|
«« Gagliano
Petite semaine à La Presse
Claude Boulay
TRIBUNE LIBRE 24 mars 2002
Énoncé budgétaire de Madame Marois
En novembre dernier, Mme Marois, dans son budget, prévoyait une croissance économique de 1,7%. Tous les supposés experts, y compris ceux de La Presse, s'étaient moqués d'elle. Pourtant, ce sont les prévisions de Mme Marois qui se sont avérées justes. Vous croyez que ce journal aurait titré "Mme Marois avait raison"? Mais non, il fallait quelque chose de négatif! On a opté pour "Rien de plus pour la santé".
M. André Pratte, dans son éditorial, a cherché à faire la démonstration que ce ne sont pas les mesures prises par Mme Marois qui ont donné ces bons résultats. C'est drôle, quand il s'agit d'expliquer les écarts défavorables du Québec par rapport à l'Ontario, on adore jeter le blâme sur "le modèle québécois". Mais si le Québec a une bonne performance, ça ne peut être dû qu'à des forces extérieures.
M. Pratte ne dit mot de cette erreur du fédéral, que Mme Marois voudrait voir corriger: 4,5 milliards versés en trop aux autres provinces, dont 3,8 milliards à l'Ontario. Demander justice, c'est "chercher la confrontation!"
Mme Lysiane Gagnon ne veut pas, non plus, que Québec réclame ce qu'Ottawa lui doit, que ce soit à cause du déséquilibre fiscal ou des transferts faits par erreur aux autres provinces. Elle suggère plutôt à Mme Marois de négocier. Ottawa, bien entendu ne négociera pas. Pourquoi le ferait-il, quand tous les médias québécois (contrôlés par Ottawa) vont s'acharner contre le gouvernement québécois? Mais Mme Gagnon a une réponse toute faite: "Si cela ne marche pas, eh bien, qu'elle emprunte. Le déficit zéro n'est pas un dogme intouchable". Ce qui est un dogme intouchable pour Mme Gagnon, en tout cas, c'est qu'il ne faut jamais se tenir debout devant Ottawa. Il faut plier l'échine.
Le scandale, selon Denis Lessard
Jeudi, La Presse titre, comme deuxième manchette de la première page, "Landry a agi comme consultant pour Vaugeois". Qu'est-ce qui justifie ce titre? Un article, sous la plume de Denis Lessard, révélant qu'en 1994, Bernard Landry n'étant pas en politique, le Parti libéral étant au pouvoir à Québec, M. Landry aurait réalisé un travail consistant à régler un différend entre le Groupe Vaugeois et le Mouvement Desjardins, deux organismes non gouvernementaux.
À quoi sert donc cet article et l'importance qu'on lui accorde? À insinuer que M. Landry aurait fait quelque chose de malhonnête.
Le "journaliste" Denis Lessard n'en est pas à ces premiers pas comme "fin limier" chargé de déterrer quelque chose, n'importe quoi, contre le gouvernement du Parti québécois. En 1995, alors que M. Richard Le Hir, l'étoile de l'entreprise privée que Jacques Parizeau avait été si fier de recruter, ne cessait d'embarrasser le gouvernement, ce "journaliste" avait été lancé sur la piste. L'affaire était suffisamment gênante pour M. Parizeau, il n'était nul besoin de renchérir. Mais M. Lessard avait comme mandat de trouver quelque chose qui pourrait entacher la réputation d'honnêteté du premier ministre . Et il l'avait trouvé. Le Hir avait accordé un contrat sans soumission à une personne qui avait travaillé dans le même bureau que l'épouse de M. Parizeau...16 années plus tôt.
En décembre dernier, cherchant quel scandale il pourrait bien trouver, il avait publié un article dans lequel il annonçait une série de nominations à la présidence de grandes sociétés d'état. Rien à redire, d'honnêtes petits potins, qui méritaient une place quelque part dans les dernières pages du journal. Pour avoir droit à la première page, M. Lessard ajoute à ses prédictions quelques condiments destinés à faire plaisir à ses patrons. Un procès d'intentions: "Inquiet des sondages défavorables...le premier ministre veut placer des hommes de confiance aux postes stratégiques". Citation d'une source anonyme: "Dans le fond, c'est un rouge, et eux, ils ne nous feront pas de cadeaux". (C'est si commode de pouvoir ainsi citer des sources anonymes pour faire passer ses insinuations!). Utilisation de l'expression péjorative "les officines péquistes", que n'emploierait pas un journaliste digne de ce nom.
Le dernier article de M. Lessard est très utile. Il permet à M. Pratte et à Mme Gagnon d'écrire leur éditorial et chronique du samedi 23 mars. En effet, il y a un autre dogme à La Presse, c'est qu'il n'est permis de critiquer Ottawa que si, dans le même article, on égratigne aussi Québec. Même si, pour cela, il faut juxtaposer un éléphant et une souris. Ou même, une non-souris.
Précision
Quand La Presse publiera cette lettre, et je ne doute pas qu'elle la publiera, étant donné son grand sens de l'impartialité, je leur demanderais d'ajouter une petite mise au point. Je m'explique. En 1998, le journal avait publié une de mes lettres, juste un peu censurée. J'y dénonçais la propagande contre le Québec dans les médias anglophones. Quelques jours plus tard, La Presse publiait ceci:
"Précision: En page B3, édition du 26 janvier, La Presse a publié un texte d'opinion de M. Claude Boulay intitulé "Une guerre contre le Québec". L'auteur de ce texte, qui est de la Mauricie, n'est pas M. Claude Boulay, président du Groupe Everest."
À l'époque, j'ai été touché de cette sollicitude envers mon homonyme et son entreprise. Sollicitude bien justifiée, quand on y pense bien. Cette entreprise avait investi des sommes importantes dans la caisse électorale de M. Jean Chrétien. Il aurait été injuste de compromettre ses chances d'obtenir les lucratifs contrats escomptés en échange, à cause d'une malencontreuse confusion entre son président et quelqu'un qui défend le Québec et les Québécois.
Il y en a sans doute qui diront que le Groupe Everest, ayant récolté plus de 150 millions de dollars de contrats, a suffisamment amorti son investissement. Mais ne soyons pas chiches. Il doit y avoir encore de juteux profits auxquels ils peuvent prétendre. Aussi, je demande instamment à La Presse d'ajouter la mise au point suivante à ma lettre:
"Attention: L'auteur de ce texte d'opinion n'est pas M. Claude Boulay, grand ami de M. Alfonso Gagliano, ci-devant ministre fédéral des Travaux publics, et de M. Jacques Olivier, maire de Longueuil. Il faut donc continuer à faire toute confiance au Groupe Everest et à ses filiales pour l'exécution de contrats de propagande fédéraliste."
|