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Chronique du vendredi - 89
OKA - Résoudre les énigmes
Sylvain Deschênes vendredi 23 janvier 2004
Pour souligner sa première Saint-Jean à titre de président d’Alliance-Québec, groupe de pression antifrançais subventionné par le gouvernement fédéral, William Johnson avait annoncé à l’avance, par pure provocation, qu’il participerait avec éclat aux manifestations de la fête nationale du Québec. Une initiative qui rappelait les défilés orangistes en Irlande. Elle s’inscrivait dans le cours du « plan B » destiné à mater la volonté d’émancipation politique des Québécois à la suite de la quasi-victoire de 1995. Au cours de ces années, les menaces de partition et les accusations d’ethnicisme pleuvaient constamment sur les indépendantistes. Même le chef du Parti québécois accusait ses militants de tous les maux lorsqu’ils parlaient de colmater les brèches opérées par le fédéral dans notre Charte de la langue française.
Dans ce contexte où les partisans d’un vaste mouvement politique légitime étaient pointés du doigt pour les intentions coupables qu’on leur prêtait, Johnson venait les narguer dans le dessein évident de les faire tomber dans le piège médiatique qu’il leur tendait. Nous étions confrontés à un douloureux dilemme. Molester le provocateur aurait empiré la situation et le laisser faire sans réagir aurait confirmé un état léthargique favorable à tous les reculs.
Après notre petite fête d’après-midi à la campagne, je redoutais ce qu’on allait nous montrer aux informations du soir. On voyait Johnson au milieu de la foule qui souriait ostensiblement avec — quand même — une pointe d’inquiétude dans le regard. Survenait alors un hurlement fou en forme de « glouglou » et une formidable tarte à la crème au visage du baveux. Toute la tension disparut dans un grand éclat de rire. Il y a eu, depuis, d’innombrables tartes à la crème plus ou moins pertinentes, mais je suis d’avis qu’il faudra un jour récompenser François Gourd pour ce geste qui, pour le Québec, équivalait au phénomène de résilience dont les psychologues parlent quand ils évoquent la capacité de surmonter les épreuves.
J’ai comme l’impression qu’une série de pièges de ce type sont tranquillement installés par les autorités canadiennes. Nous remarquons tous que les fameuses crises amérindiennes au Québec semblent toujours modulées selon l’état de mobilisation des Québécois. À chaque fois, on se retrouve avec un innocent sans envergure pour porter le chapeau de ministre libéral de notre police et, chaque fois, des dysfonctions dans la chaîne de commandement compromettent la réalisation d’opérations policières visant les criminels d’une communauté autochtone. Suivent ensuite les inévitables discours de morale d’une flopée d’anthropologues complaisants tout à fait incapables de nous informer convenablement sur ce qui se passe réellement dans ces communautés.
Pourtant, dès la première soirée de la dernière crise, le journaliste de Radio-Canada à RDI semblait bien informé de ce qui se passait. Les faits les plus importants étaient rapportés, mais, comme il arrive habituellement dans les reportages montés pour les nouvelles, une sorte de cassette se mettait en marche quand on abordait logiquement les choses pour identifier les forces en présence. Tout à coup, on ne pouvait plus rien affirmer. On parlait de « deux camps » également légitimes, on évoquait une suite de chicanes de familles réapparues à la faveur du temps des fêtes, bref, l’évidence du caractère mafieux des protestations était aussi masquée que les protestataires eux-mêmes. En fait, ceux qui avaient le visage découvert auraient peut-être mieux fait de prendre le prétexte des moins 25 degrés pour porter des cagoules tant leurs discours menaçants en anglais ne les aidaient pas.
La réaction du gouvernement provincial libéral à cet événement nous replonge dans cet état de perplexité où nous nous trouvions lors de la crise de 1990. On repense au ministre Caccia qui semblait mieux informé que les autres, à Robert Bourassa qui allait, pendant ce temps, se faire soigner un mystérieux cancer aux Etats-Unis. Nous avions eu cette fois-là une certaine idée de la très grande fragilité de l’État québécois dans un régime fédéral, surtout quand les libéraux provinciaux étaient au pouvoir.
L’exemple lamentable que le gouvernement Charest a donné lors de cette crise doit nous faire réfléchir aux moyens que nous devons prendre pour le mettre en échec. La maison en flammes du chef James Gabriel est symbolique de la nouvelle énigme posée aux Québécois. Personne n’imagine réellement que la destitution du chef de la Sûreté du Québec provoquerait la mise à feu de la maison du chef libéral à Westmount. Pas par des indépendantistes en tout cas. Mais peut-être par des émules de l’agent Samson de la GRC dont les bureaux montréalais sont situés à proximité. La déstabilisation fait partie de ces armes conventionnelles employées par des empires pour arriver à leurs fins. Non, ce que cette maison détruite d’un chef dûment élu nous dit, c’est que Jean Charest n’a rien à foutre de l’état de droit. S’il brandit son mandat électoral à tout va, c’est pour le ridiculiser en lui donnant le sens qu’il veut à mesure qu’il saccage ce que nous avons patiemment construit.
Déjà, on voit déjà poindre la force démocratique du peuple québécois quand l’éditorialiste Pratte du journal de Power Corporation se voit obligé de se rétracter sur la teneur des événements. Le « bain de sang appréhendé » évoqué pour justifier le libre cours donné à des criminels ne passe pas. Faudra trouver autre chose, messieurs les collabos.
Au bout du compte, nous constatons que le peuple québécois dispose d’une arme redoutable. Contrairement à celles des despotes, elle est entre les mains de chacun et peut être utilisée à tout moment. Axée sur la solidarité, sur le « vouloir vivre ensemble », elle peut neutraliser les mercenaires fédéraux de l’individualisme comme par enchantement. Cette arme imparable, c’est notre créativité. Arrangeons-nous pour l’intégrer à la guerre que nous menons pour pouvoir dire comme le faisaient en riant nos prédécesseurs quand ils arrivaient à surmonter les épreuves : on va les avoir les Anglais!
Sylvain Deschênes
sdcom@sympatico.ca
Le site de l’émission
http://radio-canada.ca/television/grandeourse/
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