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Nouveau camouflet pour Gagliano
Gilles Toupin
La Presse Le mercredi 20 février 2002
Alfonso Gagliano, l'ancien ministre fédéral des Travaux publics, devra témoigner devant le comité des affaires étrangères de la Chambre des Communes afin de démontrer qu'il a les compétences voulues pour occuper son nouveau poste d'ambassadeur au Danemark.
Cette décision, qualifiée de «routinière» hier par le vice-premier ministre John Manley, n'en est pas moins un camouflet pour l'ancien bras droit de Jean Chrétien qui a dû renoncer à faire partie du cabinet en janvier dernier en raison de soupçons de trafic d'influence. M. Gagliano a été accusé par d'anciens hauts fonctionnaires d'avoir exercé des pressions pour que ses amis et ses appuis politiques soient embauchés par une société de la Couronne dont il avait la responsabilité.
Le comité, présidé depuis peu par la députée libérale d'Etobicoke-Lakeshore, Jean Augustine, a accepté à l'unanimité hier la motion de la députée bloquiste de Mercier, Francine Lalonde. Elle avait déposé cette motion immédiatement après que le premier ministre Chrétien eut annoncé par décret en janvier la nomination de M. Gagliano au Danemark.
Mme Lalonde et plusieurs autres députés de l'opposition soutiennent que M. Gagliano n'est pas qualifié pour diriger la chancellerie canadienne à Copenhague et que sa nomination «politique» dessert la bonne réputation des services étrangers canadiens.
Mme Lalonde a déclaré qu'elle n'était pas surprise de l'acceptation de sa motion par le comité, puisqu'il en a toujours été ainsi par le passé. Depuis 1986, soit depuis l'adoption des articles 110 et 111 du règlement, 20 personnes ont dû se présenter devant le comité à la suite de leur nomination par décret dont Jacques Roy (1996), l'ancien ambassadeur du Canada en France, Norman Spector (1992), ancien ambassadeur en Israël, et Sergio Marchi (2000), l'ancien ministre du Commerce international nommé ambassadeur par M. Chrétien auprès de l'OMC. «Les libéraux n'avaient pas le choix de voter en faveur de la motion», soutient Mme Lalonde.
«C'est très clair que les libéraux vont nous empêcher de faire la lumière sur cette affaire, a commenté le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, à la sortie des Communes. Il n'en demeure pas moins qu'à travers les compétences de M. Gagliano, il y a un certain nombre de facteurs qui seront évoqués, dont ceux de la transparence et de l'intégrité.»
«Je pense que sa nomination s'est passée dans des conditions un peu particulières, a ajouté M. Duceppe. C'est ça que l'on veut éclairer. Et je ne pense pas que ça donne une très bonne image au Canada d'avoir quelqu'un qui a dû quitter son ministère. On ne se fera pas d'illusions: on l'a mis à la porte et on lui trouve un refuge au Danemark.»
Pouvoirs limités du comité
Le comité des affaires étrangères des Communes interrogera donc Alfonso Gagliano sur ses compétences et ses qualités morales, mais il n'a pas le pouvoir de répudier l'ambassadeur. Le comité peut tout au plus rédiger un rapport et en faire part à la Chambre des communes. Il n'est jamais arrivé qu'il ait exprimé l'opinion qu'un candidat n'est pas à la hauteur du poste auquel il avait été nommé.
«Il est clair que le mandat que l'on reçoit est limité à sa capacité et ses compétences pour assumer la fonction pour laquelle il est nommé par décret, a expliqué Francine Lalonde. Mais cette fonction est une fonction d'ambassadeur.
Or, le futur ambassadeur Gagliano ne vient pas du corps diplomatique, alors on peut s'attendre à ce qu'on exige de lui autant que ce que l'on exige du corps diplomatique. Quand on parle de sa capacité et de sa compétence, on parle aussi de ses valeurs morales, de l'intégrité, de la transparence, de ce qui fait que le Canada veut être fier de son corps diplomatique à l'étranger.
«C'est clair qu'il a été nommé dans des conditions où il y a des allégations extrêmement lourdes qui pèsent sur lui, a ajouté la députée de Mercier. Alors, dans le contexte où il va exercer des fonctions diplomatiques, il faut qu'il exerce ces fonctions avec toutes les qualités requises. Mais là il traîne lourdement une odeur nauséabonde.»
John Manley, le vice-premier ministre, a tenté de dédramatiser le procès que veut faire l'opposition à l'ancien bras droit de Jean Chrétien. «Je crois que c'est normal que l'on demande que des personnes proposées comme ambassadeur soient convoquées devant le comité, a-t-il dit à la sortie d'une réunion du cabinet.
Cela a été fait une dizaine de fois. Je crois que le président de la Chambre a délimité les questions que pourront poser les membres du comité.» M. Manley a exprimé de plus l'opinion qu'il ne serait pas bon, dans le cadre de notre système parlementaire, que les comités aient le pouvoir de rejeter les nominations du premier ministre, comme cela se fait aux États-Unis.
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