CHRONIQUE DU SAMEDI - 70
Le Parlement du Québec décide que le Québec est une nation
José Fontaine 8.11.2003
Ce vote m’a étonné. Mais les auditeurs attentifs de l’ancien PM Landry à l’université de Montréal, ce 3 novembre, peuvent comprendre mon étonnement puisque Bernard Landry a montré que l’Europe des nations – car je crois que l’Europe est une Europe de nations – a dû surmonter deux événements terribles, des hostilités d’une atrocité démoniaque qui ont été perpétrées au nom de la nation – «au nom de» ne voulant pas dire que c’était chaque fois exact.
Quand le nationalisme wallon s’éveille de manière décisive en octobre 1945, un «Congrès national wallon» se réunit à Liège et vote une motion unanime en faveur de l’autonomie de la Wallonie dans un cadre fédéral, voire confédéral. C’était une motion révolutionnaire puisque la Belgique était encore alors, et le resta certainement jusqu’à l’année 1970, voire 1987, un État tout à fait centralisé. Raxhon, historien liégeois, note que le nationalisme wallon est né au moment où l’opinion en Europe sortait de deux guerres terribles menées au nom de la nation, donc à une époque où l’idée de nation n’allait plus de soi.
Les manuels scolaires belges de notre enfance s’épurèrent de tout chauvinisme belge (la Belgique demeurant cependant unie), ce qui permit de stigmatiser l’autonomisme wallon comme « nationaliste » à partir d’une Belgique qui aurait fait, elle, son deuil du nationalisme. Subtile tactique des unitaristes belges pour repousser l’aspiration wallonne à l’autonomie (née cependant dans des syndicats multiculturels), comme « nationaliste », au nom d’un pays (la Belgique), qui n’aurait plus été nationaliste. D’une part parce qu’il récusait le nationalisme d’antan et d’autre part parce qu’il unissait deux peuples différents, cette diversité étant à son tour nouveau gage de non nationalisme belge (*).
Bien sûr, l’État wallon est maintenant un État semi-indépendant, par le nombre de compétences assumées. Mais aussi par le fait que depuis 1993, la Constitution belge considère que toute compétence des États fédérés vaut non seulement en droit interne mais aussi en droit international, disposition unique au monde. Si par exemple, l’agriculture est, comme nous disons, « régionalisée » à 100%, il n’y a plus de ministre belge de l’agriculture et les ministres de l’agriculture de l’État wallon ou flamand représentent, chacun à leur tour, l’État belge dans les discussions de l’Union européenne et siègent au Conseil des ministres européens.
Les États fédérés belges sont déjà en somme des États presque indépendants, capables de signer des traités sans réel pouvoir de veto de l’État fédéral. Ces réalités ne sont pas encore bien digérées par l’opinion publique. Parce que le principe rappelé plus haut (tout ce qui est de compétence interne est aussi de compétence internationale), ne portait que sur un nombre de matières relativement restreintes jusqu’à l’année 1999. Et parce que, du côté wallon en tout cas, il y a quelque peine, en raison de la critique européenne du nationalisme, à s’assumer comme nation et même à se revendiquer d’une culture propre.
Quand la Wallonie sera indépendante, son Parlement, s’il était saisi de la question de savoir si la Wallonie est une nation, adopterait une motion dans ce sens avec beaucoup de peine. La Wallonie qui est déjà un État hésite à être une nation. Mais le mot « nation » peut vouloir dire aussi, finalement, « société » tout simplement. Et une société ne pouvant qu’être « distincte », est toujours aussi une nation. Ce qui manque au Québec c’est l’État. À la Wallonie, c’est la nation.
José Fontaine
jose.fontaine@skynet.be
(*) Présentant les deux grandes joueuses de tennis « belges », la Wallonne Justine Henin et la Flamande Clijsters, Le Monde du 7/11 tape sur ce clou idéologique dépassé… tant pis !
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