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Chronique du vendredi - 76
Jovialisme, quand tu nous tiens! Combien de dodos avant l'indépendance?
Sylvain Deschênes vendredi 10 octobre 2003
Le simple relais, par la Presse canadienne, de l'étude de Pierre Serré,
publiée dans L'Action nationale en septembre, a provoqué quelques
articles dans nos quotidiens. Pas grand-chose, juste de quoi permettre
la sortie de la nouvelle et sa neutralisation rapide par les plus
fédéralistes. Cette étude, intitulée Portrait d'une langue seconde,
faisait partie du dossier sur la langue présenté dans la revue à la
suite de la journée d'échanges - organisée conjointement par L'Action
nationale, Le Mouvement national des Québécoises et des Québécois et les
Intellectuels pour la souveraineté, le 3 mai dernier à la Maison
Ludger-Duvernay - sur les enjeux linguistiques à la lumière des données
du dernier recensement.
Les données sur la langue d'usage au travail provenant du recensement de
2001 sont disponibles depuis février 2003. Les intervenants lors de
cette journée d'échanges ont donc accompli là un travail qui, puisqu'il
n'était pas fait à l'Office de la langue française, aurait dû intéresser
l'organisme responsable d'évaluer la situation linguistique au Québec. À
défaut de quoi, les textes de cette journée, publiés le mois dernier,
auraient normalement dû faire l'objet d'une certaine attention, il nous
semble.
Pierre Maisonneuve, qui anime depuis le mois dernier la tribune du midi
à la première chaine de la radio de Radio-Canada, se proposait
d'interviewer l'auteur de l'étude qui montre que l'usage de l'anglais au
travail continue d'occuper une place disproportionnée au Québec et que
la situation transmet le signal, particulièrement aux immigrants, que la
connaissance de l'anglais est plus profitable que le français pour leur
avancement socioéconomique.
Mais cinq minutes avant le début de l'émission, on a indiqué à
Maisonneuve que Pierre Serré avait reçu ordre de se taire. Son
employeur, le ministère des Relations avec les citoyens et de
l'Immigration lui imposait un bâillon. Charles Castonguay, que l'auteur
de l'étude avait consulté avant la présentation de ses données, l'a
remplacé à pied levé. En complément, on a demandé à la présidente de
l'Office québécois de la langue française de commenter.
Jovialisme, quand tu nous tiens! La bonne dame, dans un verbiage
particulièrement insignifiant, avouait avoir pris connaissance des
données de l'étude de Pierre Serré le matin même!... Dans une dépêche de la
Presse canadienne soulignant la publication d'une étude le mois
précédent! Une étude dont les résultats avaient été présentés, il y a
quatre mois! Enfin, il n'est pas toujours facile de réagir promptement
quand on dort aussi profondément. À son réveil, la fonctionnaire, nommée
par le PQ à la tête de l'Office québécois de la langue française en
1995, ne trouvait rien de mieux à répliquer que de rappeler des
sondages, datant déjà de quelques années, indiquant des progrès de "langue fonctionnelle". Les données complètes fournies par le recensement, elle n'en savait rien, ce qui est drôlement plus commode
quand on veut bien dormir.
Le troisième invité à la tribune de Maisonneuve était le député Luc
Thériault, ancien président du PQ pour la région de Montréal-Ville-Marie
et ardent défenseur de la langue. Monsieur Thériault est maintenant
député et, comme son prédécesseur à la présidence régionale, Maxime
Barakat, à qui on avait trouvé un poste, il a maintenant intégré les
rangs de l'establishment péquiste. Pas facile maintenant, pour le
nouveau député, de critiquer les libéraux sur la langue au nom du PQ,
alors qu'il s'est battu sans succès contre son propre parti sur cette
question. En outre, le site du PQ, qui soulignait le bâillon imposé au
chercheur mercredi, n'y faisait plus allusion jeudi. Le lien que Vigile
avait retenu correspondait plutôt à un article sur le fille du ministre
Bellemarre. http://www.partiquebecois.org/zones/www/
Rien dans les communiqués récents non plus.
De leur coté, les journalistes trouvent normal qu'on baîllonne un
fonctionnaire qui veut expliquer publiquement ses études. Si l'on se fie
à ce que le film de Labrecque nous montrait, la convention qu'ils
endossent veut plutôt que de telles informations passent en sous-main
comme des scoops et soient retenues par leurs patrons si elles ne font
pas leur affaire.
Dans ma chronique sur l'ethique capitaliste en information, j'évoquais l'information rapportée par L'Aut'journal au sujet d'un
arrêt des presses dans un "grand quotidien montréalais" afin
d'éliminer un texte qui ne plaisait pas à la direction. Il semble que
seul Vigile et L'Aut'journal gardent les traces de ce type
d'informations compromettantes. Il m'arrive souvent de me demander si je
n'ai pas rêvé une nouvelle entendue à Radio-Canada, par exemple. Je peux
vous assurer, pour avoir travaillé dans une entreprise qui enregistrait
systèmatiquement toutes les informations diffusées par les principales
stations de radio, que certaines nouvelles ne passent qu'une fois, dans
l'après-midi, entre deux quarts de travail dirait-on, et qu'on n'en parle
plus après. Comme si quelqu'un nettoyait après diffusion impromptue.
Je me dois donc de vous avertir tout de suite que je n'ai pas de source
internet pour corroborer la nouvelle suivante. Mais je vous jure que
j'ai entendu Claude Brunet, de Radio-Canada, (oui, celui qui harcelait
Landry dans le film) parler d'une drôle d'affaire à propos du Conseil de
la souveraineté. Après la défaite du 14 avril 2003, mais avant la
passation de pouvoir, le ministre Jean-Pierre Charbonneau aurait émis
l'avis que le Conseil devait pouvoir émettre des reçus pour fin d'impôt.
Le ministre du Revenu dans le gouvernement Charest, Lawrence Bergman, y
aurait donné suite sans états d'âme. Claude Brunet s'en excitait
beaucoup, vous comprenez, mais je n'arrive pas à trouver trace de la
chose. Si la nouvelle s'avérait, on pourrait au moins dire qu'il y avait
un ministre péquiste qui ne dormait pas et un ancien député d'arrière-banc libéral qui, réalisant son rêve de
devenir ministre, se sentait libéral dans ses fonctions!
***
Et voilà maintenant que papi Landry annonce qu'il veut demeurer le chef
du PQ jusqu'aux prochaines élections.
Au PQ, on fait comme si c'était une bonne idée vu que, après le film de
Labrecque, Landry est "donc populaire", et on évoque officiellement tous
ces empêchements qui militent pour ne pas précipiter un congrès à la
chefferie. D'abord, il y a les élections fédérales qui s'en viennent au
printemps et, travailler pour le Bloc, ça épuise les militants. Ensuite,
c'est l'été, et les gens ne veulent pas entendre parler de politique.
Ensuite, c'est l'automne, et on a beacoup de choses à faire et,
rapidement, c'est l'hiver, et il devient difficile de faire sortir le
monde. Évidemment, rendu au printemps, tout le monde veut aller dehors,
et on n'en sort plus! Bref, si je ne vous ai pas encore endormi avec ce
programme, c'est que vous êtes bigrement insomniaque à pouvoir compter
ainsi les moutons sans vous assoupir!
Au fait, papi, il reste combien de dodos avant l'indépendance?
Sylvain Deschênes
sdcom@sympatico.ca
Post-scriptum pour se faire plaisir
Le chroniqueur-mémère Michel David nous dit de Bernard Landry :
" Grâce au film de Jean-Claude Labrecque, ceux qui ne l'avaient pas
encore découvert savent maintenant qu'il a un caractère de chien. Aussi
bien les avertir qu'il a également la mémoire très longue. Autant il est
fidèle à ses amis, autant il n'oublie jamais une vacherie. En ce qui le
concerne, il n'y a pas de neutralité qui tienne : on est avec lui ou
contre lui. "
Pensez-vous qu'il me laisserait prendre ma carte au Parti?
La page internet de l'émission du 6 octobre de Maisonneuve en direct
(écoutez l'extrait sonore, ça vaut la peine!)
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