Chronique du mardi - 12

Maurice II

Jean-Pierre Boutin
mardi 28 septembre 2004

Notre cher Dumont national découvre l’addition. Souverainisme + fédéralisme = autonomisme. Quelle lumière, nous sommes éblouis. L’opération avait été complétée depuis longtemps par à peu près tout le monde sauf lui. Ses politiques et son style « nationaleux » rappelaient vaguement un certain Duplessis mais maintenant il ne se cache plus pour le dire. Mario s’est sacré lui-même en fin de semaine, Maurice II. Le roi est mort, vive le roi; la nation canadienne française a tout simplement été victime d’un coma de quarante-cinq ans.

Nous découvrons à l’aune de la lanterne du député de Rivière-du-Loup que nous avons tous étés menés en bac par le vil passeur du séparatisme. Mario nous ramène sur la rive d’où nous étions partis quelque part en 1959, exactement au même point. C’est ce qu’on appelle le progrès.

Je ne sais pas pour vous mais quand je lis des éditorialistes canadiens anglais encenser un politicien québécois pour son bon sens et son réalisme, je me pose des questions. Soit cet homme est vraiment un génie, soit il fait de l’intérieur ce qu’eux ne sont pas capables de faire de l’extérieur. Il s’emploie activement à saborder le navire.

M. Dumont est un être intelligent, il veut devenir premier ministre du Québec depuis très longtemps et il sait qu’il va y arriver un jour ou l’autre. Il pratique ce que les américains appellent la realpolitik. Ici, on pourrait traduire par électoralisme et opportunisme politique; la fin justifie les moyens. Il changera son programme de a à z s’il le faut, il se fera friser les cheveux si c’est nécessaire, il promettra le beurre et l’argent du beurre aux Québécois s’il croit que ça peut le faire élire. C’est exactement ce qu’il vient de faire avec sa nouvelle position constitutionnelle.

Les Québécois n’acceptent pas le Canada actuel mais ils ne sont pas assez braves pour faire face à la rupture. Conclusion : promettez-leur un Québec libre dans un Canada uni. Deschamps le disait en pouffant de rire, Dumont l’intègre à son programme de parti. Il sait qu’il peut aller chercher les mous des deux autres partis ainsi qu’une partie des indécis de cette façon. C’est amplement pour faire élire un gouvernement dans une élection à trois partis. Reste à savoir si assez de gens accepteront de cautionner ses politiques de droite et ses nombreuses contorsions idéologiques. Trouvera-il assez de Québécois désabusés pour accepter de le suivre dans une démarche digne des débuts de la révolution tranquille ? En sommes-nous encore là ?

Nous avons acquis de la maturité comme peuple depuis les années soixante. Nous ne pouvons plus accepter la dépendance au point où nous en sommes. Nous ne pourrons végéter éternellement dans le statu quo. Le processus de Libération Nationale se matérialise dans l’esprit de chaque membre de la nation depuis quarante-cinq ans. Nous sommes déjà engagés sur une voie à sens unique, aucun retour en arrière possible. On ne peut tenir enchaîné un peuple qui a pris conscience de ce qu’il vaut vraiment. Aujourd’hui, les seules chaînes qui restent sont dans nos esprits et nous avons le pouvoir de les briser.

Jean-Pierre Boutin
alch@globetrotter.net

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