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Qui signe quoi?
Jacques Pronovost
La Voix de l'Est Le vendredi 22 mars 2002
Éditorial - L'histoire abracadabrante des trois rapports quasi semblables établis par Groupaction pour le gouvernement du Canada soulève une foule de questions. D'abord et avant tout, celle de l'honnêteté et de la responsabilité des gestionnaires gouvernementaux tout autant que celles des dirigeants des firmes de relations publiques.
Une enquête approfondie sur Groupaction afin de déterminer si la compagnie a à ce point exagéré dans ses relations d'affaires avec le gouvernement pourrait conclure à de la malversation de sa part s'approchant de la fraude. C'est plausible bien que cela reste à être démontré.
Et si cela était, le problème resterait entier. Il est en effet assez impensable qu'une compagnie puisse ainsi induire en erreur trois fois le gouvernement pour des travaux de 500 000 $ à chaque fois. Il ne s'agit pas ici d'une commande d'effaces et de crayons. La conclusion qui s'impose: les gestionnaires de haut niveau sont inconscients ou tout bonnement complices de ces jeux financiers fraudant les contribuables. Au pire: le ministre en poste profite de son poste à nos dépends et avec nos taxes pour avantager les amis. Quoiqu'il en soit, tout cela est bien évidemment inadmissible.
Il est donc tout à fait normal et sain de confier le mandat d'une enquête approfondie à un vérificateur libre d'investiguer à fond. Il faut maintenant que cette enquête examine bien plus les processus d'attribution de contrats du gouvernement que la probité de la firme Groupaction. Parce que, en début de la ligne, il faut bien qu'on lui ait commandé une étude, peut-être deux ou même trois. Et il faut que quelqu'un ait approuvé les factures. Il s'agit ici, rapporte La Presse, du haut fonctionnaire aux Travaux publics, Charles Guité. Aurait-il si peu de mémoire? Était-il si servile au ministre- Alphonso Gagliano pendant cette période- pour accepter de fermer les yeux sur pareille stupidité? Le ministre imposait-il ces commandes disproportionnées, inutiles aux contribuables, rentables pour ses amis?
À chaque fois que pareille situation est mise à jour, c'est tout le gouvernement qui est visé et suspecté. Tout simplement parce que nous nous attendons à plus d'honnêteté et de responsabilité quand nous payons autant d'impôts pour qu'ils servent à améliorer notre sort à tous, pas celui de quelques-uns pour services rendus au parti politique au pouvoir. Que les partis récompensent leurs chums avec les montants recueillis pendant leurs campagnes de financement, passe encore. Pas avec les deniers publics. Tout cela est une lapalissade. Malheureusement. Monsieur de La Palice aurait dû être dans la police pour que les truismes de cette nature se transforment en accusations et en réprimandes, et même en condamnations.
Les changements fréquents de titulaires des ministères représentent déjà un risque d'ignorance du passé. Il faut donc des fonctionnaires qui restent, qui se rappellent et qui avisent avec probité les autorités des incongruités de pareils contrats, trop semblables pour être différents. Assez honnêtes pour démissionner plutôt que de laisser se produire une situation aussi critiquable. Oui, ils sont souvent les boucs émissaires des actions indignes du ministre en titre. À plus forte raison s'ils acceptent d'en être les complices. Alors ils ne méritent pas non plus l'indulgence.
Si les partis d'opposition visent encore directement l'ex-ministre Gagliano devenu ambassadeur, l'enquête doit plutôt viser à corriger les façons de faire et à calmer les ardeurs d'autres politiciens politicailleurs qui mélangent encore responsabilités et amitiés, gestion de fonds publics et récompenses. Encore une fois!
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