CHRONIQUE DU SAMEDI - 152
Démission du Ministre Président wallon
José Fontaine samedi 1er octobre 2005
À la suite d’affaires de corruption qui impliquent des membres du pouvoir communal (municipal) de Charleroi, dont il fut longtemps le bourgmestre (maire: en Wallonie on use aussi du mot maïeur), le Ministre-Président wallon Jean-Claude Van Cauwenberghe vient de démissionner il y a quelques heures.
Il faut dire que le Premier Ministre wallon était au poste où il était, en fonction de ce que nous appelons chez nous “la particratie”, c’est-à-dire le rôle parfois jugé excessif donné aux partis politiques et notamment à leurs chefs souvent plus importants que les membres des gouvernements des Etats fédérés mais même aussi de l’Etat fédéral.
En Wallonie le parti dominant est le PS qui recueille aux alentours de 35% des suffrages, ce qui le rend maître du jeu.
Le fait que le scandale éclate dans l’importante ville de Charleroi, même si cela est lié à des équations personnelles, est tout de même exemplatif d’une exagération du PS dans l’occupation du Pouvoir au niveau local. Ce qui suscite depuis très longtemps une vive critique dans l’opinion publique. Et disons-le une méfiance certaine vis-à-vis d’une Wallonie trop exclusivement dirigée par le PS. L’actuel président du Parti est cependant perçu dans l’opinion comme quelqu’un qui peut y mettre bon ordre.
Pour le meilleur et pour le pire et à cause de son poids politique grandissant, la Wallonie apparaît de plus en plus souvent au centre de la scène médiatique. Ce soir le journal de la RTBF consacrait une émission spéciale à cet événement peut-être révélateur. Et qui peut être un tournant dans la manière d’envisager la Wallonie et son destin.
Certes, le chef du PS wallon le très puissant Elio Di Rupo est un homme au-dessus de tout soupçon du point de vue de son intégrité morale. Mais il va avoir fort à faire pour redresser l’image de son parti compromis non seulement à Charleroi, mais aussi dans d’autres communes (villes) wallonnes et notamment dans les société de logements sociaux liées à ces communes.
Comme chaque fois que des “affaires” éclatent, on ne peut pas écarter l’hypothèse qu’elles sont gonflées médiatiquement. Mais cela demeure vrai que l’omnipotence du PS dérange depuis longtemps en Wallonie.
Ce qui est valable cette fois de tous les partis et qui renvoie au système baptisé “particratie”, c’est que c’est le chef du PS wallon, Elio Di Rupo qui va en quelque sorte désigner le nouveau Ministre-Président (même si formellement il ne peut le devenir qu’en étant élu par le Parlement wallon).
Le choix ne sera pas facile car les hommes ou les femmes de poids du côté socialistes sont ministres au niveau fédéral. Et il faut nécessairement un homme de poids pour gouverner la Wallonie, cela en dépit du fait que la particratie rend la fonction de chef du gouvernement moins importante que dans un pays comme le Québec. Elio Di Rupo n’a pas la réputation d’être un autonomiste wallon ardent. IL s’exprime souvent de manière un peu servile par rapport à la monarchie et les candidats à la succession de Van Cauwenberghe n’ont pas la même passion wallonne que l’homme qui vient de démissionner.
Mais d’autre part, le Gouvernement wallon, à l’instigation des deux présidents des partis qui forment la coalition gouvernementale wallonne venait de lancer un important programme de redressement. J’en ai parlé il y a quinze jours. Quels que soient donc les sentiments de celui qui succédera à M. Van Cauwenberghe, il faudra qu’il apparaisse comme crédible aux yeux de l’opinion wallonne.
Etant donné l’étendue des compétences étatiques de la Wallonie comme Etat fédéré, quelles que soient les préférences personnelles de celui qui assumera la succession, il sera également obligé d’assumer la Wallonie, surtout qu’il s’agira pour lui (puisqu’il s’agira d’un membre du PS) de sauver aussi la réputation d’un PS fort malmené pour le moment. Ainsi cette particratie nuisible à la Wallonie pourrait se retourner peut-être, à son corps défendant, en avantage pour la Wallonie autonome.
Certains n’excluent même pas que ce soit le président du PS qui devienne le Premier Ministre wallon. Personnellement, je ne verrais aucun inconvénient à ce que le pouvoir informel de cet homme (en tant que président de parti), se confonde avec un pouvoir formel (comme Ministre-Président de la Wallonie). C’est alors que Di Rupo serait amené à jouer un jeu politique plus délibérément wallon, abandonnant les ambitions qu’on lui prête sur le plan fédéral. Nous verrons si l’adage “A quelque chose malheur est bon” se vérifiera dans ce cas.
José Fontaine jose.fontaine@skynet.be
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