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«« Gagliano
Le poids de la famille
Michel David
Le Devoir Le jeudi 21 février 2002
Au moment où le PQ est aux prises avec de sérieux problèmes d'éthique, Jean Charest se serait assurément passé de ce pavé qui vient d'atterrir dans sa propre mare.
Aucune accusation n'a encore été portée contre son frère Robert, qui aurait touché de la Société immobilière du Canada (SIC) la jolie somme de 187 000 $ sans avoir livré les services correspondants, mais la firme de consultants Samson Bélair, Deloitte & Touche, qui a effectué une vérification judiciaire, n'a pas la réputation de fabuler.
Pour des raisons assez difficiles à comprendre, il a fallu que le National Post révèle l'existence de ce rapport pour que la GRC, qui l'avait en sa possession depuis 1999, décide d'ouvrir une enquête, mais chacun sait que les voies de la GRC sont impénétrables.
Bien sûr, le chef du PLQ n'est pas responsable des faits et gestes de son frère, qui est de surcroît son aîné, mais la lettre signée par le vice-président et directeur général de la SIC, Michel Couillard, en date du 22 octobre 1998, l'implique bien malgré lui.
Dans cette lettre manuscrite produite en cour, M. Couillard informe son patron que le ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, de même que son chef de cabinet, Jean-Marc Bard, «ont fortement suggéré que le contrat de consultation et de marketing de Robert Charest soit prolongé, étant donné que son frère allait maintenant sur la scène provinciale et que les libéraux fédéraux voulaient l'aider».
Les libéraux fédéraux en général et M. Gagliano en particulier n'ont jamais démontré beaucoup de sollicitude envers leurs adversaires politiques. On voit assez mal, en effet, pourquoi ils auraient voulu rendre un tel service à un organisateur conservateur, sinon parce qu'il était le frère de l'autre.
Ce pauvre M. Couillard n'en pouvait plus de toutes ces commandes venues d'en haut. «J'essaie d'être accommodant et de rendre service, mais il y a une limite à ce qu'on peut faire; il y a une ligne que je ne peux traverser et l'intégrité doit prévaloir», écrit-il.
Normalement, le contrat de M. Charest aurait dû se terminer en mars ou en avril 1998. «J'ai dit à M. Bard que je pourrais continuer jusqu'en septembre 1998, mais que je n'aurais plus besoin de lui après», explique M. Couillard. Comme on dit, c'était toujours ça de pris.
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Bien que les sondages soient présentement favorables au PLQ, plus personne ne s'enthousiasme de la performance de Jean Charest. Les libéraux doivent eux-mêmes faire de gros efforts pour se convaincre qu'il n'est «pas si pire».
Il faut cependant se souvenir des circonstances dans lesquelles il a débarqué sur la scène québécoise, en mars 1998. Quand Daniel Johnson a quitté la direction du PLQ, Lucien Bouchard était encore auréolé du brio qu'il avait manifesté durant la crise du verglas.
À ce moment, M. Bouchard semblait être en mesure de mener le PQ à une victoire éclatante, qui allait être suivie d'un référendum enfin gagnant. Au cours d'un grand ralliement au Palais des congrès, le 20 novembre, le premier ministre avait même évoqué publiquement un doublé de ce genre. Dans le camp fédéraliste, le climat était à la panique. «La meilleure chance de succès du séparatisme s'appelle Daniel Johnson», écrivait le magazine anglais The Economist.
Au lendemain de sa démission, M. Charest a pris la dimension d'un véritable sauveur. D'un océan à l'autre, on le suppliait d'aller terrasser le dragon séparatiste. Tellement que le chef conservateur s'est pris au jeu, se mettant à parler de lui-même à la troisième personne. Durant les quelques jours où il a fait mine d'hésiter, on lui aurait donné n'importe quoi pour qu'il accepte de plonger. Les rumeurs les plus folles couraient sur les trésors que le Canada anglais déposait à ses pieds.
Loin de moi l'idée de suggérer que M. Charest a inclus dans ses conditions la prolongation du contrat que la SIC avait accordé à son frère. D'ailleurs, rien ne laisse croire qu'il était au courant. Mais, de toute évidence, M. Gagliano a cru habile de miser sur son sens de la famille, ce qui en dit long sur sa propre conception de la politique. Dans son cas, parler d'une conception de l'éthique serait nettement un abus de langage.
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L'imagination dont les libéraux fédéraux font preuve quand vient le temps de saboter les efforts de M. Charest tient littéralement du prodige. Passe encore qu'on lui ferme la porte au nez chaque fois qu'il ose réclamer timidement un semblant de reconnaissance du caractère distinct du Québec ou un minimum de respect de ses compétences. Après tout, le PLC affiche la même intransigeance depuis plus de trente-cinq ans.
Cette histoire de contrat bidon accordé à son frère, soi-disant pour aider M. Charest, à en croire la lettre du vice-président de la SIC, relève carrément de l'imbécillité. Il est encore impossible d'évaluer l'impact que la pratique douteuse du lobbying par des amis du régime péquiste aura sur l'électorat, mais le chef du PLQ est désormais très mal placé pour capitaliser sur les malheurs du gouvernement Landry.
La prochaine fois que les libéraux se risqueront à évoquer l'affaire Bréard ou le nom d'André Desroches, qui aurait profité de ses liens d'amitié avec Gilles Baril pour favoriser ses affaires, on aura beau jeu de leur répliquer qu'ils ont au moins rendu les services pour lesquels ils ont été payés.
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