«« LES AFFAIRES - Corruption fédérale

Les « erreurs administratives »

Gilbert Lavoie
Le Soleil Le vendredi 24 mai 2002



Jean Chrétien n'a pas convoqué le Parlement pour envoyer nos soldats en Afghanistan au début de l'année, mais il l'a fait hier pour annoncer les huit mesures qu'il entend mettre de l'avant pour faire oublier les odeurs de scandales qui minent son administration. On aurait pu espérer une annonce importante. On a eu droit à une opération de relations publiques.

M. Chrétien aurait gagné en crédibilité s'il avait annoncé que le conseiller en éthique du gouvernement, Howard Wilson, relèverait dorénavant du Parlement, et non du premier ministre comme c'est le cas actuellement. Il s'est contenté d'annoncer que M. Wilson déposera son premier rapport annuel au Parlement à l'automne et en répondra devant un comité parlementaire. Première déception.

M. Chrétien a tenté de faire preuve d'humilité, d'aller chercher un peu de sympathie en faisant valoir que nous faisons tous des erreurs, que les électeurs le savent, et que même sa femme le lui rappelle de temps à autre. Mais ce sont, a-t-il ajouté, des « erreurs administratives ». Est-ce à dire que les fonctionnaires doivent porter le blâme de la démotion d'Alfonso Gagliano et de la fin de semaine de Don Boudria dans le chalet de ski d'un fournisseur du gouvernement ?

Pire encore, le premier ministre a fait valoir en anglais, donc pour son auditoire anglophone, l'urgence d'agir pour préserver l'unité nationale au lendemain du référendum de 1995 au Québec. « Dans une situation d'urgence, les erreurs peuvent survenir », a-t-il lancé. Peut-on croire sérieusement que le Canada était menacé de démantèlement au lendemain du référendum de 1995 ? Tout de même.

Et pour clore le tout, M. Chrétien profite de l'occasion pour annoncer qu'il régira les activités de financement menées par des ministres à des fins personnelles. Traduction: Paul Martin devra dévoiler les noms des gens qui contribuent à sa campagne au leadership, une règle à laquelle Jean Chrétien n'a pas voulu se soumettre dans sa campagne contre John Turner. C'est vrai que nos politiciens ne sont pas corrompus au sens légal du terme, comme le sont les dirigeants de certains pays de misère. Mais le « show » d'hier matin aux Communes n'aura pas rassuré les Canadiens qui ne croient plus en la sincérité de leurs députés et ministres. Ça faisait tout simplement pitié.