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«« Gagliano
Éditorial
Au banc des accusésGilbert Lavoie
Le Soleil 11.1.02
Le ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, se serait livré à du favoritisme et à de l'ingérence dans une société de la Couronne ! L'accusation, lancée par l'ancien président de la Société immobilière du Canada, M. Jon Grant, a été suivie de demandes de démission et d'enquête judiciaire.
Ne soyons pas naïfs. Avant que Jean Chrétien ne déclenche une enquête dans cette affaire, il faudra bien plus que la dénonciation de M. Grant.
Voyons les faits : M. Gagliano aurait demandé à M. Grant de trouver un emploi à un ami, Tony Mignacca ; il aurait fait en sorte que la Société immobilière retienne les services d'une stratège libérale, Michèle Tremblay, pour la rédaction de discours ; enfin, le chef de cabinet du ministre, Jean-Marc Bard, aurait demandé à M. Grant un droit de regard sur les dossiers émanant du Québec.
Si ces trois accusations sont suffisantes pour faire démissionner un ministre, c'est le cabinet au complet qui devrait sauter.
Patronage ? Tous les politiciens en font. Jean Chrétien a fait nommer son adjoint et ami, Jean Carles, à la vice-présidence de la Banque de développement du Canada. Au Québec, Bernard Landry a nommé son candidat défait dans Mercier, Claudel Toussaint, à la vice-présidence de la Société d'habitation du Québec. La « jobine » de quelques mois obtenue par Gagliano pour son ami Tony Mignacca, c'est de la petite bière.
Les contrats à l'ancienne journaliste Michèle Tremblay sont de notoriété publique depuis des années. Avant Alfonso Gagliano, Mme Tremblay se collait sur André Ouellet pour cueillir la manne fédérale. Encore là, ces pratiques peu élégantes sont choses courantes dans l'octroi des petits contrats de communication.
Dernier reproche : le droit de regard du ministre sur les affaires de la Société immobilière au Québec. On peut comprendre que M. Grant ait été outré de cette approche. Mais il faut savoir que les politiciens québécois à Ottawa ont toujours voulu garder la main haute sur les affaires fédérales au Québec, face à une bureaucratie trop souvent anglophone et insensible aux préoccupations québécoises.
Alfonso Gagliano a fait l'objet de plusieurs dénonciations depuis son arrivée en politique. Justifiée ou non, cette controverse est de trop. Le ministre doit s'imposer une conduite irréprochable.
De son coté, s'il est convaincu que M. Gagliano a agi de façon condamnable, l'ancien président de la Société immobilière, M. Jon Grant, a l'obligation d'étoffer sa dénonciation Quant à l'opposition, elle aura plus de succès en fouillant ce dossier en commission parlementaire qu'en demandant une enquête policière.
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