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Gagliano à la barre
J.-Jacques Samson
Le Soleil Le jeudi 17 janvier 2002
Éditorial - Un ministre est démis de ses fonctions après avoir été accusé de népotisme par l'ex-président d'une société d'État. Le même Alfonso Gagliano, fidèle serviteur et ami du premier ministre, Jean Chrétien, reçoit pour parachute une nomination à titre d'ambassadeur au Danemark, court-circuitant la filière du ministère des Affaires étrangères où des fonctionnaires attendent en vain une promotion méritée. Premier constat, Jean Chrétien pêche en lui-même par népotisme pour écarter une personne à qui une telle faute est reprochée. Il y a une forme de cynisme dans cette nomination.
Il est d'usage que les ambassadeurs choisis pour représenter le Canada à Washington, par exemple, à Paris ou à Londres, soient issus des cercles du parti au pouvoir, sinon qu'ils soient des intimes du premier ministre. Ces postes hautement stratégiques exigent une bonne communion de pensée et une relation directe entre le chef du gouvernement et l'ambassadeur puisque ce dernier est appelé à faire des représentations très politiques. Pierre Trudeau avait confié Paris à Jean Pelletier, Brian Mulroney à Lucien Bouchard, dans les périodes les plus chaudes du triangle Ottawa-Paris-Québec. Le poste d'ambassadeur au Danemark n'est définitivement pas de cette catégorie ; il appartient à la filière diplomatique régulière. M. Chrétien s'est donc moqué de tous les puritains à ses yeux qui accusaient M. Gagliano en l'improvisant ambassadeur, après l'avoir absout de tout péché dans ses fonctions de ministre.
Les partis d'opposition promettent maintenant de traquer M. Gagliano jusqu'au Danemark. L'affectation de M. Gagliano à l'étranger est présentée de façon démagogique comme la fuite en exil d'un malfaiteur qui tenterait d'échapper à la justice. Le ministre des Travaux publics, imputable aux Communes pour quelque 80 000 contrats octroyés chaque année est toujours une cible de choix. M. Gagliano s'est retrouvé au centre de plusieurs controverses depuis 1997, mais sans jamais qu'aucune soit suffisante pour nécessiter une enquête publique, encore moins conduise à des accusations formelles à la suite de pratiques illégales ou de manquements graves à l'éthique. L'obtention de contrats par des entreprises dont des dirigeants sont identifiés au PLC n'est pas un crime, si le processus d'attribution des contrats a été bien respecté. L'addition des controverses a cependant terni l'image du ministre-organisateur politique.
Il appartient aux partis d'opposition, dans un premier temps, d'éplucher le travail de M. Gagliano, de profiter des travaux des comités parlementaires et des périodes des questions pour obtenir des réponses sur des dossiers précis, de déterrer des témoins et des documents pour supporter des prétentions sur de supposées irrégularités. L'opposition a le fardeau de la preuve. Quand un tel dossier aura été étoffé, M. Gagliano pourra être appelé à la barre pour répondre de ses actes. Et s'il a manqué véritablement à son devoir de ministre, il ne serait alors pas plus digne de représenter le Canada à l'étranger.
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