«« LES AFFAIRES - Yves Duhaime

Une algarade entre Mulcair et Duhaime se répercute jusqu'à l'Assemblée nationale

Duhaime: 187 500$ pour deux mois de travail

Denis Lessard
La Presse Le vendredi 24 mai 2002



L'avocat Yves Duhaime aurait eu une virulante discussion avec le député Thomas Mulcair.

L'ancien ministre Yves Duhaime a bien empoché 187500$ en contrepartie de seulement deux mois de travail pour le Regroupement des marchands Metro-Richelieu. Après l'assemblée des actionnaires du 30 janvier 2001, les marchands n'ont plus eu recours à ses services.

«Si M. Duhaime a fait du travail pour le Regroupement des marchands au-delà de notre assemblée annuelle, je vous dis que je ne sais pas ce que c'est... Moi, je n'en ai pas entendu parler», a dit, catégorique, Jean Fournier, propriétaire d'un marché Metro-Richelieu au Cap-de-la-Madeleine, à l'époque président du Regroupement des marchands, le groupe qui avait embauché M. Duhaime à la fin du mois de novembre 2000.

«Il faut comprendre que, dès qu'on a perdu à l'assemblée de la fin janvier (les marchands tentaient de déloger le conseil d'administration présidé par Pierre H. Lessard), notre démarche était tombée à l'eau», d'expliquer M. Fournier, réticent à commenter cette controverse. «C'est rendu qu'on parle de poursuites criminelles là-dedans... tout le monde va être bien prudent.»

M. Fournier dit ne pas se souvenir des honoraires versés à M. Duhaime, mais l'ancien ministre a confirmé qu'il avait obtenu 187500$ pour son travail de lobbyiste auprès du gouvernement du Québec. En entrevue à TQS, mardi, M. Duhaime avait pourtant soutenu qu'il avait fait sept mois de travail, et non deux: «Le mandat que j'ai obtenu de l'Association des marchands Metro s'est étendu sur sept mois, de décembre 2000 jusqu'à la fin juin 2001.»

Des sources expliquent que, une fois l'assemblée cruciale passée, M. Duhaime avait tenu à ce que les marchands ne mettent pas fin officiellement à son mandat. En retour, il acceptait de cesser de facturer. Son tarif pour décembre et janvier avait été de 3000$ par jour pour des semaines de sept jours de travail.

En mars, les marchands ont officiellement mis fin au mandat en suspens depuis la fin janvier et ont embauché Pierre Ypperciel, qui était employé de M. Duhaime en décembre et janvier.

Débat acrimonieux La controverse autour du travail de lobbyiste d'Yves Duhaime a encore hier monopolisé la période des questions à l'Assemblée nationale, débat de jour en jour plus acrimonieux. Et les échos d'une algarade entre le député libéral Thomas Mulcair et l'ancien ministre Yves Duhaime sont parvenus jusque sur le parquet de la Chambre.

À l'issue de la diffusion de deux interviews de MM. Duhaime et Mulcair effectuées au studio de TQS mardi soir, les deux hommes ont échangé des propos venimeux. M. Duhaime aurait dit au député que ses «allégations frôlaient le libelle et qu'il devrait faire attention», a rapporté Johanne Brisson, adjointe de l'ancien ministre. M. Mulcair aurait répliqué du tac au tac: «J'ai hâte de te voir en prison, vieille plotte.»

Embarrassé, M. Mulcair a expliqué plus tard que M. Duhaime l'avait «menacé» et que son sang d'Irlandais n'avait fait qu'un tour. «Ce n'est pas la conversation la plus édifiante que j'aie eue de ma vie. Est-ce que je regrette d'avoir perdu mon sang-froid? Oui, mais cela ne doit pas nous distraire du fond du problème: les entrées particulières qu'ont les amis de Bernard Landry», a expliqué M. Mulcair.

En Chambre, brandissant une transcription de la déclaration intempestive du député libéral, le leader du gouvernement, André Boisclair, a balayé d'un revers de la main les questions des libéraux Pierre Paradis et Thomas Mulcair. Précisant même qu'il avait pris soin d'envoyer une copie de cette déclaration aux élues libérales, M. Boisclair a interpellé Monique Gagnon-Tremblay, Nicole Loiselle et Nathalie Rochefort pour «savoir si elles sont d'accord avec les propos tenus par leur collègue de Chomedey».

Interpellée à maintes reprises, la vice-première ministre, Pauline Marois, a renvoyé les questions à M. Boisclair.

MM. Paradis et Mulcair ont tenté en vain de savoir si Mme Marois était d'accord avec les propos tenus par Yves Duhaime dans une entrevue à La Presse publiée mardi, où il disait: «Je suis un ami intime du premier ministre du Québec, tout le monde sait cela. C'est pour ça que les gens viennent me voir!»

Même Bernard Landry a soutenu qu'«il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles. Si les marchands avaient accès à mon cabinet sur un simple coup de fil cinq fois de suite, pourquoi auraient-ils été verser des honoraires?»

«Nous ne nous laisserons pas distraire par des accusations non fondées. Ceux qui les portent, ces accusations, n'ont pas de crédibilité», a répliqué M. Boisclair. Les échanges sont devenus si agressifs que la présidente de l'Assemblée, Louise Harel, a dû rappeler à l'ordre M. Boisclair, lui demandant de retirer ses propos inacceptables. La veille, M. Mulcair avait dû faire de même.

Au plus fort de l'affrontement, les ministres péquistes brandissaient tous la copie des propos controversés de M. Mulcair, tandis que, du côté libéral, on répétait en choeur «180000!», soit le montant des honoraires perçus par le lobbyiste Duhaime.