J.E. Bosher: The Gaullist Attack on Canada, 1967-1997,

Trente ans de conspiration gaulliste contre le Canada

Claude G. Charron

Lachine, le 31 juillet 2000


À lire dans le cahier Books and Visual Arts du Journal The Gazette du samedi 29 juillet, la critique que fait le journaliste James Stewart de l'essai du professeur d'histoire J.E. Bosher: The Gaullist Attack on Canada, 1967-1997, publié récemment par McGill-Queen's University Press.

"Galled by the Gaullists": écorché par les Gaullistes, le titre de l'article semble démontrer un certain accord à la thèse de l'historien de la part de Stewart. Un accord qui semble se continuer avec la phrase en chapeau: "Author details French perfidy in relation with Canada." Mais le passé, tout autant que le présent, nous démontre que c'est la direction du journal The Gazette, plutôt que Stewart, qui a dû décider du choix des titre et chapeau entérinant la position d'un historien qui se transforme en gérant d'estrade holliganeux quand il s'agit d'élaborer sur trente ans de relations triangulaires entre la France, le Canada et le Québec.

Stewart décrit bien l'approche Bosher. Dans son analyse, écrit-il, il ne fait aucunement de coupe au rasoir. Il y va plutôt à grands coups de hache contre ceux qu'il appelle "les gangsters gaullistes et la mafia péquiste, grands héritiers des Bourbons et des bonapartistes qui, même aujourd'hui avec Chirac, menacent l'intégrité canadienne." L'approche Bosher, c'est d'aller jusqu'à déclarer qu'en 1967, le Canada aurait dû arrêter de Gaulle ! Surprenant excès de langage de la part d'un historien qui, par ailleurs, dit aimer la France en en donnant comme preuve le fait que, sa vie durant, il ait enseigné l'histoire de France et de Nouvelle-France dans différentes universités au Canada et aux États-Unis.

Stewart nous décrit le mépris de Bosher pour tous les premiers ministres -Trudeau compris - et hauts fonctionnaires qui se sont succédés à la barre de l'État canadien, leur reprochant de ne pas s'être tenus debout devant la conspiration d'une France travaillant à la désintégration du Canada et à l'entrée d'un Québec indépendant dans la communauté des peuples francophones. "Peu de Canadiens comprennent le chauvinisme tordu des gaullistes", commente un Bosher qui insiste jusqu'à plus soif pour que tous les moyens soient utilisés contre "l'agression française et les mythes du nationalisme québécois". Et Stewart de commenter: "Il doit saliver d'aisance maintenant que le Clarity Bill est passé."

À un diplomate qui lui demandait: "Comment résoudre le problème ? Faudrait-il aller jusqu'à la guerre ?", Bosher n'aurait pas répondu à la question, mais ajoute Stewart, le ton de son livre démontre qu'il se sentirait très à l'aise si quelque forme de violence éclatait le long des rives du Saint-Laurent. Et d'ajouter le journaliste: "The Gaullist Attack est à la fois l'oeuvre d'un historien expérimenté et une allégorie du combat entre le bien et le mal. Ce dernier étant "du côté de la France et des séparatistes (sic)."

Le combat entre le bien et le mal se devait de dépasser la simple question du Québec. Dans l'esprit de Bosher, il s'agit plutôt de combattre le rêve gaullien tentant de restaurer la splendeur passée de la France. Dès lors, pas surprenant que "l'agent français" Philippe Rossillon fasse partie du décor et que Bosher donne l'exemple du coulage du Rainbow Warrior au large de la Nouvelle-Zélande. De l'avis de Bosher, "tout cela fait partie de l'histoire d'une France révolutionnaire et impérialiste". Mais, grande découverte fut pour moi d'apprendre de notre historien hystérique, et par Stewart interposé, qu'en octobre 70, des militaires français auraient été expédiés à Saint-Pierre et Miquelon dans le but d'offrir un soutien logistique au FLQ!

Si nous avons insisté en début de texte pour démontrer que titre et chapeau devaient être les choix de la direction de The Gazette, il reste que, même si, dans sa conclusion, Stewart en appelle à la tolérance - il blâme Bosher de ne rien comprendre du nationalisme québécois -, il reste que le journaliste n'est pas complètement insensible au message de l'historien. Bien sûr, le Canada a résisté à la tentation d'écrouer de Gaulle en 67, mais tout autant que Bosher, Stewart croit que, par sa position sur le Québec, la France ne manifeste aucune reconnaissance envers un pays qui, en un siècle, l'a libérée deux fois. Moi qui croyais que nos soldats, tant Canadiens que Québécois, avaient d'abord fait le sacrifice de leur vie pour l'instauration de la liberté et de la démocratie !

Du côté québécois, la lecture du livre de Bosher risque fort de nous démontrer qu'avant d'être canadien, cet historien a déjà substitué, dans sa tête, au patriotisme victorien de ses ancêtres un nouveau patriotisme: anglo-américain celui-là, mais tout autant impérialiste. En fait, Bosher reproche au gaullisme de faire ce qu'il souhaite que le Canada réalise en travaillant à l'émergence d'un grand empire qui, sous l'égide de Washington, déversera "les grandes valeurs civilisatrices" de la société anglo-saxonne sur le monde. Et n'est que du vent, pour cet historien engagé, que le discours d'une Copps voulant rallier la France au combat canadien contre l'homogénéité culturelle américaine.

Selon Bosher - et, à tout compte fait, presque tout autant pour Stewart -, malgré l'amitié Chirac-Chrétien, les grands ennemis du Canada resteraient Paris et le nationalisme québécois, PQ et PLQ confondus. Pauvre Canada!