CHRONIQUE DU SAMEDI - 110
Le Gouvernement fédéral belge plus affaibli que jamais
José Fontaine 9 octobre 2004
Je jure bien à mes lecteurs québécois que ce n’est pas mon militantisme wallon qui m’amène à parler depuis tant de semaines d’une possible accélération de la décomposition (ou plutôt, ce qui n’est pas la même chose, du démembrement), de l’État belge et surtout de la levée en son sein d’États-régions de plus en plus autonomes, voire indépendants.
Causes complexes mais nullement impossibles à comprendre
Les causes en sont complexes mais nullement impossibles à comprendre.
Dans notre tradition parlementaire et démocratique, les gouvernements, qu’ils soient ceux de l’État autrefois unitaire puis devenu fédéral, ou que cela soit les gouvernements des entités fédérées, sont toujours des gouvernements rassemblant plusieurs partis. Je sais que ce n’est pas le cas dans les pays de tradition anglo-saxonne, mais c’est le cas de très nombreux pays en Europe, y compris la France d’ailleurs: et aussi l’Allemagne, la Hollande, l’Italie, l’Écosse et d’une certaine façon aussi l’Espagne, les pays scandinaves, la Suisse, etc.
J’insiste sur ce que je viens de dire, car cela donne la clé de ce qui va suivre. Ajoutons avant de le dire que les États-régions belges sont compétents déjà à 50% des anciennes compétences de l’État belge, qu’il n’y a pas de hiérarchie des normes (la loi fédérale ne peut jamais primer sur une loi de la compétence des États fédérés: les États fédérés et l’État fédéral sont sur le même pied devant la Cour d’Arbitrage qui est une sorte de Cour constitutionnelle, cependant uniquement compétente pour les conflits de pouvoirs entre États et États fédéral ou éventuellement entre deux États fédérés).
Le poids des partis politiques dans la démocratie belge
Il y a un poids très grand des partis politiques dans notre démocratie. Les trois principaux partis, tout en étant divisés entre Flandre et Wallonie, ont chacun un équivalent flamand et wallon. Par exemple, il y a un parti socialiste en Wallonie (et à Bruxelles francophone), et un partis socialiste en Flandre (et dans la petite minorité bruxelloise flamande).
Or, depuis les élections dans les États fédérés de juin 2004, les coalitions ne sont plus les mêmes en Flandre et Wallonie ni à Bruxelles.
Par conséquent un parti aussi important que le CD&V (démocrates-chrétiens flamands) se retrouvent au pouvoir en Flandre mais dans l’opposition dans l’État belge. Ou encore un parti aussi important que le MR (les libéraux mais au sens chez nous de parti conservateur au sens quasiment anglais), se trouve au pouvoir dans l’État fédéral mais dans l’opposition en Wallonie (et aussi à Bruxelles).
Or il y a plusieurs dossiers qui divisent le Gouvernement fédéral en son sein, qui mettent en opposition les États fédérés de Wallonie et de Bruxelles et l’État-région de Flandre. Des dossiers qui ont un lien direct avec les conflits de peuple à peuple, ou des liens indirects (économiques, idéologiques).
Le Gouvernement fédéral est une coalition composée de “libéraux” (au sens “belge”) et de socialistes. Mais aux dernières élections dans les États fédérés, les socialistes ont gagné (surtout en Wallonie moins en Flandre) mais les libéraux ont perdu (partout). Le Gouvernement est dirigé par un Libéral flamand, Guy Verhofstatdt, homme très compétent, mais quelqu’un qui appartient à un parti qui a perdu les élections dites “régionales” (dans les États fédérés). Ce Premier Ministre est donc affaibli.
Un État fédéral de plus en plus ingouvernable
Dès lors de plus en plus de gens estiment que l’État fédéral devenant de plus en plus ingouvernable, il va falloir transférer ses compétences (déjà limitées à 50% de l’ensemble), aux États-régions qui sont les seuls où peut se mener une politique cohérente, car ils ont leur vie “nationale” (je mets des guillemets car on n’use pas de ce mot en Belgique ni en Wallonie et pourtant c’est cela), propre.
Certes, cela me réjouit à certains égards, car je lutte depuis un quart de siècle et la moitié de ma vie pour que la Wallonie soit indépendante. Mais je considère par ailleurs que les dirigeants wallons ne font pas tout ce qu’il faut – pourtant dans une telle situation!!! – pour mobiliser la population wallonne afin qu’elle lutte pour que son économie se fortifie et pour que sa culture soit pleinement reconnue.
Nous allons – plus que jamais – vers la division de l’État belge en trois États, la Flandre, Bruxelles et la Wallonie. On peut estimer cependant que l’État bruxellois et l’État wallon partageant la même langue seront plus fortement associés. Ce qui peut constituer un danger pour la reconnaissance de la Wallonie, car Bruxelles est aussi une métropole qui écrase (Bruxelles quoique ville francophone n’est pas wallonne comme Montréal est québécoise).
Je reste confiant dans les destinées de ma patrie wallonne. Je sais que ce que je dis ici serait un rêve pour les Québécois souverainistes au Canada. Je le perçois aussi comme positif mais il y à lutter quand même pour la Wallonie. D’une certaine façon, son indépendance serait plus un commencement qu’un aboutissement. Mais ainsi va la vie humaine.
José Fontaine
jose.fontaine@skynet.be
PS: J’ai été invité à un colloque sur la culture wallonne justement par une organisation européenne. Ce colloque aura lieu à l’Hôtel de Ville de Mons, ville wallonne importante de 200.000 habitants et dirigée par le chef du Parti Socialiste, Élio Di Rupo, considéré comme l’homme le plus puissant du pays depuis les dernières élections. Je suis curieux de ce qui va s’y dire car cet Élio Di Rupo (plus important qu’un P.M wallon ou belge), a l’intention d’y livrer un témoignage sur la culture wallonne. Mais je ne suis pas rassuré d’avance par ce qu’il va y dire.
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