Chronique du mardi

La colombe, le corbeau, et le petit moineau drabe

Benoît St-Denis 1.4.2003



Le moineau

Ni souverainiste, ni fédéraliste, nationaliste, populiste et populaire, piaillant au milieu de la cohue tel l’écho des autres qui veulent s’entendre pour se satisfaire, Mario Dumont a fini par ressembler à tout, et rien, et n’importe quoi. Les syndicats ont dressé des épouvantails, la société civile et les médias ont fait du bruit comme on installe des assiettes tapageuses, en aluminium, pour éloigner la vermine de son jardin, rien n’y fait ; il est toujours là, à picosser, à nous donner envie de lui lancer des roches…

Tchip, tchip, tchip, visite-éclair à Toronto, pit, pit, pit, le vrai changement et pub en noir et blanc, cuit, cuit, le p’tit moineau, avec son manque total de considération pour qui que ce soit, qui maintient le cap vers une destination où personne ne va.

Mario Dumont, s’il avait une chance d’être élu premier ministre, plongerait le Québec dans un système politique où déblatérer, dénigrer et vitupérer seraient les balises de la négociation. Et la guérilla, même à ce niveau, est un bon moyen pour oublier, ou laisser les opportunistes de toutes sortes profiter du chaos afin de mettre la main sur le beurre et l’argent du beurre.

Le corbeau

This is our man in Quebec ! Ces paroles, Gilles Duceppe les a rapportées de la House of Common, lorsque les autres partis du gouvernement du Canada ont commenté l’arrivé de Jean Charest à la tête du parti Libéral du Québec. Avec en bonus l’appui de Stéphane Dion actuellement, Jean Charest peut bien avoir de la misère à percer chez les francophones…

Croak… Croak… Jean Charest a sauté sur le Québec après le référendum de 95 avec l’espoir d’y trouver une carcasse. Survolant le paysage politique, puis se perchant au-dessus de la mêlé, sa deuxième campagne électorale lui donne une autre occasion de foncer dans le tas. Mais un corbeau n’est pas un faucon…

Jean Charest veut amener le Québec, dans les faits, là où le Canada a décidé qu’il serait dans le constitution de 1982 : une succursale comme les autres, qui va mendier, comme (et/ou avec) les autres, pour ne pas perdre encore plus de pouvoir, et pour obtenir un peu plus d’argent. Et où sont le pouvoir et l’argent ? L’argent et le pouvoir sont à ‘tawâ. En ce sens, s’il était élu, il perpétuerait avec entrain ce que l’on qualifie ici gentiment de chicane chronique entre le Québec et le Canada.

La colombe

Bernard Landry est de loin le politicien qui a le plus d’envergure au Québec. Homme de conviction, habile et têtu, il a une chance de réussir le tour de force du troisième mandat, alors que son parti était enterré vivant l’automne dernier.

Il mène actuellement une campagne ennuyante selon certains observateurs. Bernard Landry roucoule : Hou rououou… hou rououou… L’amour, les enfants, la famille, les vacances sont le lot quotidien de sa campagne, à moins qu’il ait à se défendre ou à défendre le bilan de son gouvernement.

Ses discours partisans sont à la fois chargés de conviction patriotique et porteurs d’un humanisme qui détonne face aux autres politiciens du coin. Les événements qui font le pont entre la signature de la Paix des Braves et l’appui au PQ du grand chef des Cris, et ses prises de position en faveur de la paix et d’une diplomatie multilatérale dans le conflit entre les États-Unis et l’Irak, témoignent de son allégeance pour le dialogue et la négociation comme instrument permettant la coexistence pacifique et les relations amicales entre les peuples.

Appuyé par Jacques Parizeau dans son approche qui évite les engagements fermes relativement à l’échéancier référendaire, Bernard Landry et le Parti Québécois représentent encore l’espoir de notre peuple d’obtenir à cours terme les moyens d’agir, avec un pays comme principal outil d’épanouissement. Contrairement aux deux autres, il occupe le terrain national avec le plus puissant vecteur de changement : faire du Québec un pays.

Moineau, corbeau ou colombe, qui va diriger le Québec ? Quoi qu’il en soit, seule la colombe nous offre la marge de manœuvre pour que l’on cesse un jour d’être gouvernés par les vautours d’Ottawa.

stdenisb@globetrotter.net

Commentaire

Monsieur Saint-Denis,

Tout comme la véritable colombe tue les oisillons des autres espèces pour déposer ses œufs dans leur nid, votre colombe tue les petits des véritables indépendantistes pour nourrir les siens, c'est-à-dire ceux qui veulent renouveler le Canada par l’ « Union canadienne ». Car vous savez sans doute que c’est ainsi que votre colombe nomme son application de la Question de Bruxelles. Vous savez, la Question de Bruxelles de Bourassa, celui que les péquistes de jadis nommaient le Naufrageur et le Tricheur.

On ne peut se fier à votre « colombe », pas plus qu’au vautour et au moineau. On peut même s’y fier moins qu’aux deux autres, étant donné qu’elle parle des deux côtés de la bouche selon qu’elle est en campagne électorale ou au pouvoir. N’oubliez pas que depuis 1996 on ne l’a pas entendue parler beaucoup de souveraineté. Ce n’est que depuis la partielle de Mercier qu’elle en parlait. Je dis « parlait » parce qu’elle parle davantage de la Question de Bruxelles et d’une confédération avec le Canada et les Etats-Unis ( la grenouille voulant se faire aussi grosse que le bœuf ) que de l’importance de la souveraineté pour le Québec. Quant à l’appui de Jacques Parizeau, ce n’est que si le PQ est élu que nous pourrons voir lequel des deux, de Jean-Bernard Landry ou de Jacques Parizeau, a manipulé l’autre.

Votre colombe est porteuse d’un virus mortel pour le Pays du Québec comme les véritables colombes et pigeons sont porteurs de virus très dommageables pour l’humain.

Avez-vous fréquenté les conseils nationaux du PQ du temps du tandem Bouchard-Landry? Il semblerait bien que non.

N’essayez donc pas de faire votre Jean de Lafontaine québécois.

Denys Barbeau
Saint-Hubert, 6.4.2003