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Charest's brother faces probe Fraud allegations give Canada Lands Co. controversy yet another twist
ELIZABETH THOMPSON
Montreal Gazette Thursday, February 21, 2002
Robert Charest, brother of Quebec's Liberal leader, faces the prospect of an RCMP investigation into allegations he defrauded a federal crown corporation.
Guy Amyot, spokesman for the RCMP, said officers in the commercial-crime section are studying documents to determine whether to open a formal investigation. He refused to identify the documents, saying they could end up as evidence, should charges be laid.
Charest said in a statement he has done nothing wrong and honestly performed the work he was hired to do for the Canada Lands Co.
"I was dedicated to my work at Canada Lands and I deplore the fact that reputations can be tarnished this way," he wrote. "It makes one wonder what motivates this kind of hounding."
The revelation that police are looking into Charest's contract with the Canada Lands Co. is the latest twist in a convoluted controversy surrounding the crown corporation's activities in Quebec under former public works minister Alfonso Gagliano.
That controversy was reignited last week by an explosive internal memo written by former Canada Lands vice-president Michel Couillard in October 1998, detailing how Gagliano and his staff were putting "intense pressure" on its management to hire Gagliano's friends and supporters of the Liberal Party of Canada.
Gagliano Pushed Contract
The letter says Gagliano also wanted Canada Lands to give more work to Robert Charest in the wake of his brother Jean's decision to jump from leader of the federal Conservative Party to that of the Quebec Liberal Party.
"Robert Charest's 1997 consulting and marketing contract was terminated around April-May '98," wrote Couillard, the person who initially hired him.
"Minister Gagliano and (chief of staff) J.M. Bard suggested strongly (meeting around June 2, '98) to extend the contract to R. Charest (Gestpro Inc.) since his brother was now going to the provincial scene and the federal Liberals wanted to help. I told J.M. Bard that I can continue to September '98 but I have no need after that!!"
Jean Charest was crowned Quebec Liberal Party leader in April 1998.
Over two years, Canada Lands paid Robert Charest an estimated $187,000. However, a confidential forensic audit conducted for Canada Lands in 1999 and obtained by the National Post and Radio-Canada concluded he did not provide two years' worth of services as a real-estate consultant and broker.
Employees told the auditors that the only times they saw Charest was when he walked into the crown corporation's offices to pick up his pay cheques.
As a contract employee, Charest said he didn't have an office at Canada Lands and the nature of his work meant he had to travel constantly. He said he gave his superiors regular accounts of his activities and claimed an average of only 90 km of travel a day, despite the fact he had to travel all across the province to meet potential buyers for the corporation's lands.
Gordon McIvor, vice-president of Canada Lands, said the RCMP told the corporation last week it planned a closer look at Charest's activities.
He said Canada Lands turned over a series of documents to the RCMP almost three years ago, including a forensic audit conducted in 1999 by the firm Samson Belair/Deloitte Touche.
Manley Distances Himself
But Charest didn't get much backing from the federal government yesterday, as Liberal ministers ducked questions from reporters and tried to distance themselves in the House.
Bloc Québécois MP Ghislain Lebel went on the attack in question period, asking Deputy Prime Minister John Manley, who now oversees Canada Lands, what tasks Robert Charest accomplished for the crown corporation.
"The real question is what action was taken on the subject of Mr. Charest," shot back Manley. "The answer is clear: his contract was terminated by the corporation."
Le poids de la famille
Michel David
Le Devoir Le jeudi 21 février 2002
Au moment où le PQ est aux prises avec de sérieux problèmes d'éthique, Jean Charest se serait assurément passé de ce pavé qui vient d'atterrir dans sa propre mare.
Aucune accusation n'a encore été portée contre son frère Robert, qui aurait touché de la Société immobilière du Canada (SIC) la jolie somme de 187 000 $ sans avoir livré les services correspondants, mais la firme de consultants Samson Bélair, Deloitte & Touche, qui a effectué une vérification judiciaire, n'a pas la réputation de fabuler.
Pour des raisons assez difficiles à comprendre, il a fallu que le National Post révèle l'existence de ce rapport pour que la GRC, qui l'avait en sa possession depuis 1999, décide d'ouvrir une enquête, mais chacun sait que les voies de la GRC sont impénétrables.
Bien sûr, le chef du PLQ n'est pas responsable des faits et gestes de son frère, qui est de surcroît son aîné, mais la lettre signée par le vice-président et directeur général de la SIC, Michel Couillard, en date du 22 octobre 1998, l'implique bien malgré lui.
Dans cette lettre manuscrite produite en cour, M. Couillard informe son patron que le ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, de même que son chef de cabinet, Jean-Marc Bard, «ont fortement suggéré que le contrat de consultation et de marketing de Robert Charest soit prolongé, étant donné que son frère allait maintenant sur la scène provinciale et que les libéraux fédéraux voulaient l'aider».
Les libéraux fédéraux en général et M. Gagliano en particulier n'ont jamais démontré beaucoup de sollicitude envers leurs adversaires politiques. On voit assez mal, en effet, pourquoi ils auraient voulu rendre un tel service à un organisateur conservateur, sinon parce qu'il était le frère de l'autre.
Ce pauvre M. Couillard n'en pouvait plus de toutes ces commandes venues d'en haut. «J'essaie d'être accommodant et de rendre service, mais il y a une limite à ce qu'on peut faire; il y a une ligne que je ne peux traverser et l'intégrité doit prévaloir», écrit-il.
Normalement, le contrat de M. Charest aurait dû se terminer en mars ou en avril 1998. «J'ai dit à M. Bard que je pourrais continuer jusqu'en septembre 1998, mais que je n'aurais plus besoin de lui après», explique M. Couillard. Comme on dit, c'était toujours ça de pris.
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Bien que les sondages soient présentement favorables au PLQ, plus personne ne s'enthousiasme de la performance de Jean Charest. Les libéraux doivent eux-mêmes faire de gros efforts pour se convaincre qu'il n'est «pas si pire».
Il faut cependant se souvenir des circonstances dans lesquelles il a débarqué sur la scène québécoise, en mars 1998. Quand Daniel Johnson a quitté la direction du PLQ, Lucien Bouchard était encore auréolé du brio qu'il avait manifesté durant la crise du verglas.
À ce moment, M. Bouchard semblait être en mesure de mener le PQ à une victoire éclatante, qui allait être suivie d'un référendum enfin gagnant. Au cours d'un grand ralliement au Palais des congrès, le 20 novembre, le premier ministre avait même évoqué publiquement un doublé de ce genre. Dans le camp fédéraliste, le climat était à la panique. «La meilleure chance de succès du séparatisme s'appelle Daniel Johnson», écrivait le magazine anglais The Economist.
Au lendemain de sa démission, M. Charest a pris la dimension d'un véritable sauveur. D'un océan à l'autre, on le suppliait d'aller terrasser le dragon séparatiste. Tellement que le chef conservateur s'est pris au jeu, se mettant à parler de lui-même à la troisième personne. Durant les quelques jours où il a fait mine d'hésiter, on lui aurait donné n'importe quoi pour qu'il accepte de plonger. Les rumeurs les plus folles couraient sur les trésors que le Canada anglais déposait à ses pieds.
Loin de moi l'idée de suggérer que M. Charest a inclus dans ses conditions la prolongation du contrat que la SIC avait accordé à son frère. D'ailleurs, rien ne laisse croire qu'il était au courant. Mais, de toute évidence, M. Gagliano a cru habile de miser sur son sens de la famille, ce qui en dit long sur sa propre conception de la politique. Dans son cas, parler d'une conception de l'éthique serait nettement un abus de langage.
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L'imagination dont les libéraux fédéraux font preuve quand vient le temps de saboter les efforts de M. Charest tient littéralement du prodige. Passe encore qu'on lui ferme la porte au nez chaque fois qu'il ose réclamer timidement un semblant de reconnaissance du caractère distinct du Québec ou un minimum de respect de ses compétences. Après tout, le PLC affiche la même intransigeance depuis plus de trente-cinq ans.
Cette histoire de contrat bidon accordé à son frère, soi-disant pour aider M. Charest, à en croire la lettre du vice-président de la SIC, relève carrément de l'imbécillité. Il est encore impossible d'évaluer l'impact que la pratique douteuse du lobbying par des amis du régime péquiste aura sur l'électorat, mais le chef du PLQ est désormais très mal placé pour capitaliser sur les malheurs du gouvernement Landry.
La prochaine fois que les libéraux se risqueront à évoquer l'affaire Bréard ou le nom d'André Desroches, qui aurait profité de ses liens d'amitié avec Gilles Baril pour favoriser ses affaires, on aura beau jeu de leur répliquer qu'ils ont au moins rendu les services pour lesquels ils ont été payés.
Le Bloc accuse les libéraux de protéger un organisme ami
Isabelle Ducas
Presse Canadienne
Le vendredi 22 février 2002
Le Bloc québécois accuse le gouvernement fédéral de maintenir artificiellement en vie un organisme de développement économique, la Technobase Rive-Sud, dans le seul but de soutenir un ami du Parti libéral.
La Technobase est dirigée depuis avril 2001 par Clément Joly, qui était jusqu'à tout récemment président de la Commission des finances du Parti libéral pour le Québec. Or, depuis cette date, l'organisme n'a accordé d'aide financière à aucune nouvelle entreprise, bien qu'il ait un fond de 3 millions $ à sa disposition.
Et cette semaine, il a été décidé que cet argent serait géré par Développement économique Canada (DEC). Une étude de la firme Samson Bélair recommandait ce changement, sur la base des failles majeures relevées dans l'évaluation des projets soumis à la Technobase.
«Il n'y a plus d'argent à la Technobase, plus d'analyses qui sont faites, alors on se demande c'est quoi son but actuellement, a souligné la députée bloquiste Caroline Saint-Hilaire, vendredi. Actuellement, c'est géré par Clément Joly, qui est payé 300 $ de l'heure pour maintenir une coquille vide.'
Le nom de M. Joly se trouvait par ailleurs sur une liste déposée en cour la semaine dernière par Michel Couillard, un ancien dirigeant de la Société immobilière du Canada (SIC) qui affirme qu'Alfonso Gagliano, ex-ministre fédéral des Travaux publics, avait fait pression sur lui pour qu'il embauche certains de ses proches.
La SIC a des liens avec la Technobase, puisque l'organisme, créé en 1997, a pour mandat de développer les terrains de la base militaire de Saint-Hubert. Michel Couillard siégeait également au conseil d'administration de l'organisme jusqu'à tout récemment.
À la Chambre des communes, le secrétaire d'État responsable des agences de développement économique, Claude Drouin, a répondu vendredi que la Technobase, qui a permis de créer 600 emplois, ne recevrait bientôt plus de financement fédéral pour ses opérations.
«D'ici avril, on estime que la Technobase aura terminé son mandat, confirme Jack Noodelman, directeur régional de DEC pour la Montérégie.
L'organisme travaille actuellement sur certains dossiers, mais ils seront bientôt réglés de façon finale. Etant donné que le développement de nouveaux dossiers est entre les mains de DEC, il ne restera pas grand-chose à faire pour la Technobase.'
En plus de son fond d'aide aux entreprises, la Technobase recevait 350 000 $ par année du gouvernement pour ses frais de fonctionnement, un financement qui cessera le mois prochain, dit M. Noodelman.
Cependant, dans un rapport rédigé en janvier, Clément Joly soulignait que le gouvernement fédéral avait renouvelé le financement de l'organisme jusqu'en 2003.
La nouvelle porte-parole embauchée par la Technobase, Monique Letarte, a tenté de défendre le président-directeur général, qui est un associé de la firme comptable Raymond Chabot.
C'est à la demande de la firme Samson Bélair qu'il a pris la direction de la Technobase, alors que l'organisme se trouvait pris dans le tumulte de la fusion municipale sur la Rive-Sud de Montréal, dit Mme Letarte.
Elle reconnaît cependant qu'aucune entreprise n'a reçu de financement fédéral depuis près d'un an.
Trois contrats à un proche de Gagliano Dans chaque cas, l'administration Bourque a contourné la procédure habituelle
Josée Boileau
Le Devoir - Le samedi 23 février 2002
Coïncidence? L'homme de confiance d'Alfonso Gagliano, Me Tommaso Nanci, a obtenu des contrats de la Ville de Montréal au moment même où la machine libérale fédérale, contrôlée par M. Gagliano, s'apprêtait à se mettre au service du maire Pierre Bourque pour l'élection municipale de l'an dernier.
Au cours de l'année précédant l'élection du 4 novembre, Me Nanci a travaillé à trois mandats confiés par le comité exécutif de la Ville - dont le controversé dossier de la vente de La Ronde à une compagnie américaine. Pour chacun de ces mandats, les procédures habituelles d'octroi de contrat n'ont pas été suivies.
Tommaso Nanci était jusqu'à maintenant inconnu du grand public. Son nom est apparu il y a quelques jours dans une lettre écrite par l'ancien vice-président de la Société immobilière du Canada (SIC), Michel Couillard. Celui-ci y dénonçait les pressions politiques exercées par le ministre Alfonso Gagliano, responsable de la SIC, pour favoriser l'embauche de certaines personnes, dont Me Nanci.
Au Parti libéral du Canada (PLC), Tommaso Nanci est considéré comme un fidèle de M. Gagliano - même s'il n'apparaît pas officiellement dans les structures du parti. «Tom, c'est un peu le bras droit de Gagliano. Il peut lui faire confiance à 100 %, il sait qu'il ne lui fera pas dans les mains», nous expliquait quelqu'un du PLC qui veut garder l'anonymat. Tommasso Nanci, poursuit notre source, c'est celui qui «callait bien des shots», notamment en matière de financement. Une collaboration qui remonte d'ailleurs avant même qu'Alfonso Gagliano ne soit nommé ministre dans le gouvernement Chrétien en 1994. Me Nanci a longtemps eu son bureau d'avocat à Saint-Léonard, où il a été conseiller municipal de 1990 à 1998 - et où M. Gagliano était député fédéral jusqu'à sa récente nomination comme ambassadeur au Danemark.
À partir de 1996, Me Nanci sera engagé successivement par trois grandes firmes d'avocats de Montréal. Mais avant le printemps 2000, il n'a jamais eu de contrat de la Ville de Montréal. Le 5 juin 2000, le cabinet du maire Bourque autorise toutefois qu'on lui confie un mandat dans le cadre du dossier Matrec. Normalement, pour recourir à des ressources professionnelles de l'extérieur, il doit y avoir une justification écrite sur un formulaire officiel et faite par le service municipal qui a besoin de renfort. En général, on justifie l'embauche d'une personne extérieure par le fait qu'elle a une expertise dans un domaine précis, que les services municipaux n'offrent pas.
Or, dans le cas du premier mandat confié à Me Nanci, la recommandation ne vient pas d'un directeur de service municipal mais du chef du cabinet du maire, Serge Gosselin. Celui-ci n'est en poste que depuis quelques semaines. C'est un organisateur du Parti libéral fédéral et un ancien conseiller politique du ministre Stéphane Dion. M. Gosselin ne justifie pas pourquoi il a choisi Me Nanci, se contentant de le nommer dans le formulaire autorisant l'embauche.
Le mandat de Me Nanci consiste à «négocier l'acquisition d'un terrain dans le Technoparc avec des représentants du gouvernement fédéral en vue d'y installer le Centre de transbordement de Matrec [...] et de veiller à tous les aspects juridiques du dossier». Me Nanci a reçu pour ce faire un montant de 28 756,25 $, qui sera complété six mois plus tard par un autre montant de plus de 8000 $.
Curieusement, le document du Service des finances qui recommande cette augmentation est daté du lendemain de la décision de l'exécutif, soit le 21 décembre 2000. Normalement, les services de la Ville (dont le Service des finances) font leurs recommandations au comité exécutif avant que celui-ci prenne une décision.
Parallèlement, Me Nanci s'attellera à un autre mandat, celui de la vente de La Ronde. Ce dossier a été confié à la firme d'avocats où Me Nanci travaille depuis l'automne 2000: Borden, Ladner, Gervais - une étude importante qui a des bureaux dans tout le Canada. Cette firme a reçu pour mandat de «conseiller la Ville à l'égard de la disposition des actifs de La Ronde», selon la recommandation faite par le directeur général de la Ville, Guy Coulombe, au conseil municipal.
La recommandation, faite lors de la séance du conseil municipal du 20 mars 2001, consiste à «retenir les services professionnels de Borden Ladner Gervais», à compter du 21 octobre 2000, ce qui revient à entériner un fait qui a cours depuis cinq mois. Un montant de 300 000 $ est réservé pour la firme d'avocats.
L'opposition contestera le recours à une firme extérieure (Jean Fortier, alors président du comité exécutif, dira que le Service du contentieux de la Ville n'avait pas l'expertise nécessaire pour mener ce dossier dans le délai requis). Elle s'indignera aussi du montant du contrat et refusera avec force d'entériner une décision prise, croit-on, depuis des mois au comité exécutif - ce qui contrevient à la façon de faire habituelle. Les médias, de leur côté, souligneront que l'administration Bourque a caché depuis cinq mois une facture importante entourant la vente de La Ronde, un dossier déjà fort controversé.
Or, selon les documents publics consultés par Le Devoir, contrairement à la règle, aucune résolution de l'exécutif ni aucune demande émanant d'un service de la Ville n'ont été faites au cours de l'automne 2000 pour embaucher l'étude Borden Ladner Gervais. Tous les documents pertinents sont datés de mars alors que Borden avait commencé ses travaux juridiques depuis des mois.
Un deuxième montant de 270 000 $ à verser à la firme sera autorisé le 19 juin 2001 par le conseil municipal, toujours avec la dissidence de l'opposition. Pour couvrir cette nouvelle et importante dépense, l'argent pourra être pris «à même le budget des dépenses générales d'administration mis à la disposition du comité exécutif», lit-on dans la recommandation de la direction générale de la Ville - une façon de faire elle aussi inusitée. Les documents publics ne mentionnent pas qui sont les avocats de la firme Borden qui ont travaillé au dossier de La Ronde. Mais Le Devoir a appris que Me Tommaso Nanci faisait partie de la vingtaine d'avocats qui ont, à des degrés divers, touché au dossier. Sans en être le principal responsable, Me Nanci se classait - au moment du premier paiement de la Ville - au troisième rang des avocats de la firme les mieux rémunérés dans cette affaire. Des sources nous confirment qu'il était très présent dans le dossier.
Enfin, un autre mandat sera confié nommément à Me Nanci par le comité exécutif en février dernier. Il doit représenter la Ville dans une poursuite de 1,4 million de dollars que lui a intentée un marché d'alimentation. Une dépense de 30 000 $ est autorisée. Là encore, contrairement à la pratique, on n'invoque pas d'expertise particulière pour confier ce dossier à Me Nanci mais plutôt le fait que le Service du contentieux de la Ville est débordé à cause des fusions municipales.
Or le contentieux avait commencé deux mois plus tôt à traiter ce dossier qui ne comporte pas de difficultés particulières (la poursuite allègue que des commerçants ont été mal renseignés par des employés municipaux sur une question de zonage). Un tel changement de procureur alors que le dossier est déjà engagé au Palais de justice n'est pas fréquent, soutiennent plusieurs avocats spécialisés en droit municipal que nous avons consultés. L'affaire, qui depuis suit son cours, devrait être tranchée d'ici quelques mois par le tribunal.
Dans la lettre écrite par l'ancien vice-président de la Société immobilière du Canada, Michel Couillard, celui-ci reprochait au ministre Gagliano et à son chef de cabinet Jean-Marc Bard d'avoir imposé Me Nanci pour qu'il obtienne des mandats juridiques. L'automne dernier, au moment de la campagne électorale municipale, Le Devoir avait par ailleurs démontré l'importante implication de l'équipe du ministre Gagliano auprès du camp Bourque. Ses conseillers dirigeaient l'organisation de la campagne, appuyés par des troupes péquistes qui ont alors fait taire leurs récriminations à l'égard de M. Gagliano tant il fallait faire élire Pierre Bourque.
Joint hier par Le Devoir, Tommaso Nanci s'est refusé à tout commentaire, nous renvoyant aux documents publics disponibles.
Avec la collaboration de Kathleen Lévesque
Un autre proche d'Alfonso Gagliano aurait bénéficié d'un traitement de faveur
TVA- Canoe
23.2.2002
Le Devoir révèle ce matin que l'homme de confiance d'Alfonso Gagliano, Tommaso Nanci, a obtenu des contrats de la Ville de Montréal au moment même où la machine libérale, contrôlée par l'ancien ministre, s'apprêtait à se mettre au service de l'ancien maire Pierre Bourque pour l'élection municipale de l'an dernier.
Au cours de l'année précédant l'élection du 4 novembre, Me Nanci a travaillé à trois mandats confiés par le comité exécutif de la Ville. Pour chacun de ces mandats, les procédures habituelles d'octroi de contrat n'ont pas été suivies.
Au Parti libéral du Canada, Me Nanci est considéré comme un fidèle de M. Gagliano - même s'il n'apparaît pas officiellement dans les structures du parti.
Trois contrats lucratifs
Avant le printemps de 2000, Me Nanci n'a jamais obtenu de contrat de la Ville de Montréal. Le 5 juin de cette année-là, le cabinet du maire Bourque a toutefois autorisé qu'un mandat soit confié à cet avocat dans le cadre du dossier Matrec.
Normalement, pour recourir à des ressources professionnelles extérieures, il doit y avoir une justification écrite sur un formulaire officiel et faite par le service municipal. En général, on justifie l'embauche d'une personne extérieure par le fait qu'elle a l'expertise dans un domaine précis, que les services municipaux n'offrent pas. Dans le cas du premier mandat confié à Me Nanci, la recommandation est venue directement du chef de cabinet du maire, Serge Gosselin, un ancient conseiller du ministre Stéphane Dion, qui n'était en poste que depuis quelques semaines.
Pour ce mandat, l'avocat a reçu un montant de 28 756,25 $, auquel s'ajoutera un autre montant de plus de 8000 $ six mois plus tard.
Un autre dossier, celui de la vente de la Ronde a été confié à la firme Borden, Ladner, Gervais, l'étude d'avocats pour laquelle travaille Me Nanci, pour un montant de 300 000 $. Aucune résolution de l'éxécutif, ni demande émanant d'un service de la Ville n'ont été faites au cours de l'automne 2000 pour embaucher l'étude Borden, Ladner, Gervais.
Un troisième mandat a enfin été confié nommément à Me Nanci par le comité exécutif de Montréal en février 2001 pour représenter la Ville dans une poursuite de 1,4 million $ que lui a intentée un marché d'alimentation. Une dépense de 30 000 $ a alors été autorisée sans que ne soit invoqué d'expertise particulière pour confier ce dossier à l'avocat, contrairement à la pratique.
M. Nanci s'est refusé à tout commentaire.
L’affaire Gagliano, si c’était la pointe de l’iceberg?
Denis Hétu
Montréal
Tribune libre 26.2.2002
Depuis des années, les médias québécois font preuve d’une grande complaisance envers le gouvernement de Jean Chrétien. Alors qu’on scrute à la loupe la moindre dépense du gouvernement québécois, on laisse le gouvernement fédéral tripoter allègrement dans les 40 milliards de dollars que les contribuables québécois lui confient.
L’affaire Gagliano a le mérite de faire éclater au grand jour ce que plusieurs soupçonnaient depuis longtemps: Travaux publics Canada est depuis plusieurs années le principal canal du patronage, du favoritisme et de la distribution des récompenses aux amis du Parti Libéral du Canada. Confier la gestion d’un tel ministère, qui accorde plus de 80 000 contrats par année reliés aux fournitures et aux édifices du gouvernement fédéral, à l’organisateur en chef du Parti Libéral au Québec était un choix délibéré et stratégique de Jean Chrétien. Il laissait ainsi à son homme de confiance la gestion de la machine à récompenses du régime, du retour sur les investissements pour les amis et les généreux donateurs à la caisse du parti.
Un exemple de dépenses suspectes et de complaisance des médias: les coûts de la rénovation des édifices du parlement fédéral, d’abord prévues à 265 millions avant l’arrivée de M.Gagliano, se sont élevés progressivement pour en arriver à défoncer le milliard de dollars. Devant les explications peu convaincantes du ministre Gagliano sur ces dépassements exorbitants, je me suis demandé si les contribuables n’étaient pas victimes d’une énorme opération de graissage d’entrepreneurs en construction amis du régime. Aucun média ne s’est donné la peine d’enquêter le moindrement, de fouiller davantage ce dossier. Allez donc savoir pourquoi la Société Radio-Canada n’a jamais songé à désigner un journaliste attitré pour couvrir Travaux publics Canada, comme elle le fait pour des organismes qu’elle considère «hautement suspects» tels le Ministère de la Santé du Québec, Hydro-Québec ou le Mouvement Desjardins…
Se pourrait-il qu’il y ait d’autres cadavres, et des beaucoup plus gros, laissés dans le placard de l’ancien ministre? La rapidité avec laquelle Jean Chrétien a expédié Alfonso Gagliano au Danemark est plutôt louche, cela ressemble à la liquidation d’un ancien homme de main devenu trop encombrant. Que savait le premier ministre de la gestion douteuse de son ministre? Peut-on espérer que les médias sa rachèteront en talonnant Jean Chrétien pour connaître toute sa responsabilité dans ces nombreux cas de malversation dans l’utilisation des fonds publics?
Denis Hétu
Montréal
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