Chronique du mercredi - 3

QUESTIONNEMENT AU RIQ - Morosité souverainiste

Patrice Boileau
mercredi 23 mars 2005

Depuis avril 2003, la réflexion citoyenne concernant l’avenir politique du Québec est en mode accéléré. L’alternative libérale ébranle les repères sociaux en utilisant un modèle de développement qui, de concert avec son idéologie fédéraliste, est un retentissant échec. Le naufrage en a irrémédiablement ébranlé plusieurs qui croyaient encore au Canada. Le gouvernement Charest peinera jusqu’au bout de son mandat, lui qui a perdu le contrôle des finances publiques comme le prouve son incapacité – une première depuis 1941 - à déposer tous les crédits le 30 mars prochain. L’insatisfaction de la société civile favorise évidemment la souveraineté. Elle hésite cependant à accepter de canaliser ce choix dans un Parti québécois qui paraît encore vidé par huit années d’administration minées par le déséquilibre fiscal.

C’est que la Saison des idées et le Grand chantier n’ont pas convaincu les souverainistes que le Parti québécois a changé : ce parti veut répéter l’épisode malsain qu’est la gouverne provinciale, avant la tenue d’un troisième référendum. À preuve, selon les sondages, la société civile choisit le Québec à près de 50% alors que le Parti québécois recueille environ 40% d’appui. Ce retard de 10 points s’avère plus important qu’il ne le montre car le gouvernement Charest est impopulaire à 70%. Si l’option souverainiste se présentait d’une autre façon, son soutien grimperait inéluctablement.

Lors du récent passage de Bernard Landry à l’émission « Les Francs-Tireurs » de Télé-Québec, Benoît Dutrisac, l’animateur, secouait le chef péquiste en l’exhortant « d’être plus agressif ! » Qu’est-ce que « cette politesse » devant un opposant sans scrupule, renchérissait Dutrisac! Voilà à peu près ce qu’attendent les Québécois des chefs souverainistes. Pourquoi devoir en effet passer de nouveau à la moulinette fédérale dans un référendum piégé et sans appel? Qu’est-ce que cette idée de s’offrir ainsi en pâture?

Fiévreux, des ténors du Parti québécois l’admettent, mais hésitent à riposter. Le chef du Parti québécois lui-même fait partie du nombre. N’a-t-il pas excité dernièrement des étudiants à Québec en affirmant que les Québécois connaîtront probablement la question référendaire lors du prochain scrutin, et que leur appui l’entérinera d’une certaine façon? En même temps, Bernard Landry tente de maintenir le couvercle sur la marmite souverainiste puisqu’il se présentera à chaque congrès régional de son parti. Sa présence vise à influencer les décisions des délégués à son avantage, comme ce fut le cas à Trois-Rivières, au grand dam de la députée locale Noëlle Champagne qui souhaitait voir la prochaine élection porter sur la souveraineté. Ce tiraillement du chef péquiste reflète les mois difficiles que traverse son parti et montre donc que rien n’est réglé. Tout le monde retient finalement son souffle jusqu’au mois de juin, espérant qu’il n’y aura pas de dérapage d’ici là.

L’UFP profite des remous péquistes et Option citoyenne en fera tout autant. Le processus de fusion de ces groupes qui semblait une formalité tarde néanmoins à s’établir. Pourquoi somme toute se hâter? Il n’est pas exclu que le congrès de juin du Parti québécois frise le schisme. Il y aura là, avec ceux qui ont boudé les urnes en 2003, une manne très intéressante à courtiser. Si la grève étudiante perdure et laisse des traces profondes de mécontentement, ces partenaires politiques vont essayer d’en tirer profit : n’a-t-on pas vu une large banderole rouge à l’effigie « d’Option citoyenne » dans la marée humaine mercredi dernier, à Montréal? Il y a de fortes chances de les revoir à Québec, lors de la prochaine manifestation. Les étudiants exigeront néanmoins de savoir ce qu’on leur offre à la prochaine élection, avant de les appuyer.

Un parti politique?

C’est ici que se questionne le RIQ; le Rassemblement pour l’indépendance du Québec. Il s’interroge d’ailleurs depuis un bon bout de temps. Maintenant que l’impasse politique que ce groupe envisageait existe, la réflexion devient plus insistante. C’est pourquoi les membres de ce mouvement se réuniront le 23 avril prochain pour décider s’ils doivent se transformer en parti politique. S’il le font, le RIQ devra hurler promptement sur tous les toits que l’obtention de 50% plus une voix lui est impérative pour l’autoriser à faire l’indépendance. Trop souvent les formations politiques souverainistes gravitant autour du PQ ont été qualifiées de radicales. L’annonce du respect de l’expression suprême de la démocratie à laquelle les Québécois accordent une attention jalouse repoussera les épouvantails que les adversaires voudront agiter.

Aux péquistes choqués de voir ce nouvel acteur s’ajouter dans l’arène politique, il faudra répondre que la décision découle d’un besoin que la population exprime sondage après sondage. Il y a bel et bien des souverainistes orphelins de parti qui ne se reconnaissent pas dans les formations existantes. Croire qu’ils sortiront quand même de leur tanière le jour du référendum est leur manquer de respect. Voilà une attitude risquée que s’accorde le PQ, alors que sa victoire électorale au prochain scrutin paraît serrée. Sa conduite désinvolte à l’endroit de ceux qui réfutent sa démarche étapiste empêche l’appui à la souveraineté de véritablement décoller, gaspillant ainsi un carburant inouï que lui offrent l’impopularité record du gouvernement Charest et tout le contexte politique alimenté par le scandale des commandites! Même Gilles Duceppe semble agacé puisqu’il a déclaré souhaiter voir les souverainistes passer à l’offensive, lors d’un récent point de presse.

On va reprocher au RIQ, s’il présente des candidats à la prochaine élection, de diviser le vote souverainiste. Il sera houspillé de vouloir attiser une grogne inutile alors que « tout va bien » au Parti québécois. Depuis quelque temps, à chaque fois qu’un débat essaie de s’organiser autour de la question nationale, les instigateurs sont qualifiés illico de fauteurs de troubles avides de discorde. C’est à l’aide de ce piètre argumentaire qu’on cherche à faire taire ces souverainistes qui veulent préserver le Québec du piège référendaire. Certes, il s’est tenu au conseil national péquiste de Sherbrooke à l’automne 2004 un « colloque » sur les modes d’accessions à l’indépendance. Sauf que cet événement n’a pas laissé de tribune pour que s’expriment ceux qui veulent alerter les souverainistes que la voie référendaire n’est plus praticable. Ce fut une erreur d’agir ainsi car le malaise au PQ ne s’est pas résorbé depuis.

Un autre cadre stratégique

La démarche indépendantiste que préconise le RIQ est la voie élective. Conscient de ne pouvoir amasser à lui seul la majorité absolue des suffrages exprimés, le mouvement souverainiste veut convaincre les partis souverainistes de former un pacte, une union temporaire afin d’additionner les votes et atteindre 50% plus une voix. Les plates-formes politiques des partis alliés n’ont donc absolument pas à subir de modification pour plaire aux autres partenaires. Les différences idéologiques qui les caractérisent sont au contraire indispensables pour permettre à une nation d’atteindre les plus hauts sommets d’excellence. D’où l’intérêt que peut susciter cette façon de réaliser la souveraineté : les Québécois pourront appuyer le parti de leur choix, éliminant la chimère voulant que l’indépendance du Québec impose une pensée unique.

C’est ce sentiment qu’a développé progressivement la démarche référendaire car étroitement associée au PQ depuis plus de 30 ans. On ne peut plus aujourd’hui en faire abstraction : un troisième référendum portera encore le sceau du Parti québécois. Pour plusieurs souverainistes hésitants, la hantise de devoir vivre éternellement sous des auspices péquistes s’avère réelle. Il sera difficile de rassurer ces gens et de les rallier au camp du OUI. Par contre, des partis ligués par la souveraineté au prochain scrutin pourront mieux convaincre qu’un pays du Québec s’épanouira dans la diversité idéologique. Si la procédure élective proposée par le RIQ reçoit l’appui d’autres partis comme l’UFP et Option citoyenne, elle finira par attirer beaucoup d’adeptes. S’il y en a suffisamment, c’est le Parti québécois qui sera amené à entreprendre un rapprochement avec les partenaires souverainistes, en acceptant donc d’abandonner sa stratégie étapiste. Il s’agit là de l’objectif le plus criant d’ici 2007.

Quel moment est le meilleur pour les gens du RIQ d’annoncer leur intention de se transformer en parti politique, s’ils devaient aller en ce sens? Doivent-ils bouger avant ou après le congrès péquiste? S’ils le font prochainement, les tensions au Parti québécois s’aviveront. Si le RIQ préfère attendre de voir s’il y a une course à la direction dans ce parti, il est certain que la voie élective se fera mieux entendre. Sera-t-elle pour autant adoptée? Rien n’est moins sûr.

C’est pourquoi quelque chose doit se lever au Québec et dire tout haut qu’il ne faut pas jongler avec l’avenir des Québécois en se lançant dans une joute référendaire trafiquée par Ottawa. La souveraineté doit demeurer une porte ouverte suite au coup de force de 1995. Il importe que le peuple maîtrise son calendrier indépendantiste en pouvant choisir la liberté à l’élection de son choix. Pour l’heure, l’UFP et Option citoyenne ne semblent pas intéressées à mettre ce mouvement en marche. Est-ce que le RIQ y sera plus enclin? Sont-ce plutôt les étudiants et la société civile qui le feront?

Patrice Boileau
patriceboileau@videotron.ca

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