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«« Gagliano
Petites vacheries entre amis
Michel David
Le Devoir Le samedi 19 janvier 2002
La politique est un métier où l'on verse d'autant plus facilement dans la paranoïa qu'on s'y fait réellement et rapidement des ennemis. Qui plus est, les plus dangereux ne sont pas nécessairement ceux d'en face, qu'on peut au moins voir venir. Ceux qui invoquent publiquement la solidarité ministérielle sont souvent les premiers à déblatérer privément contre leurs collègues.
D'ailleurs, il y a des déclarations d'appui qui sont passablement ambiguës. Quand Pauline Marois affirme que les entreprises n'ont pas besoin d'intermédiaire pour s'adresser au gouvernement et qu'il conviendrait d'encadrer la pratique du lobbying, son collègue Gilles Baril peut difficilement y voir un grand désir de lui venir en aide.
De son côté, Guy Chevrette se défend bien de vouloir porter un jugement sur ses fréquentations, mais il ajoute du même souffle que, «sur le plan éthique, ça pourrait être questionnable». Comme on dit, avec des amis comme ça...
Il n'y a pas la moindre preuve que l'une ou l'autre soit à l'origine des informations qui se sont retrouvées en première page de La Presse jeudi, sous un titre pour le moins embarrassant: «Un lobbyiste monnaie grassement ses accès auprès du ministre Baril».
Bien sûr, tout le monde sait que Mme Marois n'a jamais digéré que le premier ministre Landry confie le ministère de l'Industrie et du Commerce (MIC) à son protégé et qu'elle rêve de le récupérer. Malgré «le plus grand respect» qu'elle dit avoir pour M. Baril, qui, à pareille date l'an dernier, n'était qu'un ministre junior sous sa tutelle, elle supporte très mal sa présence continuelle à ses côtés. Une vigoureuse partie de bras de fer les a également opposés lors de la nomination du nouveau président d'Investissement-Québec.
La rivalité qui oppose Guy Chevrette à son voisin de comté est tout aussi notoire. Il ne peut y avoir deux coqs dans une même basse-cour. La région de Lanaudière ne fait pas exception à la règle, mais il y a bien d'autres gens qui trouvent que la promotion de M. Baril a été un peu trop rapide.
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Cela dit, les faits rapportés jusqu'à présent par La Presse n'ont rien de commun avec les allégations de favoritisme et d'ingérence qui ont entraîné l'éviction d'Alfonso Gagliano du cabinet Chrétien, même si la coïncidence rend le rapprochement inévitable.
Il n'y a rien non plus qui suggère que M. Baril ait lui-même tiré un quelconque avantage du fait que des entreprises et des organismes publics aient fait appel aux services de la firme appartenant à son ami et organisateur, André Desroches, pour obtenir des subventions du MIC. Une firme dont l'actuel directeur général du PQ, Raymond Bréard, lui-même un ami du premier ministre Landry, était anciennement un des associés.
On ne répétera cependant jamais assez à quel point les apparences sont primordiales en politique, où tout est affaire de perception. Un ministre qui part en vacances avec un lobbyiste, qui est aussi son organisateur, s'expose très imprudemment à la critique. M. Baril peut toujours crier à la mesquinerie, il connaît très bien les règles du jeu.
Avant de porter un jugement, il convient toutefois de voir l'ensemble du portrait. L'amitié qui lie Gilles Baril et André Desroches est d'un genre assez particulier. M. Baril a servi de parrain à son ami Desroches quand celui-ci a senti la nécessité de faire appel aux Alcooliques anonymes, comme il avait lui-même dû le faire il y a plusieurs années. Partir en vacances ensemble était sans doute un manque de jugement, mais ça s'explique assez facilement.
Si attaché qu'il soit à Gilles Baril, qu'il avait lui-même pris sous son aile, le premier ministre Landry, qui réfléchit présentement à son prochain remaniement ministériel, n'a pas apprécié de voir cette histoire faire la manchette. D'autant plus que Jean Chrétien vient de donner l'exemple en faisant le ménage complet de son propre cabinet.
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Dans l'entourage de M. Baril, on savait que les journalistes étaient sur la trace d'André Desroches depuis le printemps dernier. À la veille du remaniement, le coup est difficile à encaisser, mais l'un n'explique pas nécessairement l'autre.
On ne tentait pas moins de mesurer l'étendue des dégâts. Déjà, l'échec cuisant des partielles d'octobre dernier, dans Jonquière et Laviolette, a fait pâlir l'étoile du ministre-organisateur et les choses s'annoncent plutôt mal dans Anjou. Cette dernière tuile ne peut que renforcer l'hypothèse selon laquelle il pourrait perdre le MIC.
S'il s'agissait simplement de l'échanger pour l'Énergie et les Ressources, dont Jacques Brassard serait dépouillé, on ne pourrait pas vraiment parler de rétrogradation. Il s'agirait même d'un complément logique aux Régions, dont M. Baril est déjà responsable.
À la condition cependant que Mme Marois n'hérite pas du MIC, ce qui serait alors considéré comme une défaite pour M. Baril. L'idéal serait qu'il échoit à Rita Dionne-Marsolais, mais pas en qualité de ministre déléguée sous la tutelle de Mme Marois, ce qui ne serait qu'un moindre mal.
Le candidat le plus naturel serait sans doute François Legault, mais le premier ministre semble vouloir le laisser à l'Éducation. De toute manière, il ne voudrait sûrement pas du MIC si Mme Marois conservait la responsabilité d'Investissement-Québec. Or M. Landry ne pourrait pas la lui retirer sans lui faire un affront impardonnable. Comme on voit, un remaniement n'est pas un exercice simple.
Le pire pour M. Baril serait que M. Landry se range à l'avis de ceux qui suggèrent - privément, bien entendu - qu'un homme avec autant d'ennemis et si peu de jugement n'est peut-être pas le mieux qualifié pour diriger l'organisation péquiste. Mais à qui d'autre ferait-il autant confiance?
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