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Le conseiller en éthique entre l'arbre et l'écorce

JOËL-DENIS BELLAVANCE
La Presse Le mercredi 23 janvier 2002


Accusé par les partis d'opposition aux Communes d'être le pantin du premier ministre Jean Chrétien, le conseiller en éthique, Howard Wilson, se voit maintenant reprocher par ses détracteurs de manquer carrément de jugement.

C'est que M. Wilson doit prononcer un discours aujourd'hui à Toronto devant un groupe de lobbyistes au cours duquel il compte leur offrir quelques conseils afin d'éviter de se trouver dans de mauvais draps lorsqu'ils font pression sur le gouvernement et les ministres.

Or, M. Wilson, en plus d'être le conseiller en éthique du premier ministre, est responsable de l'application de la Loi sur l'enregistrement des lobbyistes. Ainsi, il pourrait être appelé à se prononcer un jour sur une cause touchant ces mêmes lobbyistes qui paieront quelque 1800$ pour entendre M. Wilson dans le cadre d'une conférence de deux jours intitulée «Access Government 2002».

«C'est complètement déplacé de voir M. Wilson conseiller des lobbyistes», a déclaré à La Presse mardi le député néo-démocrate de la Saskatchewan, Lorne Nystrom, qui a dénoncé sans retenue la décision de M. Wilson de participer à une telle conférence.

«La personne qui sera appelée à juger des causes touchant des lobbyistes ne devrait pas donner des conseils aux lobbyistes sur les règles à suivre. Ce n'est pas son mandat. À ma connaissance, nous ne voyons pas les juges se promener pour conseiller des gens sur les lois», a ajouté M. Nystrom.

Le chef sortant de l'Alliance canadienne, Stockwell Day, s'est aussi insurgé contre la décision de M. Wilson de participer à cette conférence. «S'il va leur dire comment respecter la loi, cela ne me cause aucun problème. Mais s'il va leur dire comment contourner la loi, c'est une autre affaire», a déclaré M. Day, qui estime que M. Wilson n'a plus aucune crédibilité pour continuer à occuper son poste.

Durant son discours, M. Wilson, qui n'a pas donné suite aux appels de La Presse mardi, doit aussi expliquer le code de conflit d'intérêts qui s'applique au premier ministre, aux ministres et aux députés.

Le groupe Démocratie sous surveillance, qui conteste les fonctions de M. Wilson devant les tribunaux, a accusé le conseiller en éthique d'être en conflit d'intérêts, d'autant plus que celui-ci n'a toujours pas statué sur les plaintes soumises par ce groupe au sujet du comportement de certains lobbyistes. Le porte-parole de Démocratie sous surveillance, Duff Conacher, a indiqué mardi que M. Wilson mine davantage sa crédibilité en se présentant ainsi devant un groupe de lobbyistes. «Il faut se poser de sérieuses questions sur le rôle du conseiller en éthique lorsqu'il choisit de donner des conseils à de riches lobbyistes pour éviter de se faire prendre en train d'enfreindre le code d'éthique», a fait valoir M. Conacher.

Le groupe de M. Conacher a décidé de contester les fonctions de M. Wilson devant les tribunaux après que ce dernier eut tranché que le premier ministre Jean Chrétien n'avait pas enfreint le code d'éthique lorsqu'il a accepté l'invitation des Entreprises Bell Canada de participer à un tournoi de golf avec Tiger Woods, en septembre, à Montréal.

Démocratie sous surveillance estime que M. Wilson ne peut occuper les fonctions de conseiller en éthique tout en étant responsable de l'application de la Loi sur l'enregistrement des lobbyistes, compte tenu qu'il est appelé à se prononcer à la fois sur l'éthique des lobbyistes et sur celle des politiciens qui font l'objet de leurs pressions. «Beaucoup de problèmes d'éthique en lobbying impliquent en même temps des ministres. M. Wilson ne peut faire respecter le code de conduite des lobbyistes de manière juste et impartiale», a déclaré mardi M. Conacher.

Il y a quelques mois, le comité permanent de l'Industrie a recommandé au gouvernement Chrétien de confier la responsabilité de veiller à l'application de cette loi à un autre fonctionnaire qui serait redevable au Parlement. Le gouvernement Chrétien n'a pas cru bon de donner suite à cette recommandation du comité à majorité libérale.

Au cours des derniers mois, M. Wilson a été malmené par les partis d'opposition après avoir tranché en faveur de M. Chrétien et de certains ministres qui, selon eux, s'étaient placés en situation de conflit d'intérêts.

Les partis d'opposition estiment que M. Wilson, qui est nommé par M. Chrétien et rend des comptes au premier ministre seulement, est un serviteur aveugle du chef du gouvernement libéral.