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Chronique du vendredi - 137
Propagande Slowmo
Sylvain Deschênes
vendredi 13 mai 2005
Stéphane Bureau a une sœur qui s’appelle Marie-France. Elle était à l’émission de Michaelle Jean la semaine passée. Enfin, quand je dis la semaine passée, je ne suis plus très sûr tellement j’ai vu annoncer à répétition cette longue platitude, même après l’avoir supportée pendant un bon vingt minutes lors d’une nuit d’insomnie. On nous en a resservi à au moins deux autres reprises.
Josée Blanchette, chroniqueure nombriliste du Devoir, décrivait cette émission comme étant de la slow tv. Comme dans slow food. On serait tenté d’ajouter : comme dans « La famille Slowmo » aussi, tellement le discours ne décollait pas. Elle nous disait cela juste après nous avoir révélé que l’invitée de la semaine (ou peut-être du mois si je me fie au nombre de fois qu’on veut la repasser) était la sœur de l’autre Bureau. Personnellement, après quelques minutes de cette slow interview, j’avais tout de suite reconnu l’assimilée de McGill à sa vilaine façon de parler en anglais traduit. Avec le même discours soft haineux que la jeune épaisse qui crachait : «Le Québec me tue», il y a quelques années.
La madame est chercheure et avocate de McGill. Non, ce n’était pas ça qui était écrit ; c’était avocate et chercheure à McGill. C’est drôle comme on peut trouver le sens caché des expressions en inversant deux termes. En se disant d’abord avocate puis chercheure à McGill, l’idée était de conférer un titre officiel aux recherches effectuées, alors que l’entrevue nous montrait plutôt que les activités de recherches de la dame étaient effectuées dans le cadre de son mandat d’avocate de McGill. On s’entend : la défense de McGill, ici, ne se limite surtout pas à l’institution elle-même, mais s’étend à tout ce qu’elle représente.
L’essentiel de ce que disait la sœur Bureau tenait à ceci : le Canada anglais est plus progressiste que le Québec en matière de droit social. Je sais, ça vous semble un peu absurde comme ça, mais répété plusieurs fois dans un décor élégant devant des gens qui semblent prendre plaisir à siroter un sherry, tout ça devient normal, entendu. Michaelle semblait vraiment navrée par moments de notre retard. Avec en tête ses origines bourgeoises haïtiennes, on devinait qu’elle devait se sentir plus proche du colonisateur que du peuple de la noirceur... « Mais qu’est-ce qu’on peut faire pour rattraper ce grand retard ? » demandait-elle de manière lancinante après chaque lamentation.
De quoi retournait ce grand retard ? D’une multitude de petites choses, disait la chercheure de troubles. Incapable de s’exprimer autrement qu’en petit, elle radotait des exemples sans suite en pestant contre l’esprit cartésien français qu’elle assimilait à de l’étroitesse d’esprit. Parfait exemple du colonisé qui se méprise à travers tout ce qu’il trouve, prenant chaque fois le regard de l’autre pour référence.
Il y avait d’ailleurs un beau morceau à propos de la justice canadienne qui est tellement extraordinaire d’initiatives pratiques. S’il y a un « problème », on le règle et, sur la base de ce règlement, on poursuit tant que le tout fonctionne sans nouveau problème. C’est formidable, vous ne trouvez pas ? Une justice qui s’ajuste aux besoins du Parti libéral du Canada. On nomme des juges selon leurs aptitudes à servir l’ordre régnant et on les laisse ensuite « arranger » le tout à coups de jugements. Pourquoi établir des lois sur des bases universelles quand on peut très bien se fier au « bon sens » des juges pour nous ramener dans le droit chemin ? Father knows best, c’est bien connu.
Parlant de « father » justement, parmi les grandes avancées du système de justice anglo-saxon, la colonisée nous expliquait, parmi la foule d’exemples qui lui tenaient lieu de pensée, que le droit au Canada anglais était plus ouvert à la procréation de substitution. Vous voyez le genre ? On comprend qu’il s’agit d’une ouverture à la liberté de commerce, bien sûr, mais je suis bien content de me faire dire comme une insulte par mes ennemis que les Québécois ne voient pas dans la marchandisation de l’enfantement un progrès social. Comme je ne comprends pas que sur une question sociale aussi importante et historique que l’avortement, la chercheure n’ait pas retenu que ce sont les jurys québécois qui ont forcé les juges du système de justice britannique au Canada à déclarer que l’arrêt de grossesse ne relevait pas de la loi.
Il peut se dire bien des bêtises dans le salon-studio de Michaelle Jean. La différence avec ce nouveau concept, c’est qu’on prend bien le temps de les répéter. Quand on a fini de dire une platitude, on soupire d’ennui et on recommence sur le dos des lousy french. Cette slow tv ressemble à du macdo servi dans des assiettes de porcelaine anglaise.
Sylvain Deschênes
sdcom@sympatico.ca
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