«« LES AFFAIRES - Yves Duhaime

La Presse et l'affaire Duhaime

Guy Crevier
Guy Crevier est président et éditeur de La Presse.
La Presse Le jeudi 30 mai 2002



Au cours des derniers jours, M. Yves Duhaime a lancé contre La Presse et son journaliste Denis Lessard des accusations que nous tenons à réfuter catégoriquement.

Les propos de M. Duhaime ont été tenus à la suite d'articles que nous avons publiés la semaine dernière, sous la signature de M. Lessard. Ces articles faisaient état du rôle de M. Duhaime comme lobbyiste, embauché par le Regroupement des marchands Métro-Richelieu pour faire des représentations auprès du gouvernement du Québec.

En conférence de presse vendredi dernier, et au cours de diverses entrevues, M. Duhaime a mené une charge à l'emporte-pièce contre La Presse et contre M. Lessard, charge que nous ne pouvons pas laisser sans réponse.

Yves Duhaime soutient notamment que les articles rédigés par Denis Lessard constituent des «calomnies», «un échafaudage de demi-vérités et de mensonges», «un ramassis de soupçons».

Or, les reportages dont il est question sont le fruit d'une longue et minutieuse enquête, faite suivant les règles reconnues du journalisme. Les faits ont été vérifiés à plusieurs reprises. Nos sources sont crédibles et fiables. Par conséquent, La Presse maintient intégralement le contenu des textes qu'elle a publiés.

Lors de sa conférence de presse, M. Duhaime s'en est pris durement à la réputation de notre journaliste. Le travail acharné de Denis Lessard au cours de sa carrière lui a valu d'être l'un des journalistes les plus respectés du Québec. Dans ce dossier comme dans les autres qu'il a traités au cours des années, M. Lessard n'a compté ni ses heures ni ses efforts pour fournir à nos lecteurs les informations les plus complètes possible. La Presse est donc particulièrement fière de le compter au sein de son équipe.

Enfin, Yves Duhaime a accusé La Presse d'avoir publié ces textes pour «salir et attaquer» sa réputation. De plus, il nous a imputé des motifs politiques. Il a parlé d'«une très solide déclaration de guerre contre le gouvernement de Bernard Landry», et d'une manoeuvre de «diversion» qui aurait eu pour objectif de détourner l'attention des Québécois des scandales qui animent les débats ces temps-ci à la Chambre des communes, à Ottawa.

Ces propos paraissent particulièrement saugrenus du fait que c'est La Presse qui, le 17 mai dernier, a publié en exclusivité la nouvelle qui a valu au ministre fédéral Don Boudria d'être rétrogradé. Chacun sait, de plus, que jamais au cours de sa carrière Denis Lessard n'a fait preuve de la moindre trace de partisanerie.

La Presse ne mène pas de guerre contre quelque gouvernement ou personne que ce soit. Notre seul objectif est de servir l'intérêt public par une information approfondie, objective et crédible. Lorsque des faits indiquent que des élus se sont placés en situation réelle ou apparente de conflit d'intérêts, cela est d'intérêt public. Lorsque des situations se produisent laissant penser qu'un gouvernement fait preuve de favoritisme, cela est d'intérêt public. Lorsque des faits montrent que les citoyens n'ont peut-être pas un accès égal et équitable à leur gouvernement, cela est d'intérêt public.

Les médias jouent un rôle fondamental de chiens de garde de la démocratie. La Presse est fière de cette mission. Elle ne se laissera pas intimider.

M. Duhaime annonce une poursuite en diffamation. La Presse se défendra et défendra Denis Lessard avec la certitude que ces reportages ont été faits suivant les règles de l'art, et avec la conviction qu'ils ne visaient rien d'autre que de servir l'intérêt public.