«« Gagliano

Des histoires anciennes?

Pierre Gravel
La Presse Le dimanche 03 février 2002


Éditorial - À peine trois semaines! Même pas un mois! Mais aussi presque une éternité! Des histoires anciennes. Au point où il faut même faire un effort pour se rappeler les détails de ces épisodes d'une actualité politique remontant, bien sûr, à une autre époque...

Des affaires qui ont, à première vue, assez peu en commun. La première mettait en cause un certain Alphonso Gagliano, naguère ministre dans le gouvernement Chrétien et responsable de l'organisation libérale fédérale au Québec! Un personnage pittoresque dénoncé par un ancien collaborateur invoquant des interventions indues, des pressions inacceptables et des «suggestions pressantes» ayant toutes les couleurs d'une opération flagrante de favoritisme... Quant à l'autre dossier, il impliquait, lui, le ministre québécois Gilles Baril dont les relations personnelles avec un lobbyiste reconnu avaient soulevé des questions quant à la transparence et aux apparences de conflit d'intérêts.

Mais depuis que ces nouvelles faisaient les manchettes, bien de l'eau a coulé sous les ponts. Le premier partira bientôt pour le Danemark comme ambassadeur et le second a perdu un peu de ses pouvoirs au profit de sa collègue du ministère des Finances. Et les deux incidents, relégués dans l'ombre par des remaniements ministériels spectaculaires et les autres faits saillants de l'actualité, sont en voie de passer doucement au rang de toutes ces anecdotes savoureuses qui font la petite histoire de la vie politique.

Sauf que les problèmes qu'ils ont mis en relief ne sont toujours pas réglés. Et que ce serait trop facile de passer l'éponge sur des manquements à l'éthique qui se sont peut-être effectivement passés à Ottawa. Ou dommage de ne pas profiter de l'occasion pour se mettre rapidement à la tâche en tentant d'imposer enfin un commencement d'ordre dans le dossier complexe des lobbyistes qui s'activent à Québec.

Sur le premier point, on ne saurait trop insister sur la pertinence voire la nécessité de poursuivre l'examen du comportement de l'ancien ministre. Ne serait-ce, s'il s'avère que nulle illégalité ou irrégularité ne serait démontrée, que pour en tirer toutes les leçons qui s'en dégagent. Et aller plus loin sur la voie de l'encadrement et de la réglementation des interventions des personnages politiques dans l'attribution de contrats. Et du rôle des lobbyistes auprès des différents ministères.

Ce dernier point risque d'ailleurs de redevenir vite au premier plan de l'actualité. Depuis deux jours en effet, le Globe and Mail, de Toronto, fait état d'une lacune dans la réglementation à ce sujet qui pourrait laisser place à des doutes. Et laisser croire au danger de nouveaux types de conflits d'intérêts à Ottawa. On y signale la présence active de lobbyistes, officiellement enregistrés comme l'exige la règle fédérale, dans les structures encore informelles mais réelles mises en place par les candidats à une éventuelle course à la succession de Jean Chrétien.

Il est clair que, en soi, l'émergence même de cette nouvelle affaire a été facilitée par l'obligation faite aux lobbyistes de s'enregistrer et de fournir des informations quant à leurs clients et à leurs objectifs. Si elle illustre la nécessité d'aller encore plus loin sur ce plan, elle permet aussi de mieux voir le travail encore à accomplir. À Ottawa certes, mais aussi à Québec où on n'en est même pas là. On a raison de s'y vanter des mesures prises il y a longtemps pour assainir les moeurs électorales et surveiller l'émission des appels d'offres ou l'attribution des contrats. Mais il serait temps qu'on admette que, en matière de lobbyisme, on aurait intérêt à regarder vers Ottawa...