Timbre sur la visite du général de Gaulle

Quand la mémoire est oblitérée

Gilles Rhéaume
Vice-président du Mouvement souverainiste du Québec

Ce texte a été publié dans le quotidien Le Figaro, le lundi 17 mars 1997

LeDevoir 19 mars 1997



La simple possibilité d'émettre un timbre-poste français à l'occasion du 30e anniversaire de la visite mémorable du général de Gaulle chez nous et de son fameux «Vive le Québec libre!» a soulevé au Canada anglais un véritable tollé. Des politiciens fédéralistes sont intervenus à la Chambre des communes à Ottawa en souhaitant que le Canada invite la France à se mêler de ce qui la regarde - et en allant jusqu'à évoquer le possible renvoi de l'ambassadeur de France dans son pays. Rien de moins!

Qui plus est, le chef d'un parti ultra-fédéraliste anglophone du Québec a poussé l'outrecuidance jusqu'à affirmer que l'impression d'un tel timbre-poste «déprécierait la mort de dizaines de milliers de nos soldats durant les deux guerres mondiales».

De tels écarts de langage illustrent la largeur de vue de leurs auteurs, ainsi que la teneur des préjugés anti-français dont le Canada français et le Québec subissent trop souvent et depuis trop longtemps les sporadiques mais toujours insupportables manifestations. Toute cette saga, à première vue anecdotique, a pourtant fait les manchettes de tous les médias et s'est même transportée en plusieurs pays européens par l'entremise de la BBC de Londres, dont le souci d'objectivité mérite cependant d'être souligné.

Le Mouvement souverainiste du Québec tient dans un premier temps, à dissocier formellement le peuple québécois de ces clameurs, aussi incongrues que malveillantes, à l'égard d'un homme, Charles de Gaulle, dont la stature éclipse, aujourd'hui comme à l'époque d'ailleurs, les détracteurs déchaînés de la cause du Québec. Malgré l'incontenance de ces réactions, elles auront au moins permis de décrire quelque peu le climat politique au Canada, depuis le référendum de 1996, ainsi que la hauteur et la qualité des débats... En attaquant le souvenir de De Gaulle, c'est l'idée de souveraineté qui est visée. Mais notre sérénité et notre ténacité vaincront bientôt!

La décision d'émettre un timbre-poste relève exclusivement des autorités françaises. La vie et l'oeuvre du général de Gaulle sont partie intégrante du patrimoine universel. Mais, d'abord et avant tout ces réalités sont françaises. Conséquemment, la visite de 1967 au Québec appartient à l'histoire de France. La commémoration de cet événement est donc absolument justifiée si tel est le désir des Français.

Au Québec, nous ne pouvons ni ne voulons rester indifférents à tout ce qui peut contribuer à perpétuer la mémoire de ce grand ami de notre peuple qui a su, avant tous les autres, comprendre nos aspirations nationales les plus naturelles. C'est donc remplis de gratitude que les millions de souverainistes du Québec, dont le nombre correspondait, en 1995, à 49,42% de l'électorat, accueilleraient tout hommage que le France voudra bien rendre au président de Gaulle.

En attendant que notre pays, le Québec, puisse saluer comme il se doit l'amitié fraternelle que nous a témoignée cet éminent fils de la France, c'est avec joie que nous recevrons toute correspondance de ce cher pays, qui a été longtemps aussi le nôtre. «Vive le Québec libre», et français.