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Chronique du vendredi - 144
Fondre comme neige
Sylvain Deschênes
vendredi 23 septembre 2005
La dopamine reste coincée dans le cerveau après l’absorption de coke. Le sujet est heureux, plein de confiance en sa valeur… même sans objet. Drogue de la superficialité triomphante des années quatre-vingts, il n’y a heureusement qu’une infime partie de la population qui se la soit permis. Beaucoup d’entre nous, par contre, ont eu à vivre dans l’entourage des êtres déconnectés et arrogants qu’elle avait fabriqués. Ces invincibles débarquaient, aussi sûrs d’eux que le grotesque policier de la comédie américaine L’agent fait la farce (Naked gun), et prenaient le plancher de danse comme s’ils régnaient sur le monde. En les regardant, on se demandait ce qui arriverait après, quand il n’y aurait plus cette poudre magique pour se faire croire qu’on est extraordinaire.
Comme il fallait s’y attendre, la mouffette qui se pavane à l’avant dans la course à la chefferie s’est remise à nous arroser de sondages quand elle s’est sentie menacée. Un peu comme lorsqu’on manœuvre une manette de jeu vidéo pour impressionner un adversaire virtuel. La réalité demeure tout de même, et la manipulation de l’opinion se révèle un peu trop grossière ; à croire le sondeur Léger, ils seraient plus de 80% à appuyer un candidat coké. À ce rythme, je crois bien qu’on atteindrait notre 110% en étalant l’échantillon à tout le dominion canadien.
D’ailleurs, Jean-Marc Léger émousse sa crédibilité avec ses derniers sondages. Personne ne semble lui avoir fait remarquer l’absurdité d’un sondage de toute la population du Québec sur une question qui ne concerne qu’un groupe bien précis : les membres en règle du PQ. Il n’arrange rien en désignant faussement comme « militants péquistes » les répondants qui disent vouloir voter pour le PQ. Le fils du député de Pointe-aux-Trembles a pourtant fort probablement déjà travaillé aux pointages de son père. Il sait très bien la différence qui existe entre un militant et un sympathisant. L’opinion d’un libéral, ou d’un simple citoyen pressé à qui on répète inlassablement qu’un candidat se démarque nettement des autres, n’est qu’un instrument de mesure destiné à conforter ceux qui échafaudent des plans de marketing politiques « clés en main ». Du genre de ceux qu’on fabrique pour les aspirants chefs d’État étrangers dans les ateliers de gouvernance des universités américaines.
Les parades attendues des thuriféraires de politiciens en carton n’ont pas manqué de fuser. Les comparaisons boiteuses s’amoncèlent dans les colonnes des justiciers de l’insignifiance. Le ballon perd de l’altitude et l’on s’entête à le gonfler pour qu’il remonte. On a bien essayé de se délester du passé, d’affirmer qu’on « était maintenant ailleurs », quelque chose de trop lourd reste à bord. On comprend les libéraux de vouloir un candidat fragile à la tête du PQ, il faudrait maintenant que les quelques sympathisants, aveuglés par l’éblouissante blancheur des dents d’un candidat, réalisent l’implacable phénomène d’entrisme qui accompagne l’arrivée de ces politiciens préfabriqués qui ne doivent rien aux militants et tout aux occultes pouvoirs qui les poussent à l’avant.
Il n’est pas difficile de vendre des cartes du PQ quand on peut compter sur un bon réseau. Ce réseau n’a même pas besoin d’être composé d’indépendantistes pour bien fonctionner. Celui de Boisclair doit bien compter sur quelques-uns de ses anciens comparses politiques du temps où il militait pour le NON de 1980. Face à l’argent, la riposte ne peut venir, comme au référendum de 1995, que d’une mobilisation populaire très large qui ratisse notamment dans tous les milieux associatifs. Il nous reste encore plusieurs jours pour intéresser nos compatriotes à l’importance de participer au processus démocratique.
André Boisclair n’est pas qu’un candidat qu’on peut résumer en «quelques lignes». Il incarne la vacuité des politiciens de pacotille qu’on veut nous imposer. Des politiciens décontractés qui se crispent dès qu’ils ne sont plus en vase clos. Quand Jean-Claude St-André s’est retrouvé face à Boisclair dans le format trio du débat de Sherbrooke, il n’a apparemment pas manqué d’attaquer la carcasse. Convaincu qu’une contrariété donnait droit à l’offense, notre petit Dédé s’est lancé dans une attaque mesquine qui lui a attiré de lourdes huées réprobatrices. Nous étions pourtant dans un cadre universitaire, là où le « jeune » candidat est censé représenter un avenir aussi radieux que son opinion sur sa propre personne.
Les commentateurs patentés n’ont d’ailleurs pas manqué d’expliquer le dérapage en prétextant que des candidats qui n’avaient rien à perdre pouvaient se permettre d’attaquer personnellement leur champion. On sentait que la chose était à peine tolérable à leurs yeux. Dans le cas de Michel C. Auger du Journal de Montréal, on voyait se profiler la défense toute prête pour justifier la mise à l’écart des « cinq autres candidats ». Pour ce resquilleur de tous les râteliers, c’est Ghislain Lebel qui avait marqué des points. L’idée est d’attirer l’attention sur des propos rétrogrades que Lebel pourrait éventuellement prononcer sur certains sujets.
Pour ce qui concerne Jean-Claude St-André, le verdict du sondeur Léger est implacable : 0% des intentions de vote ! Ma foi, c’est fou ce que les chiffres peuvent évoquer, mais, en partant de zéro, il semble qu’on ne puisse que monter. Et quand on monte au-dessus de zéro… Ben oui, c’est ça ! La neige fond.
Nous avons jusqu'au 14 octobre pour ramener au PQ, au moins le temps de cette campagne, les véritables indépendantistes.
Sylvain Deschênes
sdcom@sympatico.ca
Pour lire en format pdf le texte « Revoir le cadre stratégique » de Robert Laplante
Pour lire les questions auxquelles Robert Laplante aimerait voir les candidats répondre
Pour lire les autres chroniques du vendredi
http://www.vigile.net/ds-chroniques/index-sd.html
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