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«« Gagliano
La vraie vie
André Pratte
La Presse Le mercredi 16 janvier 2002
Éditorial - «Arrivez dans la vraie vie!» («Wake up to the real life!»), a lancé hier aux journalistes le premier ministre Jean Chrétien, en prenant la défense d'Alfonso Gagliano. Chose certaine, M. Chrétien vient de nous servir une fracassante leçon de «vraie vie» politique.
En procédant à un imposant remaniement ministériel, le chef libéral a rappelé avec force que, quoi qu'on dise dans son dos, c'est lui le patron, et qu'il entend bien le demeurer tant que le coeur lui en dit.
La vraie vie, à Ottawa, c'est aussi que le premier ministre détient le droit de vie ou de mort sur ses ministres. Contre toute attente, pas moins de huit ministres quittent le cabinet, en comptant le démissionnaire Brian Tobin et le désormais «très honorable» Herb Gray. Tous les observateurs avaient dit: «Jamais M. Chrétien ne congédiera son ami Gagliano.» Les observateurs ont eu tort: M. Gagliano fait ses valises pour le Danemark.
Ici, cependant, on a du mal à distinguer le vrai du faux. Si l'on en croit le premier ministre, le départ de M. Gagliano n'a rien à voir avec le parfum de scandale qui flottait au-dessus de la tête de son organisateur. Et le premier ministre d'y aller d'une défense vigoureuse des comportements reprochés à l'ex-ministre.
Cependant, l'électorat n'est pas si naïf. M. Chrétien savait fort bien comment serait perçue sa décision. Alfonso Gagliano était ministre des Travaux publics, ministre responsable du Québec, et tout puissant organisateur en chef du Parti libéral au Québec; le voici ambassadeur au Danemark. On a beau dorer la pilule de toutes les façons, dans la vraie vie, on appelle ça un congédiement.
Nous avions souhaité, dans cette page, la démission de M. Gagliano, le temps que la lumière soit faite sur les allégations à son sujet. M. Gagliano est parti... mais la lumière n'est toujours pas faite. Et, à en juger par les propos qu'il a tenus hier, le premier ministre ne voit même pas pourquoi les journalistes faisaient un plat avec ça.
Le problème, c'est que les Canadiens ne disposent que de bribes d'information sur le plat en question. Ils ne demandent qu'à être rassurés sur la probité de leur gouvernement... mais par des personnes plus neutres que M. Chrétien. Pour le premier ministre apparemment, pistonner des amis, les interventions politiques dans la gestion des sociétés de la Couronne, c'est la vie. Mais, pour les citoyens, c'est un motif d'inquiétude et de méfiance.
Les plus récentes péripéties mettent encore une fois en évidence, comme l'avait fait l'affaire de l'auberge Grand-Mère, la nécessité d'une institution crédible, capable d'enquêter et de porter jugement sur les agissements qui, sans être illégaux, pourraient être des manquements graves à l'éthique gouvernementale.
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