|
«« Gagliano
Même au Danemark, Alfonso Gagliano se défend d'accusations de favoritisme
Joël-Denis Bellavance
La Presse Le mardi 23 avril 2002
Le mois dernier, Alfonso Gagliano a passé un mauvais quart d'heure lorsqu'il est revenu à Ottawa pour expliquer devant le comité des affaires étrangères en quoi il est compétent pour représenter le pays à l'étranger.
Même s'il vaque à d'autres occupations à des milliers de kilomètres de la capitale fédérale, l'ambassadeur du Canada au Royaume du Danemark, Alfonso Gagliano, doit encore se défendre d'accusations de favoritisme du temps où il était ministre des Travaux publics.
C'est que l'hebdomadaire anglophone The Copenhagen Post a publié à la une de son numéro du 12 avril une photo de M. Gagliano vêtu d'une redingote noire, en train de remettre ses lettres de créance aux autorités danoises au château Fredensborg.
Le légende accompagnant cette photo soutenait que «M. Gagliano a fait l'objet d'une enquête au sujet d'allégations de malversation au ministère des Travaux publics», ce qui a déplu royalement au nouveau diplomate canadien, en poste depuis environ trois mois.
M. Gagliano a ainsi expédié une lettre au journal l'invitant à corriger le tir. «Permettez-moi d'être on ne peut plus clair: je n'ai jamais fait l'objet de quelque enquête que ce soit, dans ce dossier ou dans tout autre. J'apprécierais donc que vous publiiez une correction (berigtigelse) dans le prochain numéro du Copenhagen Post», a écrit l'ancien ministre des Travaux publics.
Dans sa lettre, M. Gagliano, qui a été écarté du cabinet par le premier ministre Jean Chrétien en janvier après que de nouvelles allégations de favoritisme et d'ingérence eurent été formulées contre lui, se dit toutefois satisfait de la photo prise et de l'importance qui lui a été réservée dans les pages du journal. Ce même journal avait déjà publié d'autres textes faisant état de ces allégations dans les jours suivant la nomination de M. Gagliano.
Il est vrai que M. Gagliano n'a fait l'objet d'aucune enquête. Mais ce n'est pas parce que les partis d'opposition à la Chambre des communes ne l'ont pas réclamé. Ces derniers ont aussi tenté par tous les moyens de stopper la nomination de M. Gagliano à titre d'ambassadeur au Danemark.
Le député bloquiste Ghislain Lebel s'est dit peu surpris mardi de voir que les déboires de M. Gagliano sont encore évoqués dans les médias du Danemark. «Nous l'avions prévu lorsqu'il a été nommé. (...) C'est la première fois que je vois un ambassadeur du Canada à l'étranger être obligé d'expliquer son passé et débattre de la pertinence de sa nomination, a dit M. Lebel. Le gouvernement a l'air de prendre le poste d'ambassadeur à l'étranger à la légère. Mais c'est l'expression de l'âme canadienne à l'étranger. Si l'âme canadienne est plutôt entachée, cela donne quelle impression à l'étranger? C'est triste. Ce n'est pas favorable pour le Canada», a-t-il ajouté.
Le mois dernier, M. Gagliano a passé un mauvais quart d'heure lorsqu'il est revenu à Ottawa pour expliquer devant le comité des affaires étrangères en quoi il est compétent pour représenter le pays à l'étranger. Les députés de l'opposition ont tenté à plusieurs reprises de l'interroger sur les allégations de favoritisme, mais la majorité libérale au comité a fait systématiquement obstacle à leurs tentatives. La séance du comité, qui a duré trois heures, a eu des allures de foire d'empoigne, les députés de l'opposition et ceux de la majorité libérale se livrant une guerre de procédure pendant près de 80 minutes.
Lorsqu'il a finalement pu prendre la parole, M. Gagliano a dénoncé le comportement des députés de l'opposition. «Je rejette totalement et catégoriquement toutes les allégations qui ont été faites. Quand j'étais en poste, j'ai eu l'occasion de répondre à ces critiques. (...) Je peux vous regarder dans les yeux (...) et vous dire que je suis une personne intègre et honnête. Je n'ai aucune leçon de moralité à recevoir de qui que ce soit», a-t-il martelé.
Mais une enquête que mène actuellement la vérificatrice générale, Sheila Fraser, relativement à l'octroi de contrats de publicité à Groupaction, firme montréalaise proche des libéraux, pendant que M. Gagliano était ministre des Travaux publics, pourrait donner de nouvelles munitions aux partis d'opposition. À la demande de Don Boudria, le successeur de M. Gagliano aux Travaux publics, Mme Fraser examine pourquoi Groupaction a soumis au gouvernement trois rapports quasi identiques sur la visibilité du fédéral après avoir reçu trois contrats différents de plus de 500 000$ chacun en 1996, 1998 et 1999.
|