Chronique du mardi - 19

Le vent a tourné

Jean-Pierre Boutin
mardi 3 mai 2005

Le vent a tourné. Il semble que les Québécois ont retrouvé le goût de la liberté. Comme à chaque fois que cela se produit, il a fallu que leur état de citoyens de seconde zone leur soit remis juste sous les yeux. Les médias, qui ont pour vocation de rapporter les faits et non d’éclairer les perspectives, ont pour une fois, et bien malgré eux, servi la cause de l’Indépendance du Québec. Une fois engagés dans l’éventrage du scandale des commandites, la simple concurrence les force à aller jusqu’au bout de cette logique. Ils iront jusqu’au fond du baril. Même les médias fédéralistes se trouvent obligés de « sortir » tout ce qui peut l’être, quitte à en atténuer la portée quand c’est possible. Dans le cas de ce scandale, l’incroyable suffisance, la stupéfiante malhonnêteté des acteurs rend la tâche presque impossible... même pour les plus zélés défenseurs « impartiaux » de la fédération canadienne.

On a peine à croire que la loi du boomerang n’existe pas en voyant la force avec laquelle revient toute l’énergie négative investie dans cette entreprise de négation d’un peuple. Combien de fois depuis un an l’image du Canada, du gouvernement fédéral et de tous ses représentants a-t-elle été salie par association avec ce scandale ? En fait, cela remonte à bien plus qu’un an maintenant. L’effet de rejet des symboles canadiens a-t-il égalé l’effet réel d’appropriation produit par le programme lui-même ? Bien franchement on ne doit pas être loin du compte. La vérité finit toujours par refaire surface. La vertu et la droiture du mouvement Indépendantiste québécois ont fini par le servir. En comparaison avec ses adversaires fédéraux, il peut avoir la conscience tranquille. Devant le concert des nations, notre OUI à 49,4% pèse son pesant d’or alors que leur 50,6% est difficilement défendable compte tenu des nombreuses fraudes à la loi électorale. Après le 30 octobre 1995, les dirigeants du Parti Québécois ont tenu à donner tout le crédit à la victoire du NON. Ils ont accepté leur défaite qui n’en était pas une. Ils ont accepté de donner leur appui à une victoire frauduleuse. On ne peut refaire le passé mais on peut apprendre pour le futur.

Compte tenu de ce que certains savaient depuis 1995 et de ce que peu de gens ignorent maintenant, nous sommes parfaitement en droit de faire sécession quand bon nous semblera à partir de maintenant. Faire sécession n’est pas un acte légal, il ne peut l’être puisque le droit émane de l’état duquel on fait sécession. La sécession n’étant pas un acte légal, la seule chose qui lui donne sa légitimité est la volonté du peuple. Il faut garder à l’esprit que le Canada va contester la sécession du Québec qu’il y ait eu consultation populaire ou pas et que cette consultation soit légitimement gagnée par le camp indépendantiste ou pas. Ce qui va nous permettre de créer notre État de jure, c'est-à-dire le rapport de force nécessaire, est déjà en place au moment où l’on se parle. Il n’a tout simplement pas encore déployé tout son potentiel.

Une élection du Parti Québécois à 52% des suffrages, suivie d’une déclaration d’Indépendance, ne sera pas plus reconnue par le Canada qu’un référendum gagné à 52% suivi d’une déclaration d’Indépendance. La question est de savoir quelle crédibilité nous aurons face au reste du monde et quels États accepteront de reconnaître le nôtre. Il faut aussi savoir quelle sera la résolution de ces Québécois qui auront voulu leur Indépendance. Seront-ils prêts à négocier un compromis avec le Canada si celui-ci montre les dents ? Est-ce que les 56% de souverainistes qui croient faire l’Indépendance du Québec tout en restant dans le Canada parmi les 54% de OUI au dernier sondage Léger seront assez résolus pour trancher les derniers liens de soumission avec le Canada ? C’est plutôt incertain.

Les Indépendantistes ont encore beaucoup de travail à faire sur leurs confrères souverainistes-associationnistes. Nous avons un gros travail de consolidation et de clarification des idées à faire dans nos propres rangs. L’ Indépendance n’est peut-être pas pour 2008-2009. Nous devrons travailler patiemment et avec acharnement pour arriver à nos fins. Peu importe le temps que cela prendra, il nous faut voir l’intérêt suprême de la Nation avant tout autre chose. Nous ne pouvons faire les choses à peu près ou à moitié. Il nous faut l’appui solide et inconditionnel d’une majorité de Québécois, peu importe la manière dont ils vont l’exprimer.

Jean-Pierre Boutin
alch@globetrotter.net

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