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«« LES AFFAIRES - Corruption fédérale
Les vaches grasses
Gilbert Lavoie
Le Soleil Le mardi 28 mai 2002
Éditorial - Il a fallu des années au
gouvernement fédéral pour convaincre les contribuables de se serrer la ceinture
pour faire la lutte au déficit. Au rythme où vont les choses, il lui en faudra
beaucoup moins pour les convaincre que le temps des vaches grasses et du
gaspillage est arrivé. Et ce n'est pas le remaniement ministériel de dimanche
soir qui corrigera le tir.
Retour en arrière. Vous vous souvenez du début
des années 90 ? Quand on évoquait le spectre d'une mise en tutelle du Canada par
le Fonds monétaire international, tellement le déficit accumulé de 600 milliards
$ inquiétait ? Aux prises avec un ralentissement économique, le ministre des
Finances du temps, Michael Wilson, sabrait en vain dans les dépenses publiques.
Le déficit continuait d'augmenter à coups de 20 à 30 milliards $ par année.
L'arrivée au pouvoir des libéraux et de Paul Martin aux Finances a coïncidé avec
une reprise économique qui a permis de renflouer les coffres du fédéral. De
peine et de misère, la plupart des provinces ont également atteint le déficit
zéro à la fin des années 90.
Les coûts de cet effort collectif ont été
énormes, notamment dans les services de santé, l'éducation, les infrastructures,
et même nos forces armées. Mais les Canadiens étaient rassurés de savoir que le
cercle vicieux des déficits chroniques était brisé, et que la dette accumulée ne
serait pas laissée en totalité sur le dos de leurs enfants.
Il est
dramatique, après de tels sacrifices, de constater à quel point le gouvernement
fédéral est insensible à la nouvelle perception qu'il est en train de créer
auprès de la population. Celle d'un gouvernement riche, manipulateur et
dépensier, qui n'a pas de respect pour les deniers de ses contribuables.
Les scandales à répétition des derniers mois contribuent à renforcer
cette perception, mais il y a bien davantage. Au moment même où l'assainissement
des finances publiques permettrait une plus grande collaboration avec les
provinces, le gouvernement Chrétien reste figé dans sa hantise de battre les
machines provinciales sur le plan de la visibilité. La dernière trouvaille est
le financement d'une série d'émissions télévisées sur l'innovation et
l'entrepreneurship, au coût de 2,1 millions $. L'ancien journaliste Robert Guy
Scully est encore de la partie. M. Scully est celui-là même qui avait participé
aux Minutes du patrimoine, une opération subtile de propagande financée en
secret par Ottawa et diffusée par Radio-Canada.
Cette dépense de 2,1
millions $ ne pèse pas lourd dans le budget du gouvernement fédéral, mais le
message qui s'en dégage est puissant: Ottawa a de l'argent à gaspiller pour ses
« guéguerres » et ses amis, aux détriments des besoins des citoyens. Si on
faisait un test, peu de gens pourraient nous expliquer précisément de quoi on
parle lorsqu'on discute de « déséquilibre fiscal ». Mais le gaspillage auquel se
livre le gouvernement fédéral dans ses opérations-charme convaincra bien des
gens que les provinces n'ont pas tort de réclamer leur part des surplus. Le
gouvernement Chrétien accroît sa visibilité, mais aux dépens de la crédibilité
des institutions qu'il prétend protéger.
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