Chronique du mardi - 1

Prendre le contrôle du PQ

Jean-Pierre Boutin
mardi 10 février 2004

Il est temps de prendre les moyens de faire l’indépendance. Le Parti Québécois, bien qu’il soit encore et toujours le meilleur moyen que nous ayons pour libérer notre peuple, a presque toujours été contrôlé par une faction modérée et autonomiste. Il en sera ainsi tant que les indépendantistes ne s’organiseront pas pour changer cet état de faits. Les dirigeants actuels du PQ s’inscrivent parfaitement dans l’héritage de René Lévesque, ils font de la petite politique et n’ont aucune vision à long terme pour le Québec. Ce sont des gestionnaires et des électoralistes dont la résolution et l’engagement fluctuent au gré des sondages et des saisons. Nous savons que ces gens ne nous mèneront jamais à l’indépendance et même s’ils le faisaient, de quel pays hériterions-nous ? Croyez-vous que ces maîtres du compromis et ces opportunistes électoraux sauront se tenir droit et faire face à la tempête une fois le moment venu ? Nous n’avons pas le droit de prendre ce risque.

Les seules personnes vraiment intéressées à faire l’indépendance ont claqué la porte de ce parti depuis longtemps. Ce sont ceux qui ont donné une dernière chance, puis une autre, puis une autre, puis zut. Certains sont revenus au retour de Parizeau, quand il a repris la barre fermement en main. Les gens reprennent espoir quand ils ont un vrai chef, un homme de fer, quelqu’un qui fend les vagues plutôt que de d’essayer en vain de les contourner. Pendant ces quelques années, les indépendantistes, les patriotes, ceux qui ont vraiment à cœur l’intérêt de leur pays, ont eu l’impression d’avoir une voix, ils ont eu l’impression que le navire avançait et qu’il le faisait dans la bonne direction. Depuis 1995, plus rien ne bouge. La cause piétine parce que la caste dirigeante de ce parti a pris la décision politiquement absurde d’ignorer la cause même de son existence. Ils se sont dit : « La population demande le statu quo, nous allons devenir le parti du statu quo ». Et ils n’ont plus jamais cessé d’être immobiles et de s’excuser d’exister.

Au lendemain du référendum, c’était le moment de frapper, il fallait se relever et continuer le combat. Ils ont préféré aller se recoucher dans la bonne vieille litière de la gestion provinciale. Utiliser les fonds publics pour promouvoir l’indépendance ? Quelle idée barbare, quelle absence de responsabilité envers la population, quelle crise dans les éditoriaux de la presse et de la Montreal Gazette. En tant que citoyen, si MON gouvernement Péquiste que j’ai attendu 8 ans et qui a finalement été élu ne dirige pas le Québec selon MES intérêts, qui va le faire ? On a peur de qui, au juste ? Des fédéralistes ? Faites-vous à l’idée, ils ne vous aimeront JAMAIS. Des anglophones ? Faites-vous à l’idée, ils ne vous aimeront JAMAIS. Du fédéral ? Faites-vous à l’idée, il ne vous aidera JAMAIS à faire l’indépendance. En fait on a l’impression que les députés du PQ n’ont eux-mêmes jamais cru qu’ils feraient l’indépendance nationale. À les écouter, du moins ceux qui ont le droit de parole, on croirait entendre des gens qui ne veulent qu’être au pouvoir pour être au pouvoir, comme s’ils n’avaient jamais eu vraiment l’intention de changer quoi que ce soit au système actuel.

Pourquoi employer toujours ce ton aseptisé, édulcoré, émasculé ? Qui peut être assez naïf pour y voir une bande de révolutionnaires ? Qui peut croire que ces hommes et ces femmes veulent faire l’indépendance à tout prix ? Il ne reste que le Canada anglais pour y croire encore et ce n’est sûrement pas le fruit d’une analyse politique perspicace. Ils ont élagué de leur discours tous les mots vrais, ils ont abandonné les mots qui dérangeaient, ceux qui voulaient abattre un ordre pour le remplacer par un nouveau. On ne peut faire l’indépendance du Québec sans déranger personne. On ne peut faire l’indépendance de quoi que ce soit sans déranger personne, faites-vous à l’idée, vous allez devoir bousculer des gens, vous allez devoir jouer du coude et vous battre pour vous faire respecter. Il ne sert à rien d’espérer que ces gens redeviennent des indépendantistes convaincus et prêts à mettre tout en œuvre pour leur seul et unique but. Une classe politique opportuniste s’est installée au PQ il y a bien longtemps et cela s’est probablement fait sans le consentement véritable de la masse des militants.

Par la suite, les membres, les militants ainsi que tout les indépendantistes qui supportent le PQ de l’extérieur ont continué à y croire, mais si peu. On s’est dit qu’on pourrait faire avec, que de toute façon c’était la seule équipe dont on disposait, que de toute façon ils n’étaient pas de si mauvais diables après tout. On a laissé faire, par dépit, par lâcheté, par naïveté. On a cru et on croit toujours être impuissants. On a oublié que ce parti a été créé par des gens et donc qu’il peut l’être à nouveau. On a refusé de reprendre le contrôle de ce parti, par la base. Il faudra le faire pour parvenir à notre but commun, alors pourquoi pas maintenant ?

Vous voyez se répéter sous vos yeux la même histoire depuis la fondation de ce parti. Les dirigeants et députés, sous l’influence de la pensée de René Lévesque et de Claude Morin, divisent les rangs, imposent aux indépendantistes leur ligne de pensée, leur façon de faire, leur attentisme. Ils ont mis l’indépendance de côté en 1973 et à ce jour, exception faite d’une fenêtre en 94-95, ils ne l’ont jamais reprise sur leur dos. Ils ont même poussé l’audace jusqu’à utiliser le langage de leurs ennemis pour se justifier de ne pas le faire. « Les gens ne veulent plus entendre parler de référendum » comme si le référendum était la seule voie d’action pour un parti et un gouvernement indépendantiste. Ils ont tellement renié leur cause qu’ils ont décidé consciemment de stigmatiser la faction inconditionnelle de leur parti. Les purs et durs, les radicaux, auraient pu être stigmatisés par le parti d’opposition sans qu’on y voie quelque chose d’extraordinaire, mais par les dirigeants de leur propre parti ? La faction Indépendantiste, le noyau dur de militants convaincus et résolus, est la seule et unique locomotive de ce parti. Le reste n’est en place que pour ralentir sa course, que pour l’empêcher de faire peur aux « indécis » qui de toute façon votent toujours du côté où il vente le plus fort.

À force de s’automutiler et d’affirmer à tous qu’il a lui-même peur de ce qu’il est vraiment, ce parti incarne parfaitement l’archétype du Québécois terrorisé à l’idée de se lever une fois pour toutes et de frapper son ennemi en plein visage. Il n’est tout simplement pas capable de faire face à son destin. Il a peur. Il hésite constamment entre la révolte et le renoncement. Il est la magnification symbolique du colonisé en chacun de nous. Chaque fois que sa volonté est entravée il retourne sa frustration contre lui-même, contre la partie de lui qui le pousse au dépassement, celle qui l’oblige à peiner. Il est comme le gamin qui se cache derrière un buisson pour crier des insultes et qui s’enfuit en courant si jamais la personne se retourne. Comment voulez-vous que les Québécois suivent ce parti vers l’indépendance si ils ont l’impression qu’il a peur d’affirmer clairement ce qu’il est, sans détours et sans demi-mesures, à la face de ses opposants ? Ce que l’on a sous les yeux c’est plutôt une bande d’inquiets qui vont adapter la couleur de leurs souliers à la « volonté populaire ». De toute façon, ne trouvez-vous pas absurde de vous fier à une opinion publique influencée en grande partie par des médias qui s’affirment clairement comme fédéralistes et qui ne ménagent rien pour faire avancer leur option ?

Il se peut bien que l’on ait à reprendre le travail là où le RIN a laissé. Il est étrange de constater que 34 ans plus tard, les 23% de Québécois ayant voté pour le PQ en 1970 soient aujourd’hui le quart de la population en faveur de l’indépendance du Québec. On peut en déduire que ceux qui avaient la force de voter pour un parti indépendantiste dans la société de 1970 sont aujourd’hui les seuls à avoir la force d’affirmer clairement leur choix pour l’indépendance. La doctrine du PQ, héritage d’un informateur du SCRS, a toujours été de laisser pousser la cause d’elle-même. Certains employés et ex-employés de la gendarmerie doivent encore en rire aujourd’hui.

Où sont passées les assemblées de cuisine ? Où sont passés les militants qui vont de porte en porte pour informer la population ? À l’heure où on se parle, il y a des milliers de jeunes entre 18 et 30 ans qui n’ont jamais entendu parler d’indépendance, qui ne savent rien à ce sujet, qui n’ont qu’une idée vague et indéfinie des motivations profondes de ce projet. Ils sont en proie à la propagande de l’autre camp parce que nous ne les avons pas informés correctement, nous n’avons pas pris le bâton du pèlerin depuis des années. Le PQ n’a pas pris la relève du RIN, il n’a pas compris que l’indépendance se fait dans l’âme de chaque individu et qu’il faut pour cela battre la campagne tous les jours, sans relâche.

On a bien eu de beaux slogans au PQ, mais où est la structure ? Où est cette machine de propagande, ces milliers de militants indépendantistes formés, organisés et déterminés qui prennent la route tous les jours pour faire avancer la cause ? La classe dirigeante du parti s’est désengagée et déresponsabilisée et elle s’est mise à compter sur la naissance d’un mouvement populaire spontané aux formes indéfinies. Ne croyait-elle pas qu’elle aurait pu utiliser la structure de son parti au moins comme modèle, au mieux comme base à cette structure de propagation de l’idée d’indépendance ? Elle est restée assise puisque la seule structure dont elle disposait était suffisante à assurer sa survie, tant qu’elle pouvait lui fournir de l’argent et des membres.

Nul besoin de se forcer à faire avancer la cause, après tout, l’aboutissement du projet ne sonnerait-il pas le glas de ce parti ? Laissons donc la tâche aux militants de faire le travail seul. Alors les militants qui y croyaient vraiment ont continué, individuellement, à faire le travail. Toutefois, dans une entreprise pareille, nul besoin de dire qu’une organisation efficace est loin d’être superflue. Pour ce qui est de la cause indépendantiste, le PQ n’est pas cette organisation. Le PQ est une machine à amasser des membres et à gagner des élections, comme n’importe quel autre parti politique. Il nous faut une organisation militante dont l’unique but est de faire de la propagande indépendantiste auprès de la population du Québec. Auprès de chaque Québécois, un par un. Exactement ce que le RIN était dans les années 60.

Ma proposition est la suivante : former un réseau indépendantiste structuré et solide à l’intérieur du PQ. Ce réseau permettra, grâce à son unité et à son action coordonnée, d’orienter les politiques du PQ selon les intérêts fondamentaux de la nation québécoise. Ce réseau regroupera tous les indépendantistes qui veulent faire de l’indépendance et de la défense du français leur priorité numéro un. Ce réseau aura pour mission première de grandir et de recruter le plus de gens possible à l’intérieur et à l’extérieur du PQ pour devenir une force majoritaire et incontournable dans toutes les décisions du parti. Si le PQ rallie 45 % de la population et que 25 % de celle-ci est prête pour l’indépendance pure et simple, c’est possible. D’autant plus que les 45% qui appuient le parti n’en sont pas membres nécessairement alors que les 25% d’indépendantistes sont des membres potentiels et du parti, et du réseau indépendantiste. Une fois constituée, cette structure, ou même seulement une partie de celle-ci, pourra accomplir d’autres missions, telles des manifestations, de la propagande et de l’éducation populaire.

J’ai lu que le parti socialiste français a en son sein plusieurs de ces réseaux structurés qui interagissent pour déterminer l’orientation du parti. Si nous disposons d’un réseau solide et organisé qui compte pour plus de la moitié des membres du PQ, nous ferons face à une opposition conjoncturelle et divisée, ce qui veut dire que nous dirigerons ce parti comme un pantin. De plus, nous disposerons d’une arme tactique redoutable, c'est-à-dire la menace de sécession pour former un autre parti plus conforme à nos idéaux, ce qui pourra être réalisé à n’importe quel instant facilement et rapidement puisque nous serons déjà organisés mieux que n’importe quel parti, la conversion sera une simple formalité administrative. L’intérêt n’est pas de savoir si nous allons le faire, il est que les modérés sauront que nous avons le pouvoir de le faire à n’importe quel instant, et c’est tout ce qui compte.

Le but est de réunir en une structure cohérente et efficace tous les militants indépendantistes les plus déterminés. Il est navrant de voir toutes ces énergies perdues en actions éparpillées et dépourvues d’un plan d’ensemble qui leur permettrait de se transformer en force motrice. Non pas que certaines initiatives ne sont pas dignes de mention et de respect, mais combien ai-je vu de groupements, de cellules, de mouvements, de ralliements, de rassemblements, qui ne peuvent arriver à produire une action déterminante. Même si certains portent des résultats concrets, et c’est le cas, nous sommes tous conscients qu’il faudra réaliser la réunion de tous ces militants dévoués totalement à leur cause dans une organisation unique pour réussir à harnacher ces masses d’énergie et les transformer en action efficace et déterminante pour notre cause. Nous devons nous organiser pour vaincre. Nous devons nous unir également. Pourquoi ne pas le faire à l’intérieur du parti qui avait pour mission d’être cette machine, cette organisation créatrice, fruit du labeur de tous les indépendantistes ? Qu’est-il devenu, ce parti, 36 ans plus tard ? Ne voyez-vous pas qu’il s’est trahi lui-même ? Il s’est renié bien plus que trois fois, il a renié ce qu’il était, il n’est plus qu’une ombre. Il faut le reconstruire de l’intérieur, le faire muer, le faire évoluer vers sa deuxième vie. Il faut l’utiliser pour tout ce qu’il peut donner de bon, ce serait une perte de temps que de commencer à rebâtir un parti neuf alors que nous pouvons bénéficier de l’image et de la reconnaissance dont celui-ci dispose auprès de tous.

Il serait naïf d’attendre qu’un quelconque chevalier venu d’on ne sait où prenne la tête du parti pour le remette en ordre. Il faut que des militants indépendantistes s’en occupent, maintenant.

Jean-Pierre Boutin
alch@globetrotter.net

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