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«« LES AFFAIRES - Yves Duhaime
Les accusations libérales provoquent une foire d'empoigne à l'Assemblée nationale
Un «système pour enrichir les amis de Landry» Denis Lessard
La Presse Le jeudi 23 mai 2002
La controverse autour des
interventions d'Yves Duhaime auprès du gouvernement dans le dossier des
marchands Metro-Richelieu a provoqué une foire d'empoigne à l'Assemblée
nationale hier. En Chambre, comme en conférence de presse, le
député libéral de Chomedey, Thomas Mulcair, a soutenu que le contrat accordé par
les épiciers Metro-Richelieu à M. Duhaime pour intervenir auprès du gouvernement
faisait partie «d'un pattern, un système mis en place par Bernard Landry
pour enrichir ses amis».
«C'est le même système qu'avec Raymond Bréard,
avec Sylvain Vaugeois, c'est le même système que M. Landry tente de banaliser
dans l'affaire d'Oxygène 9», a déclaré le député libéral de
Chomedey.
Bataille de chats de ruelle
En réplique en
soirée, le leader du gouvernement en Chambre, André Boisclair, a soutenu que le
gouvernement n'avait pas l'intention de s'engager «dans une bataille de chats de
ruelle». Des juges ont par le passé sérieusement réprimandé le député Mulcair,
estimant qu'il avait été de mauvaise foi, de rappeler M. Boisclair.
Plus
tôt en Chambre, André Boisclair avait sorti l'artillerie lourde, rappelant aux
libéraux les scandales autour des interventions de l'ancien entrepreneur,
responsable du financement au PLQ, Tommy D'Errico, et les problèmes entourant
les modifications au zonage de terrains agricoles dans la région de Montréal à
la fin des années 1980.
À la rescousse des grands frères
d'Ottawa
Puis, les libéraux étant revenus à la charge, M. Boisclair a
soutenu que les libéraux provinciaux venaient à la rescousse «de leurs amis,
leurs grands frères à Ottawa qui sont dans le trouble... Devant les affirmations
puis les scandales qui fusent de l'autre côté de la rivière des Outaouais, nos
amis de l'opposition grattent à droite et à gauche pour essayer de miner notre
crédibilité».
En Chambre, Thomas Mulcair et Pierre Paradis
ont demandé au procureur général, Paul Bégin, d'examiner si le Code criminel
avait été violé, soutenant que les dispositions sur le trafic d'influence
avaient été violées. «Le procureur va-t-il rester assis et démontrer qu'il y a
deux justices au Québec: l'une pour le peuple, l'autre pour le premier
ministre?» a lancé Pierre Paradis.
En fin de journée, M. Boisclair a
indiqué clairement qu'il n'y aurait pas de suites. «Le premier ministre examine
ses options», a-t-il dit quand on lui a demandé si des poursuites en diffamation
seraient entamées, mais il a ajouté immédiatement qu'il serait pour le moins
inusité qu'un premier ministre poursuive un député.
En Chambre, MM.
Mulcair et Paradis ont mis en relief les explications de M. Landry, mardi, qui
insistait sur le rôle d'avocat de M. Duhaime auprès des épiciers. «Lisez les
citations de M. Duhaime dans La Presse: je suis un ami intime du premier
ministre, c'est pour cela que les gens viennent me voir», a martelé M.
Mulcair.
Précisions
Par ailleurs, Me Patrice
Vachon, avocat chez Heenan Blaikie, tenait hier à apporter des «précisions» à sa
déclaration faite à La Presse, mardi.
«J'ai eu beaucoup de
pressions de plusieurs personnes», expliquait-il en matinée hier, soulignant
qu'il voulait préciser que comme avocat des marchands, ses propos étaient
«fondés sur la connaissance du rôle (qu'il avait) de M. Duhaime dans ce
dossier».
Sa déclaration a été transmise au cabinet du premier ministre
bien avant d'être diffusée sur les fils de presse, a relevé M. Paradis devant
l'Assemblée nationale.
Conseils stratégiques
Soulignant en
entrevue qu'il ne reniait pas ce qu'il avait dit mardi, Me Vachon a
ajouté hier que M. Duhaime avait fait aussi du travail pour «préparer les
interventions du regroupement à l'assemblée annuelle des actionnaires de Metro».
Me Vachon a dit qu'il avait aussi «offert des conseils stratégiques
au regroupement» et «collaboré à la recherche de partenaires financiers». Bien
que M. Landry ait soutenu mardi que M. Duhaime avait fait du travail juridique
pour les marchands, l'avocat du regroupement, Me Vachon, indiquait
dans sa déclaration écrite qu'il ne s'était même pas rendu compte qu'Yves
Duhaime était avocat.
Dans son entrevue à La Presse mardi,
Me Vachon avait soutenu qu'à sa connaissance, M. Duhaime ne faisait
pas du travail d'avocat. «Il ne pouvait pas présenter cela comme du travail
d'avocat. C'était plus au niveau stratégique que M. Duhaime intervenait, comme
vous l'avez écrit dans La Presse (dans le texte de mardi qui décrivait
Yves Duhaime comme un lobbyiste).»
Est-ce qu'Yves Duhaime, faisant du
travail juridique, avait à régler des querelles au sein du regroupement des
marchands? «Ce n'est pas ma lecture, en tout cas pas en ma présence», avait dit
M. Vachon.
- Si vous aviez à résumer le travail d'Yves Duhaime dans le
dossier de Metro-Richelieu? «Il faisait des approches de lobby auprès du
gouvernement et de la planification stratégique pour que les marchands
atteignent leurs fins», avait dit Me Vachon. «C'était clair que son
intervention était au niveau de Québec, à cause de ses contacts, cela a été dit
notamment par son porte-parole Pierre Ypperciel.»
M. Duhaime n'a pas
parlé de ses liens avec Bernard Landry. «Mais je savais très bien que son rôle
était celui d'un lobbyiste, comme La Presse le disait (mardi). M. Duhaime
ne s'est pas impliqué sur le plan juridique, à ma connaissance», a affirmé
Me Vachon. «Je n'étais pas au courant du contexte, j'ai dit qu'à ma
connaissance il n'agissait pas comme avocat», a aussi précisé hier Me
Vachon.
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