Chronique du mardi - 23

Sabotage médiatique...

Jean-Pierre Boutin
mardi 30 août 2005

Il semble que certains aient commencé à prendre au sérieux notre guerre contre le Canada. Toutefois, on pourrait argumenter longtemps sans jamais réussir à déterminer si l’action qu’ils ont posée a fait avancer ou reculer notre cause. Dans ce qu’on pourrait appeler l’escarmouche médiatique au sujet de la gouverneure générale, les conséquences de leur action restent obscures.

Cela dit, ne pas avoir agi eut été encore pire. Mais quel était le but de ces « séparatistes purs et durs » ? Était-ce de nuire à la réputation de Michaëlle Jean ? Était-ce plutôt de forcer la gouverneure à démissionner avant d’avoir pu gouverner ? Si tel est le cas, nos alliés ont commis une grave erreur. Mais pourquoi ?

Ils n’ont pas calculé plusieurs coups d’avance. Ils n’avaient pas vu qu’une fois l’annonce faite, toute attaque contre la personne de Mme Jean serait perçue par plusieurs comme : 1- une attaque contre une femme, 2- une attaque contre les communautés culturelles, 3- une attaque contre une personne qui ne mérite pas d’être attaquée. Plusieurs membres de communautés culturelles l’ont pris comme une attaque personnelle tout simplement parce qu’ils s’identifient à Michaëlle Jean. Elle est devenue un symbole de fierté pour la communauté haïtienne du Québec. Elle est un modèle de réussite pour plusieurs et c’est là tout l’intérêt pour les libéraux de la nommer gouverneure générale. Elle projette une image totalement positive, une femme immigrante québécoise qui est populaire et qui a réussi à se tailler une place au Canada. Elle est la somme de toute la rhétorique fédéraliste des valeurs canadiennes: intégration des immigrants, égalité de la femme et identité à la napolitaine : canadienne, québécoise et haïtienne.

Le seul coup jouable l’était contre la fonction elle-même et non contre la personne nommée pour la remplir. Tout ce que les indépendantistes combattent, c’est l’impérialisme, le colonialisme et le système fédéral canadien, trois valeurs dont la gouverneure générale doit faire la promotion pour mériter salaire.

En tant que future gouverneure générale, Michaëlle Jean ne pouvait pas encore être associée à l’image négative du poste au Québec. En l’attaquant, ces indépendantistes ont voulu utiliser le feu pour combattre le feu. Ils ont voulu utiliser les médias de propagande fédéraliste contre le fédéralisme. L’intention était bonne et elle le reste. Par contre, en attaquant une personne aimée et respectée, une personne qui avait une image publique immaculée, ils ont commis une faute.

Ils ont commis une deuxième faute en utilisant leur propre personne pour servir de messager. Qu’un royaliste de l’ouest ontarien déchire sa chemise parce que la nouvelle gouverneuse générale a déjà peut-être été tentée de faire la conversation avec des séparatistes n’étonne personne mais que des séparatistes extrémistes québécois accusent une québécoise d’origine haïtienne d’avoir déjà flirté avec des séparatistes extrémistes québécois, c’est pour le moins étonnant. Cela sonne faux. En fait, n’importe quel idiot se douterait qu’il y a tentative d’enfirouapure.

Il fallait faire sortir l’histoire dans les médias canadiens anglais. Les Québécois auraient alors vu d’un peu plus près que d’habitude une séance de « Quebec bashing ». L’attaque médiatique serait venue de l’extérieur, le blâme aurait été entièrement à la charge d’éditorialistes canadiens anglais. Ils se seraient attaqués non seulement au Québec mais aussi à une québécoise respectée, bénéficiant d’une excellente image au Québec et ne méritant absolument pas d’être attaquée par qui que ce soit. De plus, ils se seraient attaqués à une femme membre d’une communauté culturelle plutôt sympathique à la cause de l’Indépendance. L’image médiatique aurait été désastreuse pour le Canada et pour le gouvernement Martin : des anglo-protestants blancs canadiens s’attaquant à une néo-Québécoise d’origine haïtienne très populaire au Québec.

En fait, c’est probablement ce que ces indépendantistes ont voulu provoquer en sortant l’histoire. Toutefois, ils n’ont pas vu qu’un débat au Québec d’abord et au Canada ensuite nuirait à leur but. Plusieurs journalistes canadiens anglais ont eu la puce à l’oreille et ont modéré leurs propos pour ne pas nuire à l’unité de leur pays. Ils ont senti que les séparatistes québécois tentaient de leur tendre un piège. Il fallait tout simplement couler l’information subtilement dans la presse canadienne et attendre que la sauce prenne.

Nous pourrons tous tirer profit de cette expérience pour le futur. Maintenant nous savons que ce genre de coup peut causer des dommages dans notre camp autant que dans celui des fédéralistes et qu’à l’avenir il faudra faire preuve de doigté. Cette action a certainement nui à l’avancement de notre cause auprès des néo-Québécois, même si le but visé était justifié. Ce dont il faut être fier par contre, c’est le fait que pour la première fois, ou peut-être pour la première fois depuis longtemps, des Québécois ont décidé de mener une guérilla médiatique contre leur ennemi, Ottawa. Ils ont utilisé le peu de moyens à leur disposition pour déjouer les plans de l’ennemi. Ils ont retourné la machine contre ses maîtres en exploitant ses faiblesses. C’est exactement ce que nous devons nous employer à faire dès maintenant et jusqu’au jour où Ottawa tombera.

Jean-Pierre Boutin
alch@globetrotter.net

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