«« Gagliano

Visibilité et transparence

Brigitte Breton
Le Soleil Le mercredi 20 mars 2002



Éditorial - L'histoire prenant une tournure qui donnait beaucoup de visibilité au gouvernement Chrétien, mais non dans le sens voulu, le ministre Don Boudria a enfin chargé la vérificatrice générale d'enquêter sur les contrats accordés à Groupaction. Il aurait fallu agir plus rapidement pour convaincre les Canadiens que la culture du gouvernement libéral avait changé ou du moins, était sur le point de l'être.

La nomination de Don Boudria au ministère des Travaux publics se voulait une façon de faire oublier les allégations de favoritisme de son prédécesseur, Alfonso Gagliano. Les réactions du ministre et de son chef, Jean Chrétien, depuis que le Globe and Mail a révélé qu'Ottawa avait « égaré » une étude de 550 000 $ commandée il y a trois ans à la firme montréalaise, indiquent que le souci de transparence n'est pas encore un réflexe dans les rangs libéraux.

Interrogé en Chambre depuis une semaine, M. Boudria a d'abord dit que l'étude a bel et bien été exécutée puisque les documents d'appui reliés à sa préparation ont été retrouvés. Bien sûr, il trouvait inacceptable que le rapport complet ne soit plus disponible. Jeudi, après que Groupaction eut fouillé sur ses disques durs pour retracer quelques documents, il n'en fallait pas plus à M. Boudria pour demander à l'opposition de clore le dossier et même pour réclamer des excuses aux parlementaires qui avaient porté des accusations criminelles contre Groupaction. Le dossier était pourtant loin d'être clos puisqu'on apprend que la firme a touché plus de un million $ d'Ottawa pour deux rapports quasi identiques, et ce, à quelques mois d'intervalle. Trop c'est trop ! M. Boudria a finalement compris qu'il ne pouvait défendre l'indéfendable et qu'une enquête sérieuse était requise.

Le ministre n'est cependant pas seul à blâmer. Encore une fois, le premier ministre Chrétien a tenté de minimiser l'affaire, la limitant à des « erreurs administratives ». C'est méprisant pour les contribuables. Faut-il rappeler que la même firme, qui contribue à la caisse du PLC, a obtenu l'an dernier sans appel d'offres un contrat de 615 000 $ pour évaluer elle-même le travail qu'elle exécute pour le gouvernement. Vraiment, il faudra plus que la mutation d'un ministre au Danemark pour redonner une éthique au Parti libéral et rétablir la confiance des citoyens envers les élus.