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Chrétien invite l'opposition à passer à autre chose

Joël-Denis Bellavance
La Presse Le jeudi 17 janvier 2002



Le premier ministre Jean Chrétien estime que la controverse entourant l'ancien ministre des Travaux publics Alfonso Gagliano a été montée en épingle et invite du même souffle les partis d'opposition aux Communes à passer à autre chose.

Vingt-quatre heures après avoir évincé M. Gagliano du cabinet en le nommant ambassadeur du Canada au royaume du Danemark, M. Chrétien a continué de défendre son ancien lieutenant politique au Québec, allant jusqu'à dire que ce dernier avait largement permis au camp fédéraliste de reprendre du terrain dans la Belle Province depuis le référendum de 1995.

Le chef du gouvernement libéral a soutenu que M. Gagliano, qu'un ancien haut fonctionnaire a accusé de favoritisme et d'ingérence dans la gestion de la Société immobilière du Canada, n'avait rien fait d'illégal en recommandant aux dirigeants de cette société d'État d'embaucher l'un de ses amis et organisateurs.

«Il n'y a pas d'affaire Gagliano. Envoyer des lettres de recommandation, je l'ai dit à l'un de vos collègues. Si vous voulez avoir une lettre de recommandation de moi, je vais vous en donner une», a déclaré M. Chrétien à l'issue de la première réunion de son nouveau cabinet.

Les partis d'opposition aux Communes n'ont pas tardé à réagir aux propos du premier ministre. N'en déplaise à M. Chrétien, «l'affaire Gagliano» est loin d'être classée à leurs yeux.

«L'affaire Gagliano est loin d'être classée. C'est une affaire très grave est nous allons continuer à poser des questions à la reprise des travaux de la Chambre des communes», a martelé Stockwell Day, le chef sortant de l'Alliance canadienne qui poursuit sa campagne à sa propre succession.

«Notre priorité est de protéger l'argent des contribuables. M. Chrétien a donné une récompense à M. Gagliano pour ce qu'il a fait. Nous voulons qu'il obtienne une enquête, pas une récompense, pour son comportement», a-t-il ajouté.

Même son de cloche du côté du chef du Parti conservateur, Joe Clark, qui compte non seulement talonner le gouvernement Chrétien au sujet des allégations de népotisme portées contre M. Gagliano, mais contester les compétences d'ambassadeur de ce dernier devant le comité des Affaires étrangères de la Chambre des communes.

«Cette affaire n'est pas finie, loin de là. En fait, il y a une nouvelle affaire Gagliano à la suite de sa nomination comme ambassadeur au Danemark. Le Danemark est un allié important pour le Canada et ce n'est pas un pays pour une personne sans expérience», a déclaré M. Clark à La Presse.

Il a aussi fait valoir que M. Gagliano a carrément menti au Parlement lorsqu'il a affirmé n'être jamais intervenu en faveur de proches et amis auprès des dirigeants de la Société immobilière du Canada.

«En disant cela, ce n'était pas un simple homme qui a parlé, c'était un ministre du gouvernement. C'était le porte-parole du gouvernement. Le gouvernement est responsable de ces faussetés dites par ses porte-parole à la Chambre des communes. Nous avons pleinement l'intention de poursuivre cette affaire», a-t-il dit.

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, veut aussi que M. Gagliano, qu'il soit exilé ou pas au Danemark, comparaisse devant le comité permanent des Communes responsable des activités gouvernementales afin que soient examinées les allégations de favoritisme portées contre lui.

Hier, M. Chrétien a par ailleurs soutenu que M. Gagliano tenait mordicus à devenir ambassadeur du Canada à l'étranger, bien que des proches de l'ancien ministre eurent soutenu le contraire dans les heures suivant son limogeage.

«Il voulait être un ambassadeur. Le Danemark est un merveilleux pays où vivre. Ils sont tellement heureux de l'accueillir. Ils m'ont même dit que ce ne serait pas nécessaire d'écrire une lettre (protocolaire)», a déclaré le premier ministre.

M. Chrétien s'est de nouveau défendu d'avoir largué son ami de longue date dans le but de mettre fin à l'odeur de scandale qui enveloppait M. Gagliano depuis des mois.

«Je l'ai défendu. Il a ma confiance. Il a été un excellent ministre. Je l'ai dit (mardi). Il s'est battu pour vous, pour les Canadiens pendant des années de manière très efficace. Si aujourd'hui nous sommes dans une situation où durant une entrevue d'une heure et demie durant le temps des Fêtes, il n'y a eu aucune question portant sur le Québec, c'est parce que M. Gagliano a joué un rôle déterminant. Je suis très fier de lui», a-t-il dit.

De son côté, le nouveau ministre des Travaux publics, Don Boudria, s'est aussi porté à la défense de M. Gagliano, faisant valoir que ce dernier avait géré son ministère dans l'intérêt des contribuables.

Interrogé à savoir s'il n'hésiterait pas lui aussi à recommander l'embauche de ses amis ou organisateurs politiques aux dirigeants de l'une des sociétés d'État, M. Boudria a esquivé la question en affirmant qu'il n'était responsable d'aucune société d'importance.

En remaniant son cabinet, mardi, M. Chrétien a confié la responsabilité des sociétés d'État telles que la Société immobilière du Canada, la Société des postes et la Société canadienne d'hypothèque et de logement, qui incombait au ministre des Travaux publics, à John Manley, le vice-premier ministre.

«Les sociétés de la Couronne ne relèvent pas de mon ministère. (...) En ce qui me concerne, M. Gagliano était un très bon ministre. Je crois qu'il sera un aussi bon en tant qu'ambassadeur de notre pays au Danemark», a-t-il soumis.