«« Gagliano à Ottawa

Des réactions à l'affaire Gagliano

SRC
Le mercredi 13 février 2002



Michel Couillard est un ancien vice-président de la Société immobilière du Canada. Congédié en 1999, il a plaidé coupable en décembre à une accusation d'abus de confiance. En Cour, mardi, il a déposé une lettre adressée au pdg de la SIC en octobre 1998. Il s'y plaignait des pressions constantes pour qu'il embauche des proches du ministre Alfonso Gagliano ou du Parti libéral du Canada.

John Manley

À la SIC, on admet que Michel Couillard a discuté de ces questions avec le pdg de l'époque, Erhard Buchholz, qui soutient par contre n'avoir jamais vu de lettre à ce sujet. John Manley, maintenant responsable des sociétés d'État, qui relevaient auparavant d'Alfonso Gagliano, affirme : «Je crois d'abord que c'est une situation pour la corporation à déterminer d'abord si la lettre existe dans les dossiers de la corporation».

Quant aux personnes impliquées par la lettre, elles ont refusé de commenter ou elles ne nous ont pas rappelés.

À Ottawa, l'Alliance Canadienne réclame une enquête de la Chambre et le Bloc Québécois veut que le Parlement entende Michel Couillard.

Robert Charest.

Quant à Robert Charest, dont Michel Couillard soutient qu'on souhaitait prolonger le contrat, sous prétexte que son frère Jean était devenu chef du Parti libéral du Québec, Jean Charest répond: «Quand c'est des choses qui ne nous touchent pas, parce qu'on n'est pas touché par ces histoires-là ni de près ni de loin, je ne vois pas de quelle façon ça pourrait nous nuire.»

Robert Charest a touché 187 000 dollars de la SIC entre 1996 et 1998. Selon nos sources, la SIC n'a trouvé à peu près aucune trace du travail effectué par M. Charest.

Premier reportage de Pierre Tourangeau diffusé le mardi 12 février 2002

Michel Couillard était, jusqu'en février 1999, vice-président directeur général de la Société immobilière. Il a déposé mardi en Cour une lettre écrite à l'automne 1998 dans laquelle il faisait part à son patron de multiples tentatives d'ingérence du ministre de l'époque, Alfonso Gagliano.

En février 1999, Michel Couillard, alors vice-président-directeur général de la Société immobilière du Canada, la SIC, est suspendu, puis congédié dans le cadre d'une enquête menée par des vérificateurs et la GRC sur la gestion de l'ancienne base militaire de Saint-Hubert. Des entreprises et un employé seront finalement accusés de fraude dans une affaire de faux contrats. Quant à Michel Couillard, il attendra huit mois avant d'être accusé d'avoir accepté qu'une écurie de Bromont efface une partie de la facture pour la pension du cheval de sa fille. Michel Couillard a plaidé coupable en décembre dernier.

On apprend maintenant que trois mois avant sa suspension, il avait écrit une longue lettre manuscrite à son patron, le pdg de la SIC, Erhard Buccholz, dans laquelle il dénonçait les pressions du ministre Alfonso Gagliano et de son chef de cabinet, Jean-Marc Bard. Les deux hommes lui demandaient avec insistance d'embaucher des individus proches du ministre ou du Parti libéral du Canada.

Dans la lettre en anglais déposée en cour, Michel Couillard écrit :«Pour faire suite à nos discussions, voici quelques-uns des noms de professionnels et de consultants que le ministre A. Gagliano et J.-M. Bard m'ont fortement suggéré d'embaucher à la SIC.»

Le premier nom de la liste : Tomasso Nanci, un avocat de Montréal et ancien organisateur du ministre. Michel Couillard explique qu'on veut que tous les dossiers confiés à la firme Martineau Walker soit immédiatement transférés à Tomasso Nanci, qui devait ainsi devenir le principal conseiller juridique de la société. Vient ensuite Emmanuel Triassi à qui, explique Michel Couillard, le ministre voulait que soit confiée la construction ou la gérance du projet d'immeubles à logements Benny Farm à Montréal. Et il précise : «Il a été demandé que le processus d'appels d'offres ou de soumissions soit évité pour s'assurer que (...) l'entreprise de construction de Manuel Triassi obtienne le contrat. J'ai refusé de le faire ! » Emmanuel Triassi sera plus tard nommé président du conseil d'administration de la Monnaie royale du Canada par Alfonso Gagliano. Michel Couillard ajoute qu'on lui a demandé d'annuler le contrat de l'architecte du projet Benny Farm, la firme Saïa Barbarese, pour le donner à la société Bertomeu et Ruccolo, ce qu'il a refusé. Le ministre Gagliano voulait aussi que la firme d'ingénieurs Pageau Morel ait sa part du projet Benny Farm. «Le gendre du ministre, écrit-il, travaille pour cette entreprise.»

La liste se poursuit : la firme d'ingénierie Soprin ADS, la société de démolition Forlini, Michel Hébert, un consultant de Montréal, puis, Robert Charest, le frère de Jean Charest, chef du Parti Libéral du Québec. «Le ministre Gagliano et J.-M. Bard, écrit-il, m'ont fortement suggéré d'allonger son contrat (...) puisque son frère saute dans l'arène provinciale et que les libéraux fédéraux veulent aider.»

Il y a un autre libéral, Clément Joly, de la firme comptable RCMP, et responsable des finances du PLC au Québec. Enfin, Tony Mignacca, un ami personnel du ministre Gagliano.

«Je crains de ne pas m'être fait des amis du ministre, de Jean-Marc Bard, de Jacques Oliver et de tous les autres, conclut Michel Couillard. Mais quelqu'un doit dire que ça suffit !»

Or, le paradoxe dans toute cette affaire, c'est que c'est la lettre de Michel Couillard qui a incité la SIC à déclencher l'enquête qui mènera finalement à son propre congédiement.