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Chronique du mardi - 5
L’action à long terme
Jean-Pierre Boutin mardi 13 avril 2004
Le mouvement indépendantiste a toujours agi en fonction d’un échéancier à court terme. Les indépendantistes de la première heure, emportés par l’effervescence des années 60 et 70, ont milité de façon quotidienne et sans plan d’ensemble, franchissant à saute-mouton les étapes qui allaient les mener à la prise du pouvoir par le Parti Québécois en 1976. Ils se sont organisés, ils ont formé ce parti, ils se sont donnés des statuts, ils ont réussi à établir une structure cohérente et efficace à la grandeur du Québec.
Mais quelque part en chemin, ils ont oublié d’inclure dans la constitution de ce parti l’obligation de militer pour l’indépendance du Québec, de faire connaître la cause, de la rendre accessible à la population. Il paraissait sans doute inutile à ce moment-là d’obliger le parti à le faire puisque ça devait être au départ la cause même de son existence. Ils ont fait le pari que ce parti les mènerait à l’indépendance assez rapidement. Les dirigeants du parti ont pris pour acquis que le travail de bras serait fait par les militants. Le climat des années soixante-dix laissait croire à la venue d’un temps nouveau, à une révolution des consciences qui se réaliserait à une vitesse fulgurante. Ces gens ne pouvaient pas prévoir toutes les embûches que traverserait le combat national des Québécois au cours des années 80 et après.
Pour parvenir à son but, qui était de faire l’indépendance d’un pays par la voie démocratique, le mouvement indépendantiste avait absolument besoin d’une chose : convaincre une majorité de Québécois de la nécessité de l’indépendance nationale. Pour ce faire, il devait mettre en action une machine de propagande (au sens positif et non au sens péjoratif couramment associé à ce terme) capable de faire de l’éducation populaire et ainsi de convaincre les gens de la justesse du projet. Plus les citoyens Québécois seraient politisés, historicisés et informés, plus ils auraient de chances de se rendre compte par eux-mêmes de la situation inacceptable dans lequel le Québec était et est encore. La propagande a été faite non pas par une machine bien organisée mais plutôt par des milliers de petits engrenages chacun de leur côté.
Le Parti Québécois n’a jamais eu la volonté nécessaire pour mettre en oeuvre une telle machine.
Ses membres ont fait le travail, individuellement et par petits groupes, mais le parti n’a jamais mis son organisation, sa capacité financière et ses énergies à remplir cet objectif de façon cohérente et durable. Jamais ce parti n’a accouché d’un telle machine, indépendante ou pas, ayant pour seul et unique but l’avancement de la cause qui l’avait lui-même fait naître. Cette machine, qui aurait travaillé sans relâche, chaque jour, les lendemains de défaite comme les lendemains de victoire, qu’il vente ou qu’il grêle, pour éveiller une conscience de plus, au moins une, chaque soir. Cette machine humaine, dédiée corps et âme à sa cause, qui aurait continué d’empiler les grains de sable, un par un, jusqu’à ce que penche la balance, pour de bon. Cette machine, essentielle, n’a pas encore vu le jour, alors que chacune des journées perdues dans le néant vient s’ajouter aux autres. Trente ans plus tard, qui peut imaginer où nous en serions ?
Le PQ était et est bel et bien une structure organisée mais il ne s’acquitte pas de la tâche en question. Il laisse à ses membres le soin de faire le travail individuellement, sans coordination, sans financement, sans formation, sans aucune des structures nécessaires à la réussite.
Sortir, parler, convaincre, le leitmotiv du PQ reste un vœu pieux sans une volonté structurante derrière lui. Il existe bien une myriade de mouvements souverainistes au Québec, issus de la volonté de militants indépendants du PQ, mais leur action au niveau de la diffusion de l’idée d’indépendance reste limitée et sans plan d’ensemble. Je ne veux nullement discréditer les efforts des militants dont les initiatives sont toujours les bienvenues, je veux seulement démontrer que ces organisations ne sont pas et ne pourront jamais être la machine de propagande dont je parle sans une structure d’ensemble. La seule initiative à longue portée provient du RIQ qui a adopté une position politique rassembleuse et qui a publié le livre « comment sortir le Canada du Québec », ce qui témoigne d’une volonté d’action à plus long terme. Ensuite, la seule source de diffusion d’informations substantielle sur l’indépendance du Québec réside ici même, sur Vigile, et ce site est le fruit d’une initiative personnelle.
Ce dont le mouvement a besoin pour réussir à aller chercher le dernier dix à quinze pourcent manquant d’appui pour l’indépendance ainsi que pour consolider l’appui des souverainistes « mous », c’est d’une organisation de propagande structurée et organisée. Nous savons d’ores et déjà que nous disposons d’un large capital humain de militants souverainistes à portée de la main. Nous savons également que nous disposons de l’appui de près de cinquante pourcent de la population. Il ne reste plus qu’à organiser l’action de façon efficace.
Il nous faut une organisation qui procédera au recrutement de militants, qui les formera et qui les emploiera à faire du porte-à-porte à travers le Québec. Ces agents devront être formés de façon exemplaire tant dans l’art de la rhétorique qu’au plan des connaissances générales sur la politique et particulièrement sur tout ce qui touche la théorie de l’indépendantisme québécois.
Il faudra élaborer un programme d’enseignement et recruter une poignée de professeurs d’expérience, des militants de la vieille garde ayant acquis un savoir fondamental au cours de leur parcours personnel et professionnel.
Il sera également nécessaire de mettre en place une sorte d’académie, une micro-université regroupant en un seul lieu tout le savoir et la pensée indépendantiste, les mettant ainsi à la disposition des professeurs, des militants et de tout les indépendantistes. Cette école pourrait également être un lieu privilégié pour donner des cours aux citoyens rencontrés au porte-à-porte et souhaitant s’instruire d’avantage sur le sujet de l’indépendance, question de propager l’information dans la population et de combattre l’effet des médias de masse fédéralistes. Cette organisation, qui pourra être de petite taille, et il serait peut-être même avantageux qu’elle le soit, devra se financer à même les dons recueillis au porte-à-porte. Ces méthodes simples, mais qui ont fait leurs preuves, ont déjà été utilisées avec succès par plusieurs autres organisations et entreprises.
Un certain employé des services de renseignements canadiens aurait un jour dit que la cause indépendantiste se comparaît à une fleur. On ne peut la faire pousser plus vite en tirant dessus. Certains hauts dirigeants du Parti Québécois, y voyant une formule pleine de vérité, ont ainsi justifié leur inaction. Leur faute aura été d’oublier de nourrir cette fleur de la source de leurs mots et de la lumière de leurs idées.
Jean-Pierre Boutin
alch@globetrotter.net
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