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«« Gagliano
La «protection» de l'État
Mario Roy
La Presse Le mercredi 20 mars 2002
Éditorial - Une famille qui verse annuellement 10 000 dollars à Ottawa en impôt sur le revenu, TPS et autres redevances, mettra 50 000 ans à combler le trou de 500 millions creusé par les subventions pour frais de chauffage notamment accordées à des morts, des détenus, des partis sans laisser d'adresse. Ou, plus prosaïquement, à des gens qui n'en avaient aucun besoin.
Cinquante millénaires.
Ça nous mène en l'an 52002: l'univers se sera peut-être contracté jusqu'au Big Crunch à ce moment-là!
Heureusement, la même famille ne mettra qu'un tout petit siècle à regarnir le trésor fédéral du million qu'on y a puisé pour payer deux rapports, étrangement similaires et à l'utilité douteuse, commandés à la firme Groupaction, un important donateur à la caisse du Parti libéral...
C'est un bon moment pour se livrer aux calculs nécessaires à la confection d'une telle courbe de la taxe-temps. Car chacun est occupé, ces semaines-ci, à compléter sa déclaration de revenus. Faut-il s'étonner, justement, que la grande majorité des gens aient, un jour ou l'autre, d'une façon ou de l'autre, fraudé le fisc?
Des réflexions de deux ordres s'imposent ici.
Elles concernent d'abord le gouvernement Chrétien qui, installé au pouvoir pour un troisième mandat, encaisse les bénéfices douteux de la durée: légèreté de plus en plus aérienne dans la gestion des fonds publics, et constitution d'une république des copains.
La seconde occurrence est, certes, la plus spectaculaire. Alors que l'ex-ministre Alfonso Gagliano était tourné sur le gril par un comité des Communes, hier, on ne pouvait s'empêcher de constater que le régime libéral va d'une affaire suspecte à une autre. Le fait qu'une enquête soit maintenant chargée de tirer au clair le dossier Groupaction est certainement le moins qu'on pouvait attendre du successeur de Gagliano au ministère des Travaux publics, Don Boudria.
Cependant, est beaucoup plus coûteuse la dilapidation «ordinaire», pour ainsi dire, des fonds publics telle qu'elle se présente dans le dossier des subventions aux frais de chauffage. Ou dans celui, de récente mémoire, du ministère des Ressources humaines. Dans ces cas, en effet, c'est à coup de milliards que l'argent des contribuables se volatilise. Et ce en fonction de critères ayant peu de rapport avec l'intérêt public, mais beaucoup à voir avec la brutale démonstration - à des fins électoralistes, politiques ou autres - de la toute puissance du pouvoir en place.
Le fric des citoyens se mue alors en cassette du prince, ce qui inspirerait à un Machiavel moderne d'intéressantes observations.
C'est précisément ce qui amène un second niveau de réflexion.
De mémoire d'homme, il n'a jamais existé, à quelque niveau que ce soit, de gouvernement qui ait à la fois duré, conservé son intégrité et résisté à la tentation de dilapider les fonds publics.
Plus l'État est imposant, plus la saignée est hémorragique. La machine étatique française est, en proportion, une des plus imposantes au monde: c'est par conséquent à Paris que sont, en proportion, révélées les plus grosses «affaires». Chez nous, Ottawa saupoudre les milliards. Québec se contente de faire transiter une misère de quelques millions par les bureaux des lobbyistes. Et, à la Ville de Montréal, le président du comité exécutif, Frank Zampino, «remercie les amis» en leur fourguant un chèque de 14 000 dollars...
C'est un pensez-y bien.
Avant de confier à l'État des responsabilités - et des ressources - supplémentaires, il faut cyniquement escompter que sera prélevée ce qu'on pourrait appeler une taxe à la dilapidation et au copinage.
Une forme de «protection», en somme.
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