«« Affaire Morin

M. Lester «oublie» pratiquement tout ce que j’ai publié dans Vigile!

Claude Morin
Vigile 2.10.01

(Note: les citations sont en caractères gras)

Bizarre! Je m’attendais à ce que M. Lester réagisse aux erreurs, lacunes et contradictions que j’ai découvertes dans son livre et consignées dans la quarantaine de pages diffusées par Vigile. J’imaginais qu’il tenterait de me prendre en défaut, au moins sur mes constatations les plus importantes.

Non. Il se limite à ce qu’il appelle quelques brèches dans ma défense. Sur tout le reste, qui est considérable, silence impressionnant!

Cette retenue me paraît d’autant plus significative qu’il nous confie ceci: Je n’ai jamais affirmé connaître le fin fond de l’histoire [des] accointances [de Morin] avec la GRC. Je n’ai jamais prétendu avoir écrit le texte définitif sur la question. Je rapporte ce qu’on m’a dit, ce que j’ai pu confirmer, et ce que je n’ai jamais pu démêler. Je n’ai pas la clé de l’énigme Claude Morin. (Déjà, à la page 167 de son livre de 1998, M. Lester avait eu ces mots révélateurs: Jusqu'ici, je n'ai jamais pu faire corroborer ces histoires...).

Notre enquêteur avoue donc, aujourd’hui, n’être pas trop sûr de son affaire. Pourtant, c’est sur des suppositions saupoudrées d’incohérence, et malgré l’évidence, qu’il a fondé l’odieuse thèse selon laquelle, soumis à un chantage fédéral, j'aurais agi contre le Québec et contre le gouvernement dont j'ai été successivement sous-ministre et ministre!

Je ne lui reproche pas seulement de ne pas m’avoir donné le bénéfice du doute, comme il dit. Je lui reproche aussi, et surtout, sa gigantesque injustice à mon endroit. À ses insoutenables interprétations, j’oppose et opposerai toujours, parce que je suis en mesure de le faire et qu’il y a quantité de témoins, le sens réel et l’authentique motivation de ma vie politique, de mes prises de positions, de mes déclarations, de mes écrits. Car ce que j’ai fait, ou essayé, pendant des années, de réaliser pour le Québec, avec les moyens que j’avais et ceux que je m’efforçais de construire, est et restera toujours démontrable.

Mais ce que M. Lester laisse entendre que j’aurais fait contre le Québec et son gouvernement ne sera jamais démontrable. Non pas parce que les preuves sont difficiles à glaner ou qu’elles seraient occultées par Dieu sait quelles officines secrètes dont notre fureteur présume constamment et commodément l’action, mais simplement parce que les actes anti-Québec dont il a décidé de m’accuser (accuser est le bon mot) n’ont jamais eu lieu.

Venons-en à ses quelques brèches et à d’autres points du même genre:

1) En février 1999, quand j’ai envoyé à M. Lester mon analyse de son livre, je lui ai écrit ceci (c’est dans Vigile): «N'accusez pas réception de mon texte. Ne m'appelez pas pour me poser des questions; vous auriez pu -- et dû -- y voir avant. Ne m'envoyez pas vos commentaires. Ni vos regrets.»

Je m’adressais à un calomniateur qui n’avait pas jugé opportun, avant de la développer dans un livre, de vérifier entre 1992 et 1998 son invraisemblable thèse auprès du principal intéressé.

Il dit maintenant que je lui ai alors enjoint de ne pas répondre à mon analyse. Et il s’est soumis... Attention: s’il avait pu la démolir, ne m’aurait-il pas immédiatement désobéi? À sa place, je l’aurais fait si j’avais eu de bonnes raisons. Il est resté coi.

2) La solution à l’affaire Morin ne sera probablement connue que lorsque les chercheurs pourront consulter son dossier dans les archives fédérales canadiennes.

Expédient typiquement lesteresque qui a beaucoup servi dans son livre. C’est comme ça avec lui. Il y a toujours quelque part un dossier confidentiel que personne n’a vu, mais qui existerait peut-être. Et qui, prétend-il, confirmerait ses illuminations.

3) Sa vérité était à géométrie variable. M. Lester parle de mes interventions médiatiques. Or, à la radio, à la TV et dans mes écrits, j’ai toujours dit la même chose en 1992 et depuis. Mais, notre expert devrait s’en douter, on ne me posait pas chaque fois les mêmes questions. Tantôt, je devais développer tel point. Tantôt, un autre. S’il n’a pas saisi cela, je n’y peux rien.

4) Selon M. Lester, [Morin] savait que, depuis au moins douze ans, la rumeur courait au sujet d’une zone grise dans sa vie. Faux. Ensuite, il ajoute que la nouvelle de 1992 me concernant était connue de dizaines sinon de centaines de personnes. Dans quel monde vit-il? Si tel avait été le cas, la nouvelle serait sortie bien avant qu’il ne la propulse sous forme de scoop.

5) [Yves] Michaud, qui se dit parfaitement au courant des contacts de Morin avec la GRC, affirme qu’elles (sic) se sont maintenues jusqu’à son départ du Gouvernement en 1981. Je vois mal comment M. Michaud aurait pu s’exprimer ainsi. Je ne lui avais jamais parlé de la démarche de la GRC.

6) Je ne sais pas si M. Lester lit beaucoup, mais il ne semble pas toujours comprendre les textes. Selon lui, j’aurais tenté de devenir membre des services secrets en 1951 et j’aurais eu des rencontres furtives avec certains de ses agents alors [que j’étudiais] à Laval. La première allégation est une invention réfutée, noir sur blanc, dans mon livre Les choses comme elles étaient (page 96, 2e paragraphe) où il a d’ailleurs puisé ses «révélations». La seconde travestit un événement anodin en comportement suspect et prolongé (pp. 71-72, même livre).

7) Réflexe de journaliste? M. Lester voit deux scoops dans mes documents de Vigile: j’ai rédigé des notes personnelles et je suis en possession de l’enregistrement audio fait par Mme Lagacé (qui, en passant, se fait appeler Legacy dans son site internet!). À propos des notes, il ajoute aussitôt qu’après tout [elles] ne sont que [ma] version [des] rencontres en catimini avec la GRC, et [Morin] n’est pas un témoin impartial. Autant dire d’avance qu’il les juge fausses. Et ce monsieur voudrait que je les publie... Quant à l’enregistrement, encore une fois M. Lester comprend mal ce qu’il lit: je n’ai jamais écrit que je l’avais, mais que je savais où il était, ce qui n’est pas la même chose. Cet enregistrement ne m‘appartient donc pas.

8) Claude Morin a-t-il transmis des informations politiques significatives au Service de Sécurité de la GRC et a-t-il recueilli des renseignements utiles au Parti Québécois? Réponse à la première question: non (voir page 405 de Les choses comme elles étaient). À la deuxième: oui.

9) Dans cette affaire, je n’ai été que le porteur de la mauvaise nouvelle. [Morin] tire sur le messager. Modestie déplacée quand on pense à la réputation que M. Lester s’est acharné à me fabriquer à partir de ses supputations.

Fin de mes observations. Pour le reste, j’invite les lecteurs à consulter les textes de Vigile et les références qu’ils contiennent. Je n’ai rien à y changer. On y trouvera les réponses aux points que je n’ai pas cru utile d’aborder ici. C’est déjà fait dans le site.

Claude Morin (mclm@videotron.ca)      Le 1 octobre 2001