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Documents rendus publics par les Archives nationales
Manon Cornellier
LeDevoir 3 avril 1998
Le général Charles de Gaulle a marqué l'histoire en juillet 1967 en criant «Vive le Québec libre!». Il ne s'agissait que du coup d'envoi d'années de méfiance et de tensions entre Paris et Ottawa. Le coup le plus sévère allait venir quatre mois plus tard.
«Vive le Québec libre!» Le cri du général de Gaulle, lancé du balcon de l'hôtel de ville de Montréal le 24 juillet 1967, résonne encore au Québec et au Canada. Mais c'est une autre déclaration du général, faite en novembre, qui scellera pour longtemps le sort des relations triangulaires entre Ottawa, Québec et Paris, ouvrira la voie aux thèses de Pierre Elliott Trudeau et donnera naissance à une position fédéraliste à deux volets qui est toujours d'actualité.
Les minutes du cabinet de l'époque, rendues publiques hier par les Archives nationales, montrent en effet qu'en juillet 1967, les ministres voulaient que le premier ministre Lester B. Pearson réplique sans hésiter et avec fermeté au général.
Par prudence, on ne veut quand même pas indisposer les francophones ni nuire aux relations diplomatiques à long terme avec la France. Etonnamment le cabinet passe le plus clair de son temps à s'interroger sur la pertinence ou non d'annuler la portion outaouaise du voyage du général.
Deux mois plus tard, le ministère des Affaires étrangères fait rapport au premier ministre. Le 21 septembre, M. Pearson profite d'un examen des relations entre Québec et Ottawa pour en faire état et dire qu'il «apparaît clairement que le Général de Gaulle a élaboré une campagne délibérée en vue de la séparation du Québec du Canada et de la destruction de la confédération canadienne».
Selon lui, Ottawa doit présenter une position positive pour contrecarrer les «activités dangereuses et malicieuses menées par le Québec et la France et qui menacent la confédération». Walter Gordon s'inquiète de la présence importante de «séparatistes» à Radio-Canada, des positions de René Lévesque, et suggère d'envisager la possibilité de tenir un référendum pancanadien. Pierre Elliott Trudeau, alors ministre de la Justice, recommande d'établir rapidement une liste des conséquences de la séparation. Bref, comme aujourd'hui, il y a des partisans des lignes dure et douce.
Deux autres mois passent avant que le sujet refasse surface. Encore une fois, le général est en cause. Le 27 novembre, en France, il fait favorablement et longuement état de l'éventuelle souveraineté du Québec. Le lendemain, au cabinet, le premier ministre présente le geste du général comme une ingérence dans les affaires intérieures canadiennes. Il note que cette déclaration survient au même moment où se tient, à Toronto, une conférence interprovinciale sur l'avenir de
la fédération, alors que s'achèvent les états généraux du Canada français et qu'on attend le dépôt imminent du premier rapport de la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme.
Il en conclut que le président français cherche à semer la pagaille entre francophones et anglophones. Le secrétaire aux Affaires étrangères Paul Martin père parle d'une politique antifédérale délibérée qui se traduit entre autres par des efforts incessants pour accroître le rôle du Québec au sein de la francophonie. La méfiance est palpable et la réunion annonce le début d'années de tensions entre les deux capitales.
Profitant de l'absence momentanée de M. Pearson, Pierre Trudeau s'en prend au manque de leadership fédéral dans ce dossier et à son approche «incohérente». Il critique le fait que «le gouvernement fédéral ne fait que réagir à des incidents isolés et n'a aucune stratégie d'ensemble». Sa sortie est révélatrice. M. Pearson songe à démissionner, ce qu'il fera le 14 décembre 1967. M. Trudeau le remplacera l'été suivant.
Tout au long de 1967 et au cours de l'année suivante, Pierre Trudeau saura imposer sa vision du fédéralisme. La crise provoquée par de Gaulle et la détermination des provinces de discuter de Constitution l'avantagent. Pour contrer les ambitions internationales du Québec, il commence à concocter une politique pour encadrer et limiter le pouvoir des provinces de conclure des traités.
Ardent promoteur d'une charte des droits, d tirera profit du fait que les provinces forcent indirectement Ottawa à organiser une conférence des premiers ministres pour février 1968 afin de promouvoir son projet. jusqu'à la fin de 1967, ce sera le seul sujet à l'ordre du jour de la future conférence.
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