Chronique du mercredi - 25

UN AUTRE SONDAGE

Patrice Boileau
mercredi 5 octobre 2005

Un de plus. Une autre enquête qui répète ce que les autres révèlent depuis près de dix ans. La firme CROP a en effet dévoilé, le mardi 27 septembre dernier, que les Québécois appuient majoritairement le projet souverainiste, mais rejettent avec plus de force le recours à la démarche référendaire une troisième fois pour le réaliser.

Seul un sondage de la même entreprise effectué en juillet dernier, en pleine enquête Gomery, a révélé qu’une majorité de Québécois souhaitait la tenue d’un référendum sur la souveraineté. Il ne fait pas de doute que cette exception met davantage en lumière une tendance lourde, celle voulant que la population ne désire pas emprunter une voie référendaire minée par les pièges de l’État canadien. Dans son billet du samedi 1er octobre dernier, la chroniqueure du quotidien La Presse Lysiane Gagnon a même avancé « qu’ils ne sont que 15% des électeurs au Québec à souhaiter un référendum. » Voilà un pourcentage assurément farfelu, mais qui s’inscrit malgré tout dans la mouvance observée depuis le vol de 1995.

La dernière enquête de la maison CROP divulgue également que le Parti québécois régresse légèrement au chapitre des intentions de vote. L’appui que le PQ obtient des Québécois a baissé de deux points pour se fixer à 45%. Il n’y a pas lieu de pavoiser : durant la même période, le taux d’insatisfaction à l’égard du gouvernement Charest est revenu à son pitoyable sommet du printemps dernier, soit 70%. Faut-il conclure que les péquistes ne font que bénéficier de l’énorme cote d’impopularité de l’administration libérale? Poser la question est y répondre, malheureusement.

L’adoption du nouveau programme péquiste lors du congrès de juin dernier n’a donc pas suscité l’enthousiasme des gens, malgré l’euphorie que lui témoignent les candidats qui se disputent présentement la direction de ce parti. Cette course à la chefferie s’attire d’ailleurs la même indifférence dans la population. On nous avait pourtant promis qu’après l’été, la tenue des débats préparant l’élection du nouveau chef le 15 novembre prochain intéresserait les Québécois. À la lumière des derniers sondages, il semblerait que l’intérêt général se fait toujours attendre. Ceux qui croient qu’il est trop tôt pour déduire que l’événement ne soulève pas les passions devront se raviser : ce sont en effet les mêmes qui ont brandi prestement le résultat de l’enquête de la maison Léger Marketing, il y a environ une semaine, pour absoudre le meneur de la course André Boisclair de ses « frasques de jeunesse. » L’enquête effectuée quelques heures après les révélations de ce dernier avait indiqué que les Québécois semblaient malgré tout se ranger derrière lui. Personne n’a alors parlé de conclusions hâtives.

Force est donc d’admettre que le scepticisme domine chez les Québécois face à la capacité des candidats péquistes à appliquer le programme que les membres de leur parti ont adopté à la fin du printemps. Entendre hier le premier ministre Jean Charest avouer, sans regret, son impuissance à baisser les impôts des particuliers comme promis durant la dernière campagne électorale, n’aide pas à rétablir la confiance des gens. Les promesses des aspirants au trône péquiste sont en conséquence perçues comme des vœux pieux que seul un lointain projet de souveraineté pourrait véritablement matérialiser. Le statut provincial qui restreint les moyens du Québec n’a jamais autant démontré clairement ses effets délétères depuis le référendum de 1995.

Face à des Québécois qui doutent que le PQ sorte renouvelé de son présent congrès à la direction, les candidats au poste de chef accentuent maintenant leurs attaques, comme on a pu le voir lors du dernier débat à Montréal. Résultat: on assiste également à des conflits belliqueux entre militants péquistes des équipes rivales. Difficile de savoir dans quel climat cette course se terminera.

Ne pas faire du prochain rendez-vous électoral l’occasion de permettre aux Québécois de choisir paisiblement la souveraineté, à la majorité des votes, donnera une chance à un Parti libéral guidé par un nouveau chef de se faire réélire. Celui-ci préviendra la population que la gouverne provinciale ne pourra assumer efficacement ses responsabilités si un gouvernement péquiste consacre temps et argent à la préparation d’un troisième référendum. L’équipe libérale misera tant bien que mal sur sa triste expérience du pouvoir pour convaincre les Québécois que l’Assemblée nationale ne peut se priver de quelques sommes que ce soit pour maintenir des services de qualité. Le Parti québécois risque de voir fondre son avance, faute d’avoir eu le courage de modifier son mode d’accession à la souveraineté au moment où l’option fédéraliste du gouvernement libéral n’avait plus la confiance des gens. Ne manquerait plus que des sondages l’attestent…

Patrice Boileau
patriceboileau@videotron.ca



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