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La résurrection n'est pas pour demain
Maurice Cloutier
La Tribune Le jeudi 28 mars 2002
Éditorial - Les politiciens avancent souvent que les journalistes ont mal fait leur travail, mal fouillé et mal agi avant de lancer sur la place publique des informations qui salissent leur réputation et alimentent en bonne partie la perte de confiance qu'ils subissent dans l'opinion publique.
Le public est cependant capable de juger lui-même et la tentation est grande dans le moment de crucifier la classe politique sur la place publique. Les motifs s'allongent de jour en jour.
Les jeux de coulisse, les actes de favoritisme, les contrats douteux, la dilapidation de fonds publics, la liquidation de biens collectifs, la surfacturation et, maintenant, une enquête sur la vie privée d'un gestionnaire au service de l'État à des fins partisanes s'accumulent pour former la montagne de la honte.
Il n'est pas question de mettre tous les politiciens dans le même panier, mais il est opportun de se demander s'il suffit seulement d'éliminer quelques fruits ou s'il faut traiter l'arbre au complet. Les scandales n'en finissent plus. Certains plus importants que d'autres, mais tous provoquent de vives inquiétudes à l'égard des moeurs politiques que l'on pensait plus saines.
L'éthique professionnelle et les menaces de procédures judiciaires incitent les médias à agir avec la plus grande prudence dans les cas pouvant porter atteinte à la réputation des dirigeants politiques. Néanmoins, les faits exposés ou encore les témoignages recueillis sont ahurissants.
Il y a eu l'affaire Gagliano. Les contrats douteux octroyés par Travaux publics Canada ou à la demande du ministre lui ont valu un aller simple pour le Danemark. Le gouvernement Chrétien n'a pas fini de réparer les pots cassés.
Pendant que Bernard Landry s'activait à mettre en place une loi pour encadrer les lobbyistes, afin de mettre le couvercle sur les affaires Baril et Bréard, les politiciens municipaux de la région Montréal ont défrayé la manchette. Le nouveau maire de Montréal, Gérald Tremblay, a tendance à récompenser les amis qui lui ont pavé la voie vers le pouvoir. Du moins, l'attribution de certains contrats tend à le démontrer.
Ses alliés et d'anciens élus de villes contraintes à la fusion ont aussi liquidé des fonds publics ou encore caché des actifs dans des structures bidon. À Longueuil, le maire Jacques Olivier a octroyé deux contrats à une firme amie.
La multiplication des firmes spécialisées qui gravitent autour des politiciens a tout simplement décuplé les tentations de brasser des affaires avec les amis du régime. En outre, les politiciens ont besoin de sommes importantes pour batailler et se faire élire et deviennent de plus en plus redevables devant ceux qui les aident.
Le patronage est loin d'être disparu avec la mort de certains politiciens. Il est simplement plus raffiné. Aujourd'hui, les politiciens n'en font plus étalage, mais les contrats douteux et les commissions généreuses versées pour des missions plus ou moins importantes ne trompent personne.
Trop de politiciens trouvent dans l'attribution de ces contrats une pratique normale. Ces politiciens ont une attitude méprisante à l'égard de la démocratie. Ce sont souvent les mêmes qui refusent de rendre des comptes à la population. Il ne faut donc pas s'étonner que la population les méprise. Seulement 18 pour cent de la population a confiance en la classe politique, selon un récent sondage de la maison Léger. Peut-on la blâmer?
Ces jours-ci, ce sont les proches collaborateurs de Jean Charest qui ont trop salivé devant les fruits politiques potentiels d'une intrusion dans la vie privée de Gaétan Frigon, le président de Loto-Québec et ancien président de la SAQ. Ils ont tendu un peu trop l'oreille sur le travail d'un enquêteur privé qui fouillait dans la vie de M. Frigon, à la solde vraisemblablement d'une autre firme. Encore l'appât du gain! Les libéraux n'ont pas utilisé le rapport d'enquête mais ils ont souscrit à cette démarche embarrassante.
Décidément, les politiciens ont intérêt à se lever tôt dimanche matin et cueillir la traditionnelle Eau de Pâques en espérant que ses vertus purificatrices feront effet. Plus sérieusement, des mécanismes qui garantiront plus de rigueur et de probité de la part des élus doivent être mis en place.
Ce n'est pas pour demain la résurrection des politiciens dans le coeur des Québécois.
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