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Gagliano partira au Danemark sans avoir à témoigner

Isabelle Rodrigue
Presse Canadienne - La Presse Le mardi 05 février 2002


L'ancien ministre des Travaux publics, Alfonso Gagliano, peut entreprendre sa nouvelle carrière d'ambassadeur du Canada au royaume du Danemark l'esprit tranquille: ses collègues libéraux aux Communes ont facilement défait, mardi, une motion de l'opposition lui enjoignant de témoigner devant un comité afin d'expliquer les allégations de favoritisme et d'ingérence formulées contre lui par un ancien président d'une société d'État.

Après une heure d'échanges parfois houleux, les députés libéraux ont aussi rejeté une motion qui aurait mandaté le comité permanent des transports et des opérations gouvernementales de tenir des audiences publiques sur cette affaire qui a forcé le premier ministre Jean Chrétien à écarter M. Gagliano de son cabinet lors du remaniement du mois dernier.

Une troisième motion de l'opposition, qui invitait le conseiller en éthique, Howard Wilson, à témoigner devant le comité afin de commenter «les allégations sérieuses de patronage, de favoritisme et d'ingérence» formulées à l'endroit de l'ancien ministre a également été défaite.

Les libéraux ont toutefois appuyé une quatrième résolution invitant le nouveau ministre des Travaux publics, Don Boudria, à témoigner, mais M. Boudria n'est plus responsable de la Société immobilière du Canada, qui a été au coeur des allégations de favoritisme, comme l'était M. Gagliano au moment où il était au cabinet.

Instigateur des quatre résolutions qui ont été appuyés par l'Alliance canadienne, le NPD et la Coalition PC-RD, le député bloquiste Ghislain Lebel a accusé mardi les libéraux de Jean Chrétien d'avoir peur d'entendre la vérité toute crue au sujet des allégations lancées contre M. Gagliano.

M. Lebel a soutenu que ses collègues libéraux manquaient ainsi à leur tâche de député qui est de poser des questions auxquelles les gens ordinaires et les électeurs réclament des réponses.

«Nous sommes là pour poser des questions que les gens de la rue, le peuple veut bien nous voir poser, qu'il poserait lui-même s'il était assis dans notre fauteuil. C'est cela la représentation», a déclaré M. Lebel à l'issue de la réunion du comité.

«La partisanerie a fait ses effets et les gens du Parti libéral en face ne veulent rien entendre. La partisanerie a déboussolé, désorienté ces gens-là. Ils ont une sainte peur de connaître la vérité. Ils ont une peur morbide de la vérité. Cela me désole comme parlementaire», a ajouté M. Lebel.

Le député bloquiste est allé jusqu'à prédire que le sort que les libéraux ont réservé à ses motions a pour effet de couler dans le béton la situation qui a coûté à M. Gagliano son poste de ministre.

«Ils viennent de donner leur bénédiction à ces gens-là pour continuer. Ils ont maintenant l'appui du conseiller en éthique et de la députation et de tout le monde. Qu'ils ramassent le beurre à la poignée, à deux mains si possible. Ils sont là pour s'enrichir», a soutenu. M. Lebel.

Répondant aux critiques de son adversaire bloquiste, le député libéral André Harvey a soutenu que le comité dont il fait partie n'avait pas à enquêter sur des allégations sans fondement.

D'autant plus, a ajouté M. Harvey du même souffle, que celui qui a formulé les allégations de favoritisme et d'ingérence, John Grant, a aussi indiqué que M. Gagliano n'avait rien fait d'illégal en obligeant les dirigeants de la Société immobilière du Canada d'embaucher un de ses amis et organisateur politique, Tony Mignacca, ainsi que Michèle Tremblay, une proche collaboratrice de M. Gagliano.

«Celui qui a déclaré ces choses nous a dit qu'il n'y avait rien d'illégal. Le comité des transports n'a pas à se transformer en commission royale d'enquête sur des allégations qui ne nécessitent pas des enquêtes plus approfondies», a soumis M. Harvey. Il a ajouté que le ministre Boudria viendra témoigner devant le comité au cours des prochaines semaines et les partis d'opposition auront l'occasion de le bombarder de questions.