«« Affaire Morin
Le troisième tome de la biographie
de René Lévesque par Pierre Godin
Ma loyauté totale et constante
envers le Québec
Claude Morin
Vigile 15.11.01
I - Appréciation générale
1) Mieux connaître Lévesque. Je veux féliciter M. Godin pour sa persévérance. Construire la biographie dun être comme Lévesque est tout un défi. Il y aura sans doute des gens pour interpréter le personnage autrement que lauteur ne le fait, mais je pense quil a réussi à le saisir. On peut toujours ajouter quelque chose à lanalyse (il y a des professeurs duniversité pour ça, et quantité de gérants destrade), mais rien de ce que M. Godin en dit nest, à mes yeux, contestable, au contraire. Son livre est intéressant et utile. Les Québécois ont besoin de ce genre de documents pour mieux sapproprier leur histoire.
2) Mieux voir la réalité. Les lecteurs devraient désormais comprendre que je nai jamais agi contre le Québec, comme le voudraient certaines hypothèses et extrapolations fantaisistes. Bien au contraire. On peut critiquer mes méthodes, mon style, ma personnalité, tout ce quon veut, mais les preuves qui ressortent de la relation des faits démontrent hors de tout doute ma loyauté totale et constante envers le Québec et son gouvernement. M. Godin apporte des éléments qui rendent désormais indiscutable cet aspect de la réalité.
3) Une nuance. La Presse du 21 octobre (page B3) dit: «Selon Pierre Godin, certains collègues de Lévesque cités dans le livre ont peut-être cherché à noircir Morin de manière à protéger limage du chef ». Cest vrai, et pas seulement des collègues. Les interprétations de ces gens, parfois mal informés, mais désireux de sembler lêtre, peuvent expliquer la présence, dans le livre, de quelques inexactitudes comme celles que je relève plus loin. Interviewées aujourdhui et vu le passage du temps, ces mêmes personnes sexprimeraient sûrement dune autre façon.
II - Le «personnage énigmatique»
À la page 471 du livre, on lit: «Quel personnage énigmatique, que ce Claude Morin!». Cette appréciation nest pas vraiment juste, je crois, mais elle est explicable.
Mes occupations ont souvent eu un caractère «énigmatique» dans la mesure où, pendant les années 1960, elles portaient sur un domaine nouveau dans notre horizon collectif jusque-là assez paroissial. Je parle des relations internationales du Québec, une anomalie dans un régime fédéral. Il nétait pas toujours possible ni souhaitable de rendre publiquement compte des méthodes suivies et des buts recherchés, justement parce que les fédéraux étaient à laffût et quen matière diplomatique la réserve est de mise. La même remarque sapplique au domaine fédéral-provincial ou constitutionnel où une transparence béate peut être synonyme déchec à venir. Dans un État souverain, ces comportements discrets propres aux relations entre gouvernements sont compris et admis. Dans une province, ils constituaient aux yeux de certains une déroutante innovation.
Quand jai adhéré au PQ, javais huit ans et demi dexpérience comme sous-ministre, mais le fait davoir «travaillé pour des fédéralistes» pendant si longtemps a bizarrement paru équivoque aux yeux de certains dont la méfiance sest aggravée lorsque jai proposé linsertion du référendum dans le programme du PQ en 1974. Qui plus est, on a vite vu que jétais près de Lévesque, phénomène compréhensible car, malgré nos gigantesques différences de tempérament, les réflexes naturels de Lévesque sur les grandes orientations politiques correspondaient aux miens. La bonne entente qui régnait entre nous - ajoutée au fait que, des années durant, jétais resté dans un poste de confiance relevant de quatre premiers ministres successifs, nonobstant les changements de parti et les aléas des dossiers --, tout cela a pu inciter quelques rares personnes à croire que je devais disposer dune redoutable aptitude à la manipulation!
Il mest en outre arrivé de faire preuve dune désinvolture (relative, tout de même) peu fréquente chez les politiciens. Aussitôt devenu membre du parti en 1972, jai entrepris de mettre de côté des arguments péquistes courants que lévolution de la réalité avaient rendus obsolètes. Jai aussi proposé des approches et des interprétations qui ont peut-être indisposé des militants. Par exemple, conférencier à lextérieur du Québec ou lors de rencontres avec des personnalités étrangères, jai pris sur moi (Lévesque également) de ne pas tenir compte des stipulations du programme du PQ en matière de défense nationale (il datait de la phase ultra-idéaliste du PQ naissant). Jai aussi pris des initiatives (GRC) quon ma reprochées par la suite, en oubliant les conditions de lépoque. Mon assiduité aux conseils nationaux du PQ nétait pas non plus exemplaire. Et ainsi de suite. De façon générale, je men suis toujours tenu à un principe daction: toute initiative qui peut faire avancer le Québec est bonne, mais cette règle pouvait heurter lorthodoxie du moment ou sembler contredire des dogmes familiers.
Ce comportement atypique ne provenait pas de Dieu sait quelle coquetterie ou dun complexe de supériorité. Il reposait tout simplement sur une considération déterminante qui a influencé toute ma conduite. Nayant aucune ambition politique à long terme, je ne me préoccupais pas de faire du lobbying ou dédifier des «réseaux» dinfluence au sein du parti. Et, surtout, même si la politique comme telle mintéressait, la conviction que je ny ferais jamais une longue carrière en tant quélu ma permis de prendre des risques: ainsi, en 1974, jai formulé ma proposition sur le référendum en me disant que si elle était rejetée, je me retirerais tout bonnement, ce dont je naurais pas été catastrophé. Lannée davant, quoique sachant que je serais défait, javais néanmoins été candidat dans Louis-Hébert, mais cétait pour aider Lévesque que jadmirais. En 1976, il était entendu dans ma famille et avec lÉNAP que, si jétais élu, je ne resterais en politique active que le temps de procéder au référendum. Comme il était exclu que jexpose mon assez étrange «plan de carrière» en annonçant partout que je nétais quun oiseau de passage et que, pour cette raison, certains rites me préoccupaient peu, des militants ont par conséquent dû se dire que mon comportement et mes initiatives prenaient racine dans une stratégie louche, guidée par un agenda inconnu du reste de lhumanité...
Chez nous comme ailleurs, il y a toujours des gens facilement portés à croire à lexistence quelque part dun état-major quelconque qui, incognito, tire des ficelles dans le sens de ses intérêts. (Voir Mythes et mythologies politiques, de R. Girardet, Seuil). Cest pourquoi, en politique, les explications prosaïques et véridiques savèrent souvent difficiles à «vendre» car ces personnes préfèrent a priori les interprétations plus romanesques, celles où, croient-elles, il reste toujours des volets cachés. Lorsque se produit un accident spectaculaire, la référence courante du public est le cinéma; on vient de le constater avec le World Trade Center: des gens interviewés répondaient que cétait «comme dans les films», rapport qui, pour eux, authentifiait en quelque sorte lattentat et en accroissait limportance; la fiction validait la réalité. Jai vécu ce phénomène à propos de la GRC. Chez plusieurs, la grille danalyse émanait de scénarios plausibles pour le cinéma; si ce que jexpliquais ne collait pas à ce quen raconterait un film, cest lhistoire du film qui nexistait pas quils privilégiaient!
Si certains aiment le romanesque, dautres ont besoin dexplications-capsules pour simplifier des événements complexes, ça arrive partout au monde. La recherche dune cause commode permet aussi, parfois, déviter des diagnostics pénibles. Ainsi, si on a perdu le référendum de 1980, ça devait être à cause de moi selon certains, même si jétais celui qui avait proposé ce genre de consultation. Autrement dit, jaurais contribué à faire élire le PQ en 1976 avec lidée dun référendum que je me suis ensuite arrangé pour lui faire perdre! Selon dautres, jaurais été recruté par la GRC dans les années 1960 pour devenir plus tard membre du PQ, me faire élire député, accéder au poste de ministre et, rendu là, nuire au parti et au Québec! Petit détail: ce «complot» aurait été ourdi à un moment où PQ navait pas encore été fondé... Dans le même esprit, il sen trouve pour croire que les négociations post-référendaires auraient tourné au désavantage du gouvernement québécois à cause de moi et parce que Lévesque, déstabilisé, venait dapprendre des choses à mon sujet. Or, lisolement du Québec sest produit à la suite de manoeuvres fédérales que jai analysées dans Lendemains piégés, et Lévesque na été informé de ce qui me concerne quaprès la conférence de novembre 1981.
Quand je réplique à des racontars comme ceux-là, je deviens nécessairement «énigmatique», non pas parce que jénonce des faussetés, mais pour trois raisons principales. La première est que mes arguments annihilent les légendes quon aime croire puisquelles sont plus «comme dans un film»; doù une résistance au fait que mon «histoire» nest plus aussi captivante quon laurait voulue.
Lautre raison prend sa source dans le décalage qui sintroduit fréquemment, en bonne partie à cause des médias, entre la réalité telle quelle est et les dimensions imaginaires que ceux-ci lui prêtent pour attirer lattention du public. Ce décalage est une source dincohérences chambranlantes, mais néanmoins médiatiquement attrayantes car elles donnent aux commentateurs et journalistes la possibilité presque illimitée davancer sur moi à peu près nimporte quelle hypothèse aussi longtemps quils veulent. Sauf que ces éclaireurs de lopinion deviennent victimes de leurs extrapolations et se retrouvent ensuite incapables de concilier leurs suppositions avec la réalité. Ainsi, pour ne citer que quelques illustrations, comment peut-on soutenir la prétention que jaurais nui au Québec avec le fait, démontré, quOttawa me considérait sa «bête noire»? Ou que je serais, au fond, un sympathisant fédéraliste, alors que jai écrit huit livres et des tas darticles, sans compter mes conférences et entrevues, pour combattre le régime et men prendre à ses thuriféraires? Ou que jaurais combattu lémergence internationale du Québec alors que les preuves historiques existent du fait que jen ai été un des artisans? Bien entendu, ces fins analystes pourraient voir là des absurdités insoutenables quun peu de réflexion et dinformation démolirait à linstant. Mais non, ils persistent, en dépit des faits et du bon sens, à y dépister des «énigmes» aguichantes. Pour que ce soit plus «comme dans un film»?
La troisième raison de mon «énigmatisme» tient à la situation dans laquelle se trouvent ceux qui ont eu, par chance ou hasard comme ça mest arrivé, à exercer des fonctions délicates. Ils doivent observer un strict devoir de réserve qui, dans mon cas, se double de lobligation morale où je suis de respecter la parole donnée et la confiance en ma discrétion dont certaines personnes mont fourni des preuves. Résultat net: sil mest loisible décrire abondamment sur mes expériences politiques ou sur des dossiers importants dont jai eu à moccuper, je ne me sens pas libre de tout dire, du moins publiquement. Ce qui, dans une certaine mesure, mempêche dutiliser des moyens qui mettraient fin, une fois pour toutes, à bien des supposées «énigmes». Mais je dois vivre avec cette contrainte, et je ne suis pas le seul.
III - Observations particulières
Voici maintenant quelques observations. Elles nont pas toutes la même importance et je laisse de côté divers détails.
1) Le livre peut donner limpression que jétais responsable de la stratégie du PQ pendant la campagne référendaire de 1980. Il faut introduire ici des précisions. Je suis évidemment responsable davoir fait modifier le programme du parti pour y inscrire le recours au référendum lors du congrès de 1974. Jai peu participé à la préparation de la loi sur les référendums, tâche qui relevait de Robert Burns. Sous la direction de Claude Charron, jai été, comme les autres ministres, impliqué dans la conception et le déroulement du débat en chambre sur la Question. Jai par contre beaucoup travaillé sur le Livre blanc sur la souveraineté-association, le rédacteur choisi ayant décédé. Vous connaissez mon rôle dans la rédaction de la Question: avec un groupe de trois conseillers (Louise Beaudoin, Louis Bernard et Daniel Latouche), jai préparé quelques projets de formulation, tous remis directement à René Lévesque. Quant à la stratégie, au contenu et à la publicité de la campagne référendaire proprement dite, elle relevait du cabinet du premier ministre (Michel Carpentier, Claude Mallette, Robert MacKay, etc.). Ma seule tâche particulière pendant la campagne référendaire fut de convaincre mon beau-frère, Félix Leclerc, de participer à une grande réunion pour le Oui à Québec (depuis une mésaventure en France, il sétait fait une règle de conduite déviter les assemblées politiques).
2) Pour ce qui est de ma démission au début de 1982, il est absolument authentique que je la préparais depuis quelques semaines, bien avant que je ne voie Lévesque à propos de mon avenir. Jai expliqué dans Les choses comme elles étaient (pp. 447-453) les démarches javais faites auprès de lÉNAP, y compris une dès lété 1980 annonçant à son directeur que je comptais reprendre lenseignement avant la prochaine élection québécoise. Plus tard, Louise Beaudoin, jusque-là la directrice de mon cabinet, sétait trouvé un autre poste à lintérieur de mon ministère. En octobre 1981, avant la fameuse conférence constitutionnelle, javais averti mes collègues des autres provinces que je quitterais la politique si notre front commun contre Ottawa seffondrait (p. 281 de Lendemains piégés). Dès le 6 novembre 1981, juste après lisolement planifié du Québec, jai écrit à tous mes collègues des autres provinces en des termes qui excluaient manifestement la poursuite dune carrière où il me faudait encore les fréquenter (ma lettre est en annexe au même livre). Et à la mi-novembre, javais pris contact avec le directeur de lÉNAP pour une réintégration au début de janvier 1982.
À cela sest soudain surajouté lincident Lagacé dans la troisième semaine de novembre. Sauf que ma décision était prise et Lévesque fut soulagé de lapprendre. En un sens, ça arrangeait tout le monde. Je voudrais cependant clarifier un point. Jai discuté de la date de mon départ avec Jean-Roch Boivin seulement, en plus de Lévesque. Je ne me souviens pas den avoir parlé avec Michel Carpentier ou avec un autre membre du cabinet du premier ministre. Mon contrat avec lÉNAP commençait au tout début de janvier 1982; il na jamais été question de septembre. Contrairement à une anecdote du livre, je nai jamais téléphoné «tous les jours» ni même une seule fois à Michel Carpentier pour faire retarder mon départ et «pour ne pas être trop privé de revenus»: je savais quen réintégrant lUniversité mes revenus seraient supérieurs à ceux dun ministre. Dailleurs, si javais vraiment voulu faire retarder mon départ, cest à Lévesque lui-même que je me serais adressé.
Jai écrit ce que le livre appelle ma «confession» pour protéger Lévesque. Jai préparé cette lettre avec Jean-Roch Boivin en pensant bien plus à Lévesque, lhomme que jai le plus admiré, quà moi. Celui-ci tenait à ce que ma lettre mentionne les mots «pour la première fois» parce que son souvenir de mes démarches antérieures était trop imprécis pour lui permettre de répondre correctement aux questions quon lui poserait si le tout atterrissait dans les médias («M. Morin ne vous a jamais parlé de cela avant?», etc.). Autrement, je naurais eu aucune raison décrire ces mots. Si je lai fait, cest à cause de ce que je viens de dire. Cependant, pensant à mes tentatives antérieures, laddition me tracassait puisque, en fait, javais déjà essayé de mettre Lévesque au courant. En revanche, comme cétait en 1981 quil venait de mécouter «pour la première fois» (en 1975, il sétait plutôt amusé de ce que jessayais de lui expliquer, ce que le livre mentionne), je me suis moralement senti autorisé à utiliser les mots en question.
À la télévision et à la radio, lauteur sest déclaré très étonné, voire renversé, du fait que je navais jamais parlé de laffaire avec Lévesque. Jaurais souhaité quil indique aussi, comme dans son livre, que javais pourtant essayé. Quoi quil en soit, la décision de ne pas en informer Lévesque a été prise par Marc-André Bédard et moi essentiellement parce que nous étions persuadés que Lévesque en parlerait lui-même en public ou sen ouvrirait à quelquun dautre de son entourage, qui irait lui-même sen ouvrir à un autre, et ainsi de suite, avec, comme résultat probable, un coulage médiatique. On ne fait pas injure à la mémoire de Lévesque en reconnaissant que, nonobstant ses immenses mérites, il nétait pas toujours un modèle de discrétion. Jai dailleurs déjà raconté dans mes livres certains tours quil ma joués sur ce plan pendant des réunions fédérales-provinciales ou devant le conseil national. Cela se produisait aussi avec dautres ministres. Notre homme était hors de lordinaire tant pour ses qualités que, parfois, pour ses défauts.
3) Le livre dit que jai fait une «colère noire» contre Louise Beaudoin quand elle ma révélé être allée voir Marc-André Bédard pour linformer à mon propos. Pendant toutes les années que nous avons été ensemble, jai fait plusieurs colères à Louise, et inversement, mais pas celle dont parle le livre. À la toute fin du livre, lauteur dit, citant Loraine Lagacé, que Louise, après avoir appris de moi laffaire de la GRC, maurait écrit une lettre, très dure, exigeant que je démissionne. Je ne me rappelle pas avoir vu cette lettre.
Toujours daprès le livre, Louise semble aussi se demander pourquoi je laurais informée en mai 1977. Lhypothèse ressort que ce serait pour en faire ma «complice», et aussi pour me couvrir, si jamais lhistoire devenait connue, opération que jaurais tentée en 1992. Cest mattribuer beaucoup de calculs. En fait, jai parlé à Louise Beaudoin en 1977 parce que javais confiance en elle, parce quelle était ma principale collaboratrice et parce que je voulais lalerter à un danger dont on ne peut pas affirmer que le gouvernement du PQ était vraiment conscient alors: laction occulte dOttawa contre nous. Louise était bien placée pour faire prendre au ministère certaines précautions concernant la sécurité. En ce sens, elle était complice, si lon veut, mais complice contre des initiatives fédérales potentielles, comportement normal dans sa fonction.
Quand laffaire est sortie en 1992, il est vrai quelle ma demandé de ne pas ly mêler, mais cétait pour une raison qui lui était personnelle et que jai acceptée. On a limpression, aujourdhui, quelle a gardé le silence par désapprobation envers mes gestes. Mais je ne lui ai jamais demandé de les approuver publiquement ni nai jamais compté là-dessus; jespérais simplement quelle fasse état de ma loyauté totale envers le Québec, une loyauté dont elle avait été tant de fois témoin, quitte par ailleurs, si elle y tenait, à mentionner ses réticences. Mais les circonstances se prêtaient mal à son intervention.
4) À la page 467 du livre, on lit: «Dans les années 1960, ce Gendron, et un autre agent de la GRC, Raymont Parent, avaient commencé à tourner autour de [Morin], lui faisant comprendre quils lavaient à loeil et suivaient de près lévolution de sa carrière politique». Puis, un peu plus loin: «Raymond Parent lui avait fait de nouveau signe après le congrès du PQ de novembre 1974.» En réalité, je nai jamais revu Gendron et ma rencontre avec Parent (en 1966) faisait suite à une demande de Lesage (je donne les détails là-dessus dans mon livre Les choses comme elles étaient). Personne na donc «tourné autour de moi», ni ne ma «fait comprendre» quoi que ce soit, ni «suivi de près lévolution de ma carrière politique». Jétais sous-ministre, en attendant de retourner à lUniversité, pas politicien. Et Parent ne ma pas «fait de nouveau signe après le congrès du PQ».
Lennuyeux avec ces citations est quelles peuvent porter certains à penser quil y avait, auprès de moi, un processus de recrutement en cours. On oublie ici que mon poste de sous-ministre, chargé entre autres des relations internationales, mamenait par la force des choses à rencontrer des gens soccupant de sécurité, surtout lorsque le Québec recevait la visite de personnalités étrangères. Et pour quil y ait «recrutement», il aurait fallu que les services secrets pressentissent que jaurais un avenir politique - je ny songeais absolument pas -- au sein du PQ, parti qui nexistait pas encore...
5) Quand Lise Payette ma demandé si je connaissais le projet de question référendaire que Lévesque avait ruminé de son côté et quil sapprêtait à communiquer au conseil des ministres, je lui ai répondu que je ne lavais pas vu, ce qui est parfaitement exact. Je pense que cest dans cette version que Lévesque a inséré la description de la souveraineté (tous les impôts, relations internationales, etc.) qui, selon moi, allongeait sensiblement le libellé de la question. Le livre dit (p. 504) que javais rédigé ce projet de question avec lui, mais ce nest pas le cas.
6) À la page 128, en note, on lit: «Selon son habitude, Claude Morin a pondu un papier pour inspirer le travail des autres». Lauteur parle dun de mes livres (Mes premiers ministres) où je raconte en substance que je nai pas vu, avant quil le prononce, le discours de Lévesque à New York en 1977. Deux commentaires là-dessus. Dabord, il est bien possible que jaie transmis des notes à André Marcil, conseiller de Lévesque, mais jignore ce quil en est advenu; limportant demeure, contrairement à ce quon peut comprendre du livre, que je nai pris connaissance de ce discours quau moment où Lévesque la prononcé. Quant à mon «habitude» décrire des «papiers pour inspirer le travail des autres», de deux choses lune: ou bien, jexpose dans des livres les faits et gestes dont jai été témoin ou auxquels jai participé pendant ma carrière gouvernementale; ou bien, comme la plupart des ex-politiciens québécois, je men désintéresse, je ne rends compte de rien et je me lance en affaires. Jai choisi la première partie de lalternative, livrant ainsi au public, aux historiens -- et aux biographes -- des informations qui ne seraient pas disponibles autrement. Si ça «inspire le travail des autres», tant mieux.
7) Un mot sur la note de Loraine Lagacé où elle dit que jadmirais Trudeau plus que tout autre. Elle a dû tirer cette bizarre appréciation du fait que jai déjà dit, devant elle, que les fédéraux savaient que la politique était une guerre et quils sorganisaient en conséquence, et quà côté deux la candeur péquiste était navrante. Ce nest pas pour rien quun chapitre de Les choses comme elles étaient a pour titre «Les anges dans nos campagnes»... En passant, je ne suis pas mécontent que M. Godin ait cité des passages de lenregistrement de Mme Lagacé, surtout celui où je dis que jai fucké le Canada!
Claude Morin (mclm@videotron.ca) Le 15 novembre 2001