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Chronique du mardi - 7
Sylvo-Québec L’extraction des ressources est la première étape dans la création de la richesse collective, pas la seule !
Jean-Pierre Boutin mardi 11 mai 2004
Vous avez devant vos yeux le Pays du Québec. C’est grand n’est-ce pas ? Un très grand Pays dont la forme rappelle vaguement la tête d’un chien. Mais ce Pays n’est pas vraiment à nous. La partie qui nous appartient vraiment, c'est-à-dire celle que nous avons mise en valeur et que nous habitons, n’est pas très grande. L’immense majorité du territoire demeure vierge, presque inhabitée. En fait, le vrai pays du Québec, celui qui est habité et développé, ne représente qu’une bande de territoire plutôt mince des deux côtés d’un grand fleuve. Évidemment, le nord Québécois ne sera probablement jamais peuplé à la manière des occidentaux. Il restera la contrée de ses premiers habitants ainsi que celle de touristes, chasseurs, pêcheurs et travailleurs de passage. Même certaines régions du Québec plus au sud restent peu peuplées malgré le nombre des années nous séparant de notre arrivée sur ces terres. En fait, depuis quelques décennies, la majorité des régions du Québec se vident au profit des grands centres urbains.
On ne bâtit pas un Pays sur une ville, ou même sur plusieurs villes, mais sur le Pays lui-même, la campagne, le bois, la terre, la lande, et ceux qui l’habitent. Un pays ne peut être fort et indépendant que s’il est fort dans toutes ses parties. Les Québécois ne peuvent tout miser sur Montréal, le développement doit se faire partout, de façon durable et avec une vision à long terme. Le développement régional ne devrait s’appeler que le développement tout court. Des économies régionales fortes, des régions dynamiques démographiquement et socialement sont les fondations de tout pays indépendant.
Le gouvernement du Québec doit prendre conscience de l’absolue nécessité d’assurer un développement diversifié et solide pour toutes les régions du Québec et en particulier pour les régions dites « éloignées ». Éloignées de quoi, on se le demande. L’appellation implique déjà la notion d’un seul centre gravitationnel au Québec. Il faut à tout prix éviter qu’une seule ville absorbe toutes les énergies vitales du Pays et qu’elle gagne ainsi trop d’importance, ce qui ne manquerait pas de nous affaiblir. Une centralisation exagérée rend une prise de contrôle sur le Pays tout entier beaucoup trop facile. Des régions fortes permettent un certain équilibre et une certaine indépendance entre elles. Des économies diversifiées augmentent notre résistance aux crises dans certains secteurs. Il faut fuir comme la peste le syndrome de la république de bananes où un seul secteur économique prend toute la place. Cet état de faits rend ces Pays extrêmement vulnérables à la fluctuation des marchés ainsi qu’à leurs acheteurs principaux.
Le Québec a longtemps été et continue d’être ni plus ni moins qu’un réservoir de ressources naturelles impérial. Autrefois, nous étions une vache à lait pour l’Empire Français, puis pour l’Empire anglais, et finalement les Américains ont pris le relais des anglais au cours du 20ième siècle. Nous avons été producteurs de fourrures, puis de bois, et finalement il y a eu un peu de diversification. Avant les années 60, pratiquement tout le développement des ressources naturelles a été fait par des étrangers. Certains appelleraient plutôt cela un vol éhonté mais au début du 20ième siècle et même encore aujourd’hui, beaucoup pensent que les ressources naturelles appartiennent à ceux qui ont les moyens d’aller les chercher et de les mettre en exploitation. Ce qui revient à dire que pour un peuple de cultivateurs et d’ouvriers, ce que nous étions avant les années 60, il faut remettre son âme entre les mains du grand capital anglo-saxon, canadien, anglais ou états-unien. Ces grandes fortunes familiales, aujourd’hui devenues pour la plupart de grandes multinationales, ont exploité nos ressources en échange de quelques miettes, permis, concessions et redevances ridicules ainsi que des salaires misérables pour les travailleurs.
Les gouvernements, toujours portés à favoriser les solutions de développement les plus faciles, ont tout simplement laissé les requins partir avec nos biens collectifs, allant même jusqu’à les remercier de « créer » quelques centaines d’emplois en leur refilant une généreuse subvention, un prêt sans intérêts ou un contrat d’électricité à rabais. C’est arrivé dans les années 40 et ça arrive encore aujourd’hui. C’est arrivé et ça arrive encore dans tout les Pays du Tiers-monde, les Américains débarquent, avec ou sans le consentement des gouvernements nationaux, et ils partent avec les ressources. L’Amérique leur appartient depuis longtemps, il ne faut pas se le cacher. Toute l’Amérique, celle du nord comme celle du sud, le centre et les Caraïbes en prime. Le Québec ne fait pas exception. La seule différence étant qu’ici ils mettent des gants blancs pour obtenir ce qu’ils veulent puisque nous sommes supposément un pays démocratique et avancé. Ça ne ferait pas sérieux de renverser Jean Charest pour le remplacer par un dictateur à leur solde. De toute façon, ce serait une pure perte de temps puisque les premiers ministres du Québec ont toujours été très dociles et ont en général toujours accepté, voire encouragé, l’entrée du capital américain sur notre sol.
Il suffit de regarder l’Erreur Boréale pour se rendre compte que nos gouvernements ont littéralement donné notre forêt aux grandes compagnies canadiennes et américaines. Et ça continue, malgré le niveau de conscience de la population qui commence à augmenter, il faudra encore quelques décennies avant que l’on ne se réveille complètement, mais il sera trop tard. Le peuple québécois commence seulement à réaliser qu’il est le seul propriétaire des ressources naturelles de son territoire. On ne peut blâmer Duplessis d’avoir fait ce qu’il a fait à une époque où la conscience environnementale de la population était tout simplement inexistante. Mais comment expliquer que nos politiciens continuent à accepter le chantage des pertes d’emplois de la part des multinationales ? On avancera pas tant que notre gouvernement ne comprendra pas un principe très simple : l’extraction des ressources est la première étape dans la création de la richesse collective, pas la seule ! Accepter que des multinationales étrangères s’installent ici pour extraire les ressources et les envoient se faire transformer ailleurs, c’est ni plus ni moins que leur donner nos richesses. Les salaires et emplois que nous obtenons ainsi ne représentent qu’une infime partie de la valeur de ce qui est extrait de notre territoire.
En Irak, un dictateur rebelle avait nationalisé les ressources et refusait l’entrée des compagnies américaines et de leur capital. Ce dictateur fut renversé. Il a subi le même sort que tout les autres dictateurs ou gouvernements démocratiques du monde qui ont refusé l’entrée des capitaux américains sur leur sol. À l’heure où j’écris ces lignes, des multinationales américaines sont en train d’installer des puits de pétrole en Irak. Seules les grandes nations peuvent tenir tête au géant américain, et encore, elles doivent subir des représailles économiques quand la géopolitique ne permet pas aux États-Unis d’utiliser la force.
Donc, au Québec, nous n’avons guère le choix que de composer avec notre gros voisin et son cortège de multinationales. Nous avons quand même une certaine marge de manœuvre qui nous permet de ne pas tout accepter. Nous devons effectuer la transformation de nos ressources nous-mêmes, ici. C’est la seule façon d’avoir des régions fortes et dynamiques. C’est ainsi que nous deviendrons un Pays fort économiquement, démographiquement et socialement. Tout le reste découle de la façon dont nous faisons fructifier nos avoirs collectifs.
Nous avons nationalisé le secteur énergétique avec Hydro-Québec, ce fut probablement un des meilleurs coups de notre histoire. Pourquoi ne pas en faire autant avec le secteur forestier ? Nous pourrions exercer le contrôle total sur la coupe, sur l’extraction de cette ressource. Nous pourrions nous assurer collectivement de la pérennité de cette ressource vitale. Nous pourrions exiger des comptes, en tant que citoyens, sur la façon dont nos forêts sont gérées, ce qui n’est pas le cas présentement. Pour faire ça, il nous faudrait autre chose qu’une poupée de chiffon comme Premier Ministre. Un Président fort dans une République du Québec indépendante serait sans doute plus efficace pour effectuer de tels changements.
Jean-Pierre Boutin
alch@globetrotter.net
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