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«« Gagliano
Chassez le naturel...
Bernard Descôteaux
Le Devoir Le lundi 25 mars 2002
Éditorial - Laxisme, relâchement, dégradation, plusieurs mots pourraient être utilisés pour décrire les moeurs politiques de la présente période. À Ottawa, à Québec, à Montréal, à Longueuil et dans bien d'autres municipalités, on constate que de nouvelles habitudes ont été prises et que le mot d'ordre semble devenu: tout le monde le fait, fais-le donc... La chose n'est vraiment pas édifiante!
Ce qui frappe, et ce qui choque l'esprit lorsqu'on passe en revue le dossier de presse des derniers mois sous la rubrique «éthique politique», c'est la multiplication des «affaires». Certaines sont plus percutantes que d'autres, mais toutes sont significatives. Leur addition montre qu'il y a une tendance dans les appareils politiques à considérer comme presque normaux, voire légitimes, des comportements que l'on croyait d'un autre âge.
Partout et toujours, sont en cause ces amis qui attendent le retour d'ascenseur pour le service rendu à la dernière élection. Parfois, ce sont de véritables amis qui se seront dévoués pour «la» cause, mais plus souvent ce seront des amis de circonstance qui savent comment exploiter la connaissance d'un élu que l'on aura au préalable bien servi par un don en argent ou en temps, au bon moment. On remarque aussi que ce sont souvent les firmes de relations publiques et de communication, les firmes de lobbying et, au palier municipal, les firmes d'ingénieurs et les bureaux d'avocats qui constituent les meilleurs «amis» de certains politiciens. On s'approprie une partie de la chose publique. On se sert du pouvoir plutôt que de servir.
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Le dossier de Groupaction qui est actuellement sur la sellette est un cas d'espèce qui illustre bien comment l'on fait tourner la roue. Dans un rapport intitulé Visibilité Canada, Groupaction suggérait en 1997 au gouvernement fédéral une stratégie pour valoriser le rôle et l'importance du Canada «dans la conscience cognitive des Québécois». Cela débouchera notamment sur des activités de commandite que Groupaction sera amené à décrire dans des études ultérieures. Au total, ces trois études leur rapporteront 1,6 million, somme à laquelle s'ajouteront d'autres bénéfices, puisque cette entreprise sera l'une des firmes de communication chargées de répartir les commandites fédérales sur lesquelles elles recevront de juteuses commissions.
Groupaction a su, bien sûr, se montrer reconnaissante et verser 112 162 $ à la caisse libérale depuis 1993. En d'autres temps, on aurait appelé cela une ristourne. Tout cela est parfaitement légal, mais traduit un esprit qui se propage dans la classe politique. On ne peut être plus transparent que Frank Zampino, le président du comité exécutif de Montréal, lorsqu'il rappelle que «ce ne sont pas les assistés sociaux qui financent des campagnes électorales». Belle ingénuité!
La reconnaissance est un principe moteur de la politique dans les partis traditionnels. Dans les partis idéologiques, comme le NPD ou le Parti québécois, le militantisme repose d'abord sur l'engagement envers une cause. En général, les scandales dans les gouvernements issus de ces partis sont plus rares, ce qui n'empêche pas que s'y manifestent aussi des détournements d'amitié à des fins personnelles. On est d'autant plus surpris et choqué lorsque cela arrive. On a vu comment les lobbyistes de la firme Oxygène 9 se servaient de leurs amitiés péquistes pour faire avancer leurs dossiers.
Bien qu'il ne soit pas de la même nature que celui de Groupaction ou d'Oxygène 9, le cas de Sylvain Vaugeois dont nous avons traité dans nos pages voilà peu, soulève néanmoins plusieurs questions. Cet idéateur (c'est le terme qui décrit le mieux ce personnage controversé) sait manifestement tirer les ficelles pour vendre ses idées, mais il sait aussi, une fois qu'elles ont été achetées, en obtenir des retombées. Se posent tout particulièrement des questions de transparence, tout d'abord quant aux liens que le Groupe Vaugeois entretient avec le pouvoir. Le premier ministre Landry a soutenu que
M. Vaugeois n'était pas l'un de ses proches, mais celui-ci aime le compter parmi ses amis. Qui est l'ami de qui au juste? Puis, il y a les bénéfices financiers touchés par cette firme dans des opérations comme celles de la Cité du multimédia sur la base de commissions sur les sommes obtenues par des entreprises grâce à des programmes gouvernementaux accessibles à tous. Il y a là une pratique qu'on doit pour le moins remettre en question.
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Devant ces affaires, il faut garder le sens des proportions. Il faut aussi se garder de jugements à l'emporte-pièce qui nous feraient condamner l'ensemble de la classe politique. Mais celle-ci doit se rendre compte du tort qu'elle se fait en ne réagissant pas. Il y a une perte de confiance de plus en plus manifeste envers les politiciens qui se traduit par une aversion pour la politique, tout particulièrement chez les plus jeunes.
Les partis d'opposition ont, à Ottawa comme à Québec, le réflexe de réclamer de grandes enquêtes. À moins d'avoir des motifs sérieux de croire que des gestes illégaux aient pu être commis, ce qui à Ottawa a justifié de demander au Vérificateur général l'examen des contrats accordés à Groupaction, on ne peut favoriser cette méthode dont les objectifs partisans sont trop évidents. Si au surplus on est tenté de s'appuyer sur le travail douteux de détectives privés, cela devient du mauvais roman. Les enquêtes, cela devrait être le ressort de la police.
La meilleure réaction demeure pour la classe politique de se doter de normes d'éthique élevées et d'une réglementation garantissant leur respect. La solution est bien connue. Elle repose sur la création d'un poste de commissaire à l'éthique qui soit indépendant du gouvernement. Ce poste existe à Ottawa, mais son titulaire, Howard Wilson, n'a aucune crédibilité car il relève directement de l'autorité du premier ministre et non du Parlement. Cela doit être corrigé et complété par une loi sur le financement des partis politiques qui soit restrictive.
À Québec, la loi sur le lobbying promise par Bernard Landry instituera un poste de commissaire à l'éthique relevant de l'autorité de l'Assemblée nationale. Fort bien, mais encore faudra-t-il que le titulaire de ce poste ait les moyens légaux et financiers pour mener les enquêtes qu'il juge utiles. C'est lui qui nous dirait si le comportement du Groupe Vaugeois est acceptable.
Il ne faudra pas oublier les municipalités. D'ores et déjà, elles servent de refuge à tous ceux qui ne peuvent avoir accès à la manne des contrats attribués par les gouvernement supérieurs. Les règles se resserrant à Québec, la pression se fera plus grande sur les élus municipaux. Ce serait une bien mauvaise idée que de les laisser sans surveillance. Accordons au commissaire à l'éthique autorité aussi sur ce palier de gouvernement.
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