra d’or», «Cinéfondation», «Cannes Classics» (sic).
Si cette fusion se concrétisait, le nouveau festival (qui pourrait s’appeler tout simplement : «Festival du cinéma de Montréal») deviendrait l’un des plus prestigieux au monde, à condition de privilégier la qualité au lieu de la quantité, comme à Venise. Une des raisons pour laquelle les salles sont de plus en plus désertées au FMM, c’est que les cinéphiles sont trop souvent déçus. Ils font de moins en moins confiance aux sélectionneurs. Les films ont beau venir d'Ouzbékistan ou avoir été réalisés par Wim Wenders, s’ils ne sont pas bons, il n’y a rien à faire.
Je rêve peut-être en couleur, mais j’aimerais voir un seul et même festival se tenir simultanément au Québec, en France, en Belgique et en Suisse. Pour faire bloc, certains films, comme ceux en compétition, pourraient être projetés en même temps dans les quatre villes choisies (malgré le décalage horaire). Le jury changerait de pays à chaque année. Un festival qui serait d’abord et avant tout destiné aux cinéphiles. Et avec les moyens dont il disposerait, peut-être verrait-on enfin la totalité des films en français.
On sait que Daniel Langlois rêve de projeter des films partout dans le monde par satellite interposé. Et si on commençait par un festival intercontinental.

TRIBUNE LIBRE
Version «originale» italienne
Sylvio Le Blanc
TRIBUNE LIBRE 9 septembre 2004
Le 7 septembre, Télé-Québec a fait un piètre choix en présentant le film «Teorema» («Théorème») dans sa version italienne sous-titrée en français. On devait pourtant savoir que tous les acteurs – en commençant par l’Anglais Terence Stamp, qui ne parle pas italien – ont été postsynchronisés (les voix sont réenregistrées en studio). Une technique fort prisée des Italiens, mais à laquelle ils n’accordent aucun soin, contrairement aux Français. Qu’en a-t-il résulté? Une version «originale» italienne pitoyable, se traduisant par un asynchronisme constant du mouvement des lèvres et des syllabes entendues, et par un son ambiant factice. Bref, un désastre sonore.
Plusieurs préfèrent les versions originales sous-titrées à celles doublées, pour la couleur locale et tutti quanti. Soit. Mais où résident l’avantage et le plaisir si le film n’est pas tourné en son direct?
La version doublée en français de «Teorema» existe pourtant[1] (qu’on ne vienne pas rétorquer qu’elle est indisponible), que j’ai vue déjà. En gommant tous les défauts de la postsynchronisation italienne, celle-ci apporte une plus-value artistique au film, et nous libère du fastidieux exercice de lire les sous-titres sur un petit écran, en nous laissant nous concentrer sur les images, dans leur entièreté. En outre, le texte du scénariste et réalisateur Pier Paolo Pasolini (d’abord un poète) est meilleur entendu de la bouche de comédiens français chevronnés que lu, les sous-titres étant toujours succincts.
Je pense que TQ – qui doit bien voir à ses cotes d’écoute par les temps incertains qui courent pour elle – se trompe en estimant que ses téléspectateurs apprécient davantage le sous-titrage au doublage. Idem pour Artv.
Cela dit, viendra un jour, j’espère, où il sera possible pour les téléspectateurs de choisir eux-mêmes la version qu’ils préfèrent. Quelqu’un voudra se farcir un doublage québécois, aucun problème.
Bien entendu, les chaînes télé doivent continuer de présenter les bons films qui ne peuvent se payer un doublage. Vaut mieux voir un bon film sous-titré que de ne pas le voir du tout.
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[1] http://www.rcq.qc.ca/RCQ211RechercherFilm.asp?txtMode=NOUVEL

TRIBUNE LIBRE
Le bras d’honneur pour Jack Valenti!
Sylvio Le Blanc
TRIBUNE LIBRE 9 septembre 2004
Jack Valenti, président de la Motion Pictures Association of America pendant 38 ans, vient d’être élevé au rang de commandeur de la Légion d’honneur par la France. Incroyable!
J’imagine le vieux salaud riant sous cape et disant à soi-même au moment de recevoir les honneurs des mains de Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture et de la Communication : «I adore the French. Ils me décorent, moi qui aie été le porte-étendard musclé du cinéma hollywoodien partout dans le monde, l’ennemi juré des autres cinématographies et le plus grand opposant à la notion de «l’exception culturelle». On raffole tellement de notre cinéma ici qu’on nous consacre même un festival (Deauville). Décidément, vive la France!»
On se souvient que Sylvester Stalonne avait reçu semblable honneur il y a quelques années, lui qui n’a réalisé que de détestables films, martiaux, «reaganiens». À quand la Légion d’honneur pour Charlton Heston et les Bush?
La France ne devrait pas s’abaisser à distinguer des réactionnaires, surtout ceux venant d’un pays qui n'aime les Français que frits.
