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Chronique du vendredi - 78
Les pompes funèbres Pourquoi s'embarrasser d'une fine argumentation
quand la franche bêtise peut faire l'affaire?
Sylvain Deschênes vendredi 24 octobre 2003
Le P'tit gars de Shawinigan nous aura laissé d'extraordinaires
déclarations, toutes plus pédagogiques les unes que les autres. "Boulechitte, c'est pareil en anglais comme en français ", a-t-il proclamé cette semaine au sujet de sa probable réaction antidémocratique
à un vote positif au référendum de 1995. Après quelques décennies à le
voir " évoluer ", on commence à savoir que son cerveau reptilien prend
le pas sur le reste plus souvent qu'autrement. Devant une contrariété,
il commence par lancer "boulechitte" et finit par "que voulez-vous, y
s'est fait pogner par la police, la justice du Canada va régler ça, et
ça finit là, NEXT!" Pourquoi s'embarrasser d'une fine argumentation
quand la franche bêtise peut faire l'affaire?
De leur coté, des politiciens indépendantistes usent de circonvolutions
tellement tarabiscotées qu'ils se réveillent un bon jour en train
d'écouter un pop-politologue
leur parler du concept du " deuil à faire " appliqué à la politique.
Selon cette approche stupéfiante, il faut renoncer aux idées qui
motivent votre implication en politique quand vous constatez une
amélioration. Hubert Aquin avait interprété ainsi le repli des Patriotes
après la victoire de Saint-Denis : la crainte de gagner la guerre!
Il y a toujours plus de 40% des Québécoises et des Québécois qui
voteraient pour le OUI. Beaucoup moins pour le PQ. Tout le monde
comprend bien l'équation. Eh bien, la réponse du politologue farfelu,
c'est que vous devez " faire votre deuil " de l'indépendance. Vous
suivez? C'est parce que votre lutte a fait avancer les choses qu'il faut
maintenant y renoncer. Le comique a continué sur sa lancée toute la
journée sur les tribunes qu'on s'empressait de lui offrir, confessant,
au passage, que bien qu'il ait été président de la commission politique
du Bloc québécois, il n'était pas indépendantiste. On a beau se dire :
après tout, le Bloc n'était là que pour "défendre les intérêts du
Québec", on réalise une nouvelle fois qu'à force de jouer sur les mots,
le discours "souverainiste mou" est en fait résolument fédéraliste.
Les "intérêts du Québec" font partie de ces concepts vagues à souhait
qu'apprécient les mystificateurs professionnels. Ces derniers ont pour
métier de gonfler des ballons politiques pour amuser les enfants de
choeur qui nous tiennent lieu de porte-parole. Parfois, les ballons
éclatent et les enfants pleurent. Le clown s'approche d'eux et leur
explique que ce n'est pas grave, ce n'était qu'un ballon, qu'il en a
d'autres plein sa besace.
Vous surprendrai-je? Je n'ai jamais aimé les clowns. Petit, je trouvais
suspects ces hommes adultes qui se comportaient comme des enfants
attardés. Des niais de cette taille, obsédés par leurs propres émotions,
m'apparaissaient dangereux. Et il y avait ce lourd maquillage derrière
lequel ils se cachaient. De nos jours, pourtant, il n'y a pas un
événement classé familial qui échappe à la consigne "clowns, ballons et
maquillage pour les enfants". Peut-être que c'est cet esprit de fête
familiale qu'on a voulu recréer pour attirer les jeunes au congrès du
PQ! Avant le dodo, Papi Landry a même raconté cette vieille histoire de
la souveraineté qui adviendrait quand les tout-petits seraient grands
(et que papi aurait dépassé quatre-vingts ans, mais les enfants ne se
préoccupent pas de ce genre d'invraisemblances).
Il reste que l'idée centrale du thanatologue improvisé, c'est que nous
sommes collectivement "parvenus" et que, lorsqu'on est parvenu, ce qui
compte, c'est de se sentir à l'aise, les autres l'étant déjà bien assez
comme ça.
À ce propos, personne, je crois, ne lui a demandé s'il avait
une demande de chaire du Canada en cours d'évaluation. C'est le genre de
projets au sujet desquels il n'arrive pas, lui, à faire son deuil.
Sylvain Deschênes
sdcom@sympatico.ca
Commentaires
Bonjour Monsieur Deschênes,
Je ne vous surprendrai pas en disant que je suis 100% d'accord avec votre texte. M. Guay est le parfait exemple de ce que nous sommes, depuis la Conquête, constamment trahis par nos élites. S'il n'était pas indépendantiste en présidant la commission politique du Bloc, je me demande bien QUI le savait et POURQUOI on l'a mis là.
Ce qui me tarabuste au sujet de son discours, c'est que sa suggestion arrive plusieurs années (7 ans) après que le PQ et le Bloc aient déjà mis en oeuvre ses recommandations. Il ne suggère donc rien de nouveau, et il est plutôt en retard sur la réalité. Ça fait longtemps que nous assistons à la mise de côté de la souveraineté; en fait, depuis l'arrivée de Bouchard. Ça fait aussi longtemps que le PQ au pouvoir se comporte comme un gérant de province, et qu'il en a adopté le style affairiste. Ses idées tombent donc à plat en ce qui me concerne, et je ne lui trouve aucun courage, sinon de dire tout haut ce que le PQ et le Bloc non seulement pensent depuis longtemps sans oser le dire, mais ont djà mis en pratique.
Suzanne Lachance, 25.10.2003
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