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«« Gagliano
L’affaire Gagliano, si c’était la pointe de l’iceberg?
Denis Hétu
Montréal
Tribune libre 26.2.2002
Depuis des années, les médias québécois font preuve d’une grande complaisance envers le gouvernement de Jean Chrétien. Alors qu’on scrute à la loupe la moindre dépense du gouvernement québécois, on laisse le gouvernement fédéral tripoter allègrement dans les 40 milliards de dollars que les contribuables québécois lui confient.
L’affaire Gagliano a le mérite de faire éclater au grand jour ce que plusieurs soupçonnaient depuis longtemps: Travaux publics Canada est depuis plusieurs années le principal canal du patronage, du favoritisme et de la distribution des récompenses aux amis du Parti Libéral du Canada. Confier la gestion d’un tel ministère, qui accorde plus de 80 000 contrats par année reliés aux fournitures et aux édifices du gouvernement fédéral, à l’organisateur en chef du Parti Libéral au Québec était un choix délibéré et stratégique de Jean Chrétien. Il laissait ainsi à son homme de confiance la gestion de la machine à récompenses du régime, du retour sur les investissements pour les amis et les généreux donateurs à la caisse du parti.
Un exemple de dépenses suspectes et de complaisance des médias: les coûts de la rénovation des édifices du parlement fédéral, d’abord prévues à 265 millions avant l’arrivée de M.Gagliano, se sont élevés progressivement pour en arriver à défoncer le milliard de dollars. Devant les explications peu convaincantes du ministre Gagliano sur ces dépassements exorbitants, je me suis demandé si les contribuables n’étaient pas victimes d’une énorme opération de graissage d’entrepreneurs en construction amis du régime. Aucun média ne s’est donné la peine d’enquêter le moindrement, de fouiller davantage ce dossier. Allez donc savoir pourquoi la Société Radio-Canada n’a jamais songé à désigner un journaliste attitré pour couvrir Travaux publics Canada, comme elle le fait pour des organismes qu’elle considère «hautement suspects» tels le Ministère de la Santé du Québec, Hydro-Québec ou le Mouvement Desjardins…
Se pourrait-il qu’il y ait d’autres cadavres, et des beaucoup plus gros, laissés dans le placard de l’ancien ministre? La rapidité avec laquelle Jean Chrétien a expédié Alfonso Gagliano au Danemark est plutôt louche, cela ressemble à la liquidation d’un ancien homme de main devenu trop encombrant. Que savait le premier ministre de la gestion douteuse de son ministre? Peut-on espérer que les médias sa rachèteront en talonnant Jean Chrétien pour connaître toute sa responsabilité dans ces nombreux cas de malversation dans l’utilisation des fonds publics?
Denis Hétu
Montréal
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